Louis de Gouyon Matignon

Les Noubas dansent

Samedi dernier, nous célébrions au Soudan la Journée internationale des peuples autochtones ; l’occasion pour de nombreux membres de la communauté nouba de parader en chantant / dansant traditionnellement. À Omdourman, près de Khartoum, les Noubas ont adressé aux autorités soudanaises un message de paix visant à apaiser les tensions latentes entre l’État et leur peuple.

Les Noubas sont un ensemble de populations africaines vivant dans les monts Nouba, une région montagneuse du Kordofan du Sud, au Soudan. Organisés en petites communautés indépendantes, ils pratiquent majoritairement une religion traditionnelle locale, avec quelques minorités chrétiennes catholiques, protestantes et coptes. Ils voisinent avec des tribus nomades arabisées, les Baggaras, un peuple de bédouins. Rappelons qu’après l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, un mouvement de rébellion nouba réclamant l’accès aux terres et à l’eau ainsi qu’un meilleur partage des bénéfices pétroliers fit l’objet d’une politique de répression accrue de la part de Khartoum, capitale du Soudan. Les bombardements aériens causèrent la mort de plusieurs centaines de personnes et provoquèrent la fuite de milliers d’autres.

Chaque année, la Journée internationale des peuples autochtones (célébrée en août) met à l’honneur les populations autochtones minoritaires grâce à de nombreux événements organisés à travers le monde. L’objectif de cette année était de souligner l’importance de l’accès aux services de soins pour les peuples autochtones, alors que l’amélioration de leur santé demeure un défi majeur, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour les différents États dans lesquels ils résident. Eurafrique salue cette initiative et adresse à toutes les populations eurafricaines minoritaires ses meilleurs sentiments.

Fresques ambulantes au musée

Le car rapide sénégalais, véritable emblème dakarois, sera exposé à partir du mois d’octobre à Paris au sein du nouveau Musée de l’Homme. Ces fourgonnettes aux couleurs bigarrées, décorées à la main et sillonnant les grandes rues de la capitale sénégalaise, sont de véritables emblèmes du quotidien pour des milliers de Sénégalais qui les utilisent chaque jour. Peints et décorés selon un rite très particulier, certains de ces vieux Renault Saviem sont considérés comme des œuvres d’art. Cependant, depuis quelques années, la ville souhaite remplacer ces cars rapides par des bus fabriqués en Inde ou en Chine (et non en Europe, à notre grand regret). À Londres, des bus rouges, à New York, des taxis jaunes, à Paris, des chauffeurs mécontents et à Dakar, ces fourgonnettes colorées. Jugés polluants et dangereux, ces véhicules emblématiques sont amenés à disparaître.

Exporté d’Europe à destination des pays du Sud dans la période d’après-guerre, nous sommes déçus de voir un symbole de coopération eurafricaine disparaître. Comme nous l’évoquions dans l’article Chinafrique ? consacré aux investissement de l’Empire du Milieu en Afrique, il est indispensable d’organiser la coopération économique eurafricaine en favorisant un commerce intra-eurafricain. Nous devons commercer et échanger de façon équitable avec nos voisins du Sud afin de renforcer nos rapports politiques. Ces fresques ambulantes sont à l’image de la situation contemporaine : la fin de la culture et de la relation économique eurafricaine au profit d’une pseudo-modernité mystificatrice d’origine asiatique. Les symboles peints à la main sur ces cars rapides nous rappellent l’histoire et l’identité d’un pays fort au sein de l’Afrique de l’Ouest. Ces étendards nationaux résument l’histoire de cultures souvent obombrées par le monde occidental et qu’il faut magnifier dans une logique de respect culturel mutuel eurafricain.

Eurafrique encourage la culture et les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Je suis personnellement déçu de voir que l’Asie équipera dans les prochaines années le Sénégal ; j’encourage l’Europe à se tourner davantage vers l’Afrique et vice versa ; la coopération politique doit s’appuyer sur la coopération économique.

