Afrique de l’Ouest

La réconciliation en sursis

Causant le décès de plus de trois milles personnes, la crise ivoirienne de 2010 – 2011 est le résultat des affrontements qui éclatèrent après le second tour de l’élection présidentielle entre Gbagbistes et Ouattaristes à la suite de fraudes présumées. Actuellement détenu à la Cour pénale internationale, nous venons d’apprendre que l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo ne sortira pas de prison avant son procès qui devrait débuter le 10 novembre. Les avocats de Laurent Gbagbo demandaient en effet sa libération provisoire pour raison de santé ; leur demande a été rejetée par les juges de la CPI.

L’ancien président ivoirien âgé de 70 ans, accusé d’avoir plongé son pays dans la guerre civile en s’accrochant au pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle de 2010, devra répondre de quatre chefs de crimes contre l’humanité perpétrés dans le contexte de ces violences post-électorales. Eurafrique rappelle l’importance de pacifier le plus rapidement possible les tensions qui subsistent entre Gbagbistes et Ouattaristes afin de consolider le processus démocratique dans le cadre des prochaines élections présidentielles, dimanche 25 octobre 2015.

Doudou N’diaye Rose

Classé par l’UNESCO « trésor humain », le célèbre percussionniste sénégalais Doudou N’diaye Rose est décédé mercredi soir à Dakar. Le mathématicien des rythmes, le grand maître des tambours, capable de diriger cent batteurs sur plusieurs rythmes en même temps, est considéré comme l’un des plus grands musiciens africains du vingtième siècle. Issu d’une famille de griots (communicateurs traditionnels en Afrique occidentale), le maître-tambour consacra sa vie à la musique. À la tête d’un orchestre de plusieurs dizaines de percussionnistes, dont plusieurs membres de sa famille, celui qui joua avec les plus grands (Miles Davis, Bernard Lavilliers ou les Rolling Stones) avait dû, afin de pratiquer librement son art, batailler contre son père, comptable, qui refusait qu’il devienne musicien.

Allant à la rencontre des plus grands maîtres percussionnistes, Doudou N’diaye Rose raconte : « Je rencontrais les anciens pour qu’ils me transmettent ce langage très précis des percussions que tout le monde connaissait alors : comment annoncer qu’il y a un feu de brousse, qu’un serpent a piqué quelqu’un, que la femme qui vient de se marier a rejoint la demeure conjugale… ».

Remarqué par Maurice Béjart, il se produisit pour la première fois en France, avec sa propre troupe composée de cinquante batteurs, en octobre 1986 et participa 3 ans plus tard aux célébrations du Bicentenaire de la Révolution française. Il s’en suit alors une fulgurante ascension dans le monde entier. Très proche du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor, il composa notamment l’hymne joué lors des défilés civils marquant la fête de l’indépendance du Sénégal (chaque 4 avril).

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain qui continue à faire vibrer notre bicontinent.

Faso Soap

600 000 décès et plus de 200 millions de personnes atteintes : c’est le bilan annuel du paludisme dans le monde. Touchant particulièrement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, cette maladie transmise par les moustiques est la première cause de mortalité en Afrique.

Malgré des années de recherche intensive par les laboratoires pharmaceutiques, aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible. Des traitements antipaludiques existent, mais la maladie est devenue de plus en plus résistante. La principale forme de lutte est alors la prévention, par exemple, en favorisant l’utilisation de moustiquaires, d’insecticides ou de crèmes répulsives. Ces traitements, parfaitement adaptés aux touristes, sont cependant encore trop chers pour la majorité de la population africaine.

En 2012, le burundais Gérard Niyondiko et le burkinabè Moctar Dembélé lancent le projet Faso Soap. Il s’agit d’un savon pour le corps et le linge, dont les principes actifs empêchent la prolifération des larves dans les eaux stagnantes et constituent un répulsif pour les moustiques. Fabriqué à partir de ressources locales, le Faso Soap ne nécessite pas de modifier les habitudes culturelles des familles et ne coûte pas plus cher qu’un savon classique : 300 francs CFA l’unité. Présenté en 2013 à la Global Social Venture Competition, prestigieux concours d’entrepreneuriat social organisé par l’université de Berkeley en association avec l’ESSEC, le Faso Soap gagne le premier prix, le prix du public et obtient plus de 25 000 dollars pour développer le produit. C’est non seulement la première équipe africaine à gagner ce concours, mais aussi la première équipe qui ne soit pas américaine. Une grande réussite pour Gérard Niyondiko, dont la formation a été financée par l’ambassade de France au Burundi.

