11 novembre

Ne pas oublier

Pourquoi devrais-je me souvenir ? Je connais cette date du 11 novembre qui chaque année, me rappelle une période de plus en plus lointaine, de plus en plus floue. Une époque révolue dans un monde qui s’accélère, une Histoire dépassée par une instantanéité qui ne s’accommode pas d’un vieux rituel propre à de nombreuses civilisations : la transmission. Ce partage entre les générations, entre les visions et les réalités est tellement crucial, en ceci qu’il nous permet de résister à l’oubli tout en préparant le futur, qu’il nous faut le stimuler toujours. C’est le but de ma prise de parole papier.

Je souhaite rappeler que la Première Guerre mondiale, coupable de la mort ou de l’invalidité de plus de huit millions d’Êtres, ramena l’Europe à la primitivité. Je souhaite rappeler que beaucoup de mes compatriotes périrent et que parmi ces Français, certains « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française s’engagèrent pour défendre notre drapeau. Les « Dogues noirs de l’Empire », comme les avait surnommé Léopold Sédar Senghor, resteront fidèles au Bleu, au Blanc et au Rouge. De nombreux Africains périront pendant cette Grande Guerre et je souhaite aujourd’hui leur rendre hommage. Je souhaite saluer la mémoire de ces combattants dignes qui contribuèrent au prestige français et les remercier d’avoir permis à mon pays (à l’époque Notre pays) de sortir vainqueur de cette véritable barbarie.

Je crois en Eurafrique et au potentiel fort d’une union équitable entre les pays d’Europe et les pays d’Afrique. Je souhaite promouvoir cette union dans le respect des prestiges locaux afin de participer à la réalisation d’un destin commun et ainsi, favoriser l’émergence rapide d’une identité métissée nouvelle, cultivée et invincible. Je suis pour cette renaissance eurafricaine, pour l’avènement d’une Europe tropicale, d’une Afrique libérée. Grâce à l’Histoire, je connais les prémices d’une aventure eurafricaine qui sommeil toujours et s’apprête à naître. Grâce à la transmission, j’ai l’honneur de chanter les exploits africains. Grâce à la transmission, je construis avec toi Eurafrique.

En ce 11 novembre 2015, je souhaite remercier l’Afrique pour son implication, sa bravoure et sa force. Si l’Europe est ce qu’elle est aujourd’hui, nous vous le devons en partie. En ce 11 novembre 2015, moi, Louis de Gouyon Matignon, suis Africain, suis Le Monument aux Héros de l’Armée Noire de la ville de Reims, suis tirailleur sénégalais, suis ces milliers de Noirs tombés en Europe. En ce 11 novembre 2015 et plus que jamais, je suis Eurafricain.