Sangaré appelle au boycott

Abou Drahamane Sangaré, un fidèle de Laurent Gbagbo, appelle dans un communiqué de presse à boycotter l’élection présidentielle ivoirienne prévue le 25 octobre. Une frange importante du Front populaire ivoirien (FPI), parti politique de l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo, actuellement détenu à la Cour pénale internationale, a dans un communiqué signé par Aboubacar Koné et diffusé aujourd’hui, mis en garde Pascal Affi N’Guessan, officiellement investi candidat FPI aux prochaines élections présidentielles.

La frange gbagbiste rebelle et fidèle à l’ancien chef d’État prévient que tous les moyens légaux seront utilisés pour empêcher la tenue des prochaines élections présidentielles. Justifiant cette prise de position par l’insécurité politique et le manque de transparence démocratique, ces « frondeurs » estiment que les élections pourront être organisées lorsque la confiance entre les différents acteurs politiques sera revenue. Le FPI demande notamment la libération de l’ancien président et de ses partisans incarcérés en Côte d’Ivoire et la modification de la composition de la commission électorale. En 1995, le FPI et le RDR (aujourd’hui au pouvoir) associés dans une coalition baptisée Front républicain avaient appelé au boycott de l’élection présidentielle face à Henri Konan Bédié du PDCI. L’opération s’était soldée par plusieurs morts, de nombreux blessés et d’importants dégâts matériels sur toute l’étendue du territoire.

Espérons que les élections présidentielles se passent dans le calme et la sérénité ; comme pour le Burundi, Eurafrique exhorte les acteurs politiques à respecter le droit et à ne pas emporter les Africains vers de nouvelles guerres civiles.

Desmond Tutu hospitalisé

Ayant quitté l’hôpital il y a moins d’un mois, Desmond Tutu, l’archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix, a été réadmis à l’hôpital lundi en début de soirée pour soigner une inflammation, a indiqué sa fille Canon Mpho Tutu. Il s’agit de sa troisième visite en trois mois. Luttant depuis des années contre un cancer de la prostate, l’archevêque anglican âgé de 83 ans a l’habitude d’être hospitalisé. « Les médecins s’attendent à ce qu’il sorte dans les deux jours, ils veulent le garder en observation pendant au moins 24 heures supplémentaires », a indiqué sa fille lors d’une conférence de presse au Cap.

Monseigneur Tutu, infatigable figure de la lutte contre l’apartheid et conscience morale sud-africaine, a toujours dénoncé les imperfections de son pays et les abus du Congrès national africain (ANC), parti politique actuellement au pouvoir. Souhaitons-lui un prompt rétablissement !

MOOC eurafricain

Beaucoup de jeunes Africains sont aujourd’hui connectés et souhaitent travailler avec l’outil numérique. Grâce aux formations en ligne ouvertes à tous, les MOOC, de nombreux internautes peuvent désormais s’instruire et apprendre les techniques nécessaires à la pratique d’un métier. Les participants aux cours, souvent nombreux (dans le monde anglophone, il peut arriver que plus de 100 000 personnes soient réunies pour un cours), sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par Internet. Afrique Innovations a pour but de former les étudiants africains au journalisme numérique et à la programmation. Lancé début 2015, le projet veut « former les futurs leaders d’opinion » avec des événements, des ateliers et, à partir du lundi 20 juillet, un MOOC gratuit qui sera animé pendant douze semaines par des journalistes et quelques développeurs. Le projet souhaite donner aux journalistes africains en formation la technique nécessaire pour produire et diffuser de l’information ; depuis le 20 juillet, plus de 2 000 personnes ont choisi de suivre les cours en ligne.

Je félicite cette initiative numérique qui permet à un maximum d’étudiants ou de professionnels d’apprendre ou de se perfectionner dans la pratique du journalisme et de la programmation. Il est indispensable de promouvoir ces initiatives qui permettent à beaucoup de s’instruire et d’obtenir les outils nécessaires à la pratique d’un métier. Eurafrique encourage le partage des techniques. À l’heure où beaucoup d’Eurafricains ont accès à Internet mais ne peuvent (pour des raisons géographiques, financières, médicales…) poursuivre une formation traditionnelle, saluons ce précieux outil et encourageons son développement.