Depuis, exemple de coopération eurafricaine, c’est grâce à un partenariat avec un laboratoire français de cosmétique que des prototypes ont été développés. Des tests d’efficacité et d’innocuité sont en cours. Installés dans un incubateur d’entreprises à Ouagadougou, les deux jeunes ingénieurs pensent pouvoir commencer la commercialisation du savon début 2016. Eurafrique salue ce projet prometteur pour la prévention du paludisme en Afrique qui n’aurait pu voir le jour sans l’action conjointe d’Européens et d’Africains.

Fresques ambulantes au musée

Le car rapide sénégalais, véritable emblème dakarois, sera exposé à partir du mois d’octobre à Paris au sein du nouveau Musée de l’Homme. Ces fourgonnettes aux couleurs bigarrées, décorées à la main et sillonnant les grandes rues de la capitale sénégalaise, sont de véritables emblèmes du quotidien pour des milliers de Sénégalais qui les utilisent chaque jour. Peints et décorés selon un rite très particulier, certains de ces vieux Renault Saviem sont considérés comme des œuvres d’art. Cependant, depuis quelques années, la ville souhaite remplacer ces cars rapides par des bus fabriqués en Inde ou en Chine (et non en Europe, à notre grand regret). À Londres, des bus rouges, à New York, des taxis jaunes, à Paris, des chauffeurs mécontents et à Dakar, ces fourgonnettes colorées. Jugés polluants et dangereux, ces véhicules emblématiques sont amenés à disparaître.

Exporté d’Europe à destination des pays du Sud dans la période d’après-guerre, nous sommes déçus de voir un symbole de coopération eurafricaine disparaître. Comme nous l’évoquions dans l’article Chinafrique ? consacré aux investissement de l’Empire du Milieu en Afrique, il est indispensable d’organiser la coopération économique eurafricaine en favorisant un commerce intra-eurafricain. Nous devons commercer et échanger de façon équitable avec nos voisins du Sud afin de renforcer nos rapports politiques. Ces fresques ambulantes sont à l’image de la situation contemporaine : la fin de la culture et de la relation économique eurafricaine au profit d’une pseudo-modernité mystificatrice d’origine asiatique. Les symboles peints à la main sur ces cars rapides nous rappellent l’histoire et l’identité d’un pays fort au sein de l’Afrique de l’Ouest. Ces étendards nationaux résument l’histoire de cultures souvent obombrées par le monde occidental et qu’il faut magnifier dans une logique de respect culturel mutuel eurafricain.

Eurafrique encourage la culture et les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Je suis personnellement déçu de voir que l’Asie équipera dans les prochaines années le Sénégal ; j’encourage l’Europe à se tourner davantage vers l’Afrique et vice versa ; la coopération politique doit s’appuyer sur la coopération économique.

Sangaré appelle au boycott

Abou Drahamane Sangaré, un fidèle de Laurent Gbagbo, appelle dans un communiqué de presse à boycotter l’élection présidentielle ivoirienne prévue le 25 octobre. Une frange importante du Front populaire ivoirien (FPI), parti politique de l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo, actuellement détenu à la Cour pénale internationale, a dans un communiqué signé par Aboubacar Koné et diffusé aujourd’hui, mis en garde Pascal Affi N’Guessan, officiellement investi candidat FPI aux prochaines élections présidentielles.

La frange gbagbiste rebelle et fidèle à l’ancien chef d’État prévient que tous les moyens légaux seront utilisés pour empêcher la tenue des prochaines élections présidentielles. Justifiant cette prise de position par l’insécurité politique et le manque de transparence démocratique, ces « frondeurs » estiment que les élections pourront être organisées lorsque la confiance entre les différents acteurs politiques sera revenue. Le FPI demande notamment la libération de l’ancien président et de ses partisans incarcérés en Côte d’Ivoire et la modification de la composition de la commission électorale. En 1995, le FPI et le RDR (aujourd’hui au pouvoir) associés dans une coalition baptisée Front républicain avaient appelé au boycott de l’élection présidentielle face à Henri Konan Bédié du PDCI. L’opération s’était soldée par plusieurs morts, de nombreux blessés et d’importants dégâts matériels sur toute l’étendue du territoire.

Espérons que les élections présidentielles se passent dans le calme et la sérénité ; comme pour le Burundi, Eurafrique exhorte les acteurs politiques à respecter le droit et à ne pas emporter les Africains vers de nouvelles guerres civiles.

Brazzaville Hardcore

Depuis le début des années 90 émerge au Congo une pléiade d’artistes engagés trouvant dans le rap un nouveau moyen d’expression pour dénoncer les maux politiques et sociaux qui minent Brazzaville. Rapide historique : l’album « Prison » en 1991 est un véritable choc ; quelques années plus tard, en 1996, c’est « Rendez-vous avec l’histoire » qui va cartonner. Cet album, qui se vend à des milliers d’exemplaires, critique la vie politique congolaise et dresse, au travers de titres engagés et décomplexés, le bilan d’une société menacée par les conflits et la guerre civile. Ce rap engagé est le fruit des revendications d’une jeunesse africaine en quête de changement. Souffrant d’un manque de soutien à l’époque, le Centre culturel Français de Brazzaville (aujourd’hui Institut français du Congo), institution de coopération culturelle bilatérale, va être une véritable vitrine de découverte des rappeurs locaux et autres groupes.