Brazzaville Hardcore

Depuis le début des années 90 émerge au Congo une pléiade d’artistes engagés trouvant dans le rap un nouveau moyen d’expression pour dénoncer les maux politiques et sociaux qui minent Brazzaville. Rapide historique : l’album « Prison » en 1991 est un véritable choc ; quelques années plus tard, en 1996, c’est « Rendez-vous avec l’histoire » qui va cartonner. Cet album, qui se vend à des milliers d’exemplaires, critique la vie politique congolaise et dresse, au travers de titres engagés et décomplexés, le bilan d’une société menacée par les conflits et la guerre civile. Ce rap engagé est le fruit des revendications d’une jeunesse africaine en quête de changement. Souffrant d’un manque de soutien à l’époque, le Centre culturel Français de Brazzaville (aujourd’hui Institut français du Congo), institution de coopération culturelle bilatérale, va être une véritable vitrine de découverte des rappeurs locaux et autres groupes.

En 2015, les jeunes protestent désormais contre la présence de Denis Sassou-Nguesso à la tête de leur pays en rappant dans des clips qu’ils publient sur Internet. 2Mondes, groupe de rappeurs congolais, est à l’origine du mouvement Ras-le-bol, créé pour lutter contre Sassou-Nguesso, aussi surnommé « le cobra », arrivé au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile sanglante et qui depuis, ne veut pas lâcher les rênes du pays. Pour Amnesty International, le bilan est catastrophique : « La liberté d’expression, y compris la liberté de la presse, a fait l’objet de restrictions sévères, notamment au sujet des projets de modification de la Constitution visant à permettre au président Nguesso de briguer un troisième mandat. Des journalistes ont été victimes de manœuvres de harcèlement et d’intimidation de la part de la police et des autorités locales. Craignant pour leur sécurité, les défenseurs des droits humains hésitent à dénoncer les atteintes aux droits humains impliquant des fonctionnaires haut placés », peut-on lire dans un rapport.

Eurafrique encourage les mouvements de protestations et le vecteur culturel comme outil de lutte. Face à une situation qui est monnaie courante en Afrique, à l’heure où la peur de la répression du régime dissuade une large partie de la population d’afficher son mécontentement en République du Congo, saluons le courage de ces jeunes qui s’insurgent et se servent du rap pour distiller leur espoir.

« Brazzaville c’est hardcore

Ici la police te soulève violemment

Pas de changement

On ira tous à leur enterrement

Brazzaville c’est hardcore

Pas de ces jeunes dont on hypothèque les destins

J’ai pas besoin de saint

Mon avenir je le bâtis tout seul »

Nairobi X

Le monde va-t-il être sauvé à Nairobi ? Face à une invasion d’extraterrestres, il faut agir et se battre ! Voici le scénario de Nairobi X, premier jeu vidéo en 3D conçu par un studio africain. Créé par le studio kényan Black Division Games, le jeu vidéo cartonne actuellement en Afrique de l’Est. Le décor : la célèbre tour du centre de conférence international Kenyatta ; le bâtiment, à la forme de soucoupe volante, est pris d’assaut par les extraterrestres débarqués en nombre d’un vortex verdâtre trouant le ciel africain : « Soldat, votre mission est simple : défendez Nairobi… avant qu’il ne soit trop tard ».

Dès le lancement, au mois de juin, le succès est immédiat et le hashtag #defendkenya devient viral. À la mi-juillet, on dénombrait déjà plus de 21 000 téléchargements sur mobile. « Ça dépasse les frontières du Kenya : Tanzanie, Ouganda, Éthiopie… et même Soudan du Sud ! », s’étonne Andrew Kaggia, 27 ans, jeune développeur natif de Nairobi à l’origine du projet. Il raconte : « Depuis des années, je jouais sur ma console à tuer des aliens dans les rues et sur les toits de Los Angeles et New York. Et puis un jour, je me suis dit : pourquoi est-ce que les aliens débarquent toujours aux États-Unis ? Pourquoi est-ce que leurs vaisseaux ne se posent jamais en Afrique ? C’est bizarre, tout de même, vous ne trouvez pas ? ».

Voici un événement révélateur de la dynamique numérique qui bouleverse aujourd’hui le continent africain. Pâtissant d’un IDH (indice de développement humain) relativement bas (un des plus bas), le Kenya vient cependant de créer le premier jeu vidéo africain. Eurafrique souhaite que le développement du numérique en Afrique s’accompagne d’une hausse des IDH des nations africaines. Nous ne souhaitons pas que l’Afrique et l’Europe deviennent des continents numériquement riches et humainement (agriculture, politique, conditions sanitaires…) pauvres. Les deux dynamiques doivent se corroborer et Eurafrique est là pour combler les carences potentielles d’un continent ou d’un autre.

Psychose dans les maquis

Depuis le 24 juillet, le virus H5N1 a fait sa réapparition en Côte d’Ivoire, après une première épidémie en 2006. Exit Ebola que l’on pense désormais éradiquer d’ici la fin de l’année : les autorités sanitaires d’Afrique de l’Ouest sont désormais préoccupées par la progression de la grippe aviaire. En Côte d’Ivoire, la dernière détection du virus remonte à juin dernier à Bouaké, dans le centre du pays ; le virus aurait atteint cette fois-ci une troisième zone du pays ; un fermier du village de Modeste, à environ 15 kilomètres d’Abidjan, a indiqué qu’il aurait perdu environ 25 000 poulets. Les maquis abidjanais (restaurants de rue à ciel ouvert) grouillent toujours de monde ; depuis une semaine cependant, les commandes baissent : « Depuis qu’on reparle de la grippe aviaire, les clients ne sont plus réguliers dans le coin » constate un restaurateur.

Beudjé Djoman Mathias, préfet de Grand-Bassam, a déclaré « qu’il est envisagé sur une période de 60 jours des mesures de destruction des volailles infectées, de leurs produits dérivés et de l’achèvement des opérations de désinfection des services sanitaires du lieu d’abattage attestant leur non-contamination ».

Le virus de la grippe aviaire est apparu pour la première fois en Afrique de l’Ouest en 2006 ; éradiqué deux ans plus tard, il est toutefois réapparu au Nigeria, au Burkina Faso, au Niger et au Ghana à la fin de l’année dernière. Depuis son siège à Rome, la FAO, l’organe onusien en charge de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde, a lancé un appel. Pour combattre la grippe aviaire en Afrique de l’Ouest, 20 millions de dollars doivent être levés. Et il y a urgence à agir, insiste l’agence dans un communiqué : « Sans des interventions opportunes pour endiguer les foyers de grippe aviaire hautement virulente H5N1 à travers l’Afrique de l’Ouest, les craintes augmentent de voir la maladie se répandre inexorablement dans cette région et au-delà ».

L’Europe, sœur eurafricaine de l’Afrique, doit aider le plus rapidement possible l’Afrique de l’Ouest en finançant les dépenses liées à la lutte contre le virus ; aider l’Afrique, c’est aider l’Europe, c’est aider Eurafrique. En parallèle de ces financements, nous encourageons le déploiement en Afrique de l’Ouest de l’Agence eurafricaine (organisme militaire / sanitaire) dont le rôle sera d’aider les autorités locales et réaffirmer notre volonté de collaborer ensemble, notamment en cas de menace sanitaire.

Tensions au Burundi

Assassinat du colonel Jean Bikomagu, assassinat du général Adolphe Nshimirimana, tentative d’assassinat de Pierre Claver Mbonimpa (ayant depuis quitté le pays pour la Belgique), célèbre défenseur burundais des droits de l’homme, volonté acharnée du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, malgré les critiques de l’opposition, de la société civile, de l’Église catholique et de la communauté internationale, le Burundi est actuellement le théâtre de nombreuses émeutes aux relents ethniques prononcés.

Face à ces événements, l’Union africaine a demandé au Burundi de régler pacifiquement l’actuelle crise politique : « Cet acte ignoble et les multiples autres actes de violence enregistrés ces derniers mois illustrent encore une fois la gravité de la situation que connaît le Burundi et les risques réels de la voir se détériorer davantage, avec des conséquences catastrophiques tant pour le pays que pour l’ensemble de la région ». Bujumbura doit s’engager dans un véritable dialogue avec l’opposition et respecter l’accord de paix d’Arusha, afin de restaurer « la crédibilité » du gouvernement, minée par des mois de tensions et un processus électoral contesté ; il en va de la sécurité des populations locales et de la stabilité politique de ce pays situé en plein cœur de  l’Afrique des Grands Lacs.

Eurafrique demande à ce que le partage du pouvoir entre Tutsis (minoritaires) et Hutus (majoritaires) au sein des institutions burundaises soit respecté afin de garantir un des fondements de la stabilité politique burundaise. Il en va de la paix internationale et eurafricaine. Rappelons qu’éclatèrent en 1993, à la suite d’un coup d’État contre Melchior Ndadaye, de violents conflits ethniques opposant Hutus et Tutsis ; ces violences s’étendirent au cours de la décennie dans les pays voisins et prirent fin au début des années 2000. Aspirons à promouvoir la paix dans une région encore profondément marquée par les rivalités ethniques.

Flore eurafricaine en danger

Le palmier, symbole des déserts chauds, des côtes et paysages tropicaux. Une des plantes les plus anciennes de notre Histoire : 80 millions d’années. Présent en Afrique, de nombreux fossiles de palmiers furent découverts en Europe, témoignant d’une époque où le climat de notre continent du Nord était tropical. Toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés ; symbolisant l’arbre de vie, la fécondité et le succès, le palmier orne de nombreuses armoiries eurafricaines : la Côte d’Ivoire, Mackenheim en Alsace (France), Saint-Juste-Luzac en Charente-Maritime (France)… Les palmiers sont des plantes parmi les plus utiles dans l’économie agricole des pays des zones tropicales où ils ne sont dépassés en importance que par les graminées. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée. Les fruits, noix de coco ou dattes, font partie depuis des millénaires des aliments de base des populations vivant sous les tropiques. Avec le « bois » des stipes, on fabrique des planchers et des murs, avec les feuilles, on réalise la couverture des maisons.

Elche, ville d’Espagne située dans la province d’Alicante, possède deux patrimoines de l’Humanité reconnus par l’UNESCO : le Misteri d’Elx (représentation théâtrale que l’on donne chaque année depuis le Moyen Âge) et la Palmeraie d’Elche,  plus grande palmeraie d’Europe située le long de la commune. Cette grande étendue de palmiers en plein centre-ville, composée de plus de deux cent mille palmiers, est un symbole historique eurafricain fort : l’on pense que ce sont les Carthaginois qui trouvèrent dans ces terres du Levant espagnol un lieu propice à cette culture. Les Romains, qui vinrent par la suite, surent conserver la palmeraie et en prendre soin. Les Arabes, quand ils occupèrent la péninsule Ibérique, poursuivirent la même tâche de protection et agrandirent la plantation de dattiers. C’est sous Abd al-Rahman, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue (756), qu’un système d’irrigation fut installé. Plus tard, au Moyen Âge, on édicta une série de lois pour protéger la plantation et depuis lors, vigilance et protection n’ont cessé. Déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2000, la palmeraie fait la fierté de cette ville de près de 230 000 habitants.

Depuis 2005, ce symbole eurafricain est en danger : infestés par des larves d’un charançon, les palmiers d’Elche sont gravement menacés. Attaquée par un insecte, le charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, la plante s’assèche, puis s’effondre. En Espagne, des milliers de palmiers sont morts et continuent de mourir, de même qu’en Italie. Arrivé il y a dix ans en France, le charançon rouge est désormais présent sur tout le pourtour méditerranéen et en Bretagne. Rien ne semble pouvoir arrêter sa progression. L’Europe a décrété, en mai 2007, l’obligation de lutter contre cet insecte.

Il est indispensable de protéger les palmiers d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, véritables témoins des liens eurafricains historiques. La flore de notre bicontinent doit être préservée ; fruit de notre Histoire, elle est un symbole puissant d’Eurafrique. Protégeons une partie de notre identité et de notre patrimoine, adoptons le plus rapidement possible au niveau eurafricain les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde des palmiers d’Eurafrique. Pourquoi ne pas mettre en place, dans le cadre d’un service écologique eurafricain, la possibilité pour les jeunes de s’occuper de certaines zones naturelles en danger ? La mer, la forêt, le désert, la montagne… Nous devons aujourd’hui, nous, Eurafricains, nous engager pour défendre notre patrimoine naturelle eurafricain, véritable témoin de l’Histoire de notre bicontinent.