En 2015, les jeunes protestent désormais contre la présence de Denis Sassou-Nguesso à la tête de leur pays en rappant dans des clips qu’ils publient sur Internet. 2Mondes, groupe de rappeurs congolais, est à l’origine du mouvement Ras-le-bol, créé pour lutter contre Sassou-Nguesso, aussi surnommé « le cobra », arrivé au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile sanglante et qui depuis, ne veut pas lâcher les rênes du pays. Pour Amnesty International, le bilan est catastrophique : « La liberté d’expression, y compris la liberté de la presse, a fait l’objet de restrictions sévères, notamment au sujet des projets de modification de la Constitution visant à permettre au président Nguesso de briguer un troisième mandat. Des journalistes ont été victimes de manœuvres de harcèlement et d’intimidation de la part de la police et des autorités locales. Craignant pour leur sécurité, les défenseurs des droits humains hésitent à dénoncer les atteintes aux droits humains impliquant des fonctionnaires haut placés », peut-on lire dans un rapport.

Eurafrique encourage les mouvements de protestations et le vecteur culturel comme outil de lutte. Face à une situation qui est monnaie courante en Afrique, à l’heure où la peur de la répression du régime dissuade une large partie de la population d’afficher son mécontentement en République du Congo, saluons le courage de ces jeunes qui s’insurgent et se servent du rap pour distiller leur espoir.

« Brazzaville c’est hardcore

Ici la police te soulève violemment

Pas de changement

On ira tous à leur enterrement

Brazzaville c’est hardcore

Pas de ces jeunes dont on hypothèque les destins

J’ai pas besoin de saint

Mon avenir je le bâtis tout seul »

Psychose dans les maquis

Depuis le 24 juillet, le virus H5N1 a fait sa réapparition en Côte d’Ivoire, après une première épidémie en 2006. Exit Ebola que l’on pense désormais éradiquer d’ici la fin de l’année : les autorités sanitaires d’Afrique de l’Ouest sont désormais préoccupées par la progression de la grippe aviaire. En Côte d’Ivoire, la dernière détection du virus remonte à juin dernier à Bouaké, dans le centre du pays ; le virus aurait atteint cette fois-ci une troisième zone du pays ; un fermier du village de Modeste, à environ 15 kilomètres d’Abidjan, a indiqué qu’il aurait perdu environ 25 000 poulets. Les maquis abidjanais (restaurants de rue à ciel ouvert) grouillent toujours de monde ; depuis une semaine cependant, les commandes baissent : « Depuis qu’on reparle de la grippe aviaire, les clients ne sont plus réguliers dans le coin » constate un restaurateur.

Beudjé Djoman Mathias, préfet de Grand-Bassam, a déclaré « qu’il est envisagé sur une période de 60 jours des mesures de destruction des volailles infectées, de leurs produits dérivés et de l’achèvement des opérations de désinfection des services sanitaires du lieu d’abattage attestant leur non-contamination ».

Le virus de la grippe aviaire est apparu pour la première fois en Afrique de l’Ouest en 2006 ; éradiqué deux ans plus tard, il est toutefois réapparu au Nigeria, au Burkina Faso, au Niger et au Ghana à la fin de l’année dernière. Depuis son siège à Rome, la FAO, l’organe onusien en charge de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde, a lancé un appel. Pour combattre la grippe aviaire en Afrique de l’Ouest, 20 millions de dollars doivent être levés. Et il y a urgence à agir, insiste l’agence dans un communiqué : « Sans des interventions opportunes pour endiguer les foyers de grippe aviaire hautement virulente H5N1 à travers l’Afrique de l’Ouest, les craintes augmentent de voir la maladie se répandre inexorablement dans cette région et au-delà ».

L’Europe, sœur eurafricaine de l’Afrique, doit aider le plus rapidement possible l’Afrique de l’Ouest en finançant les dépenses liées à la lutte contre le virus ; aider l’Afrique, c’est aider l’Europe, c’est aider Eurafrique. En parallèle de ces financements, nous encourageons le déploiement en Afrique de l’Ouest de l’Agence eurafricaine (organisme militaire / sanitaire) dont le rôle sera d’aider les autorités locales et réaffirmer notre volonté de collaborer ensemble, notamment en cas de menace sanitaire.

Je ne voterai pas

Les jeunes Africains s’intéressent-ils à la politique ? C’est ce qu’a voulu savoir l’institut de sondage Afrobaromètre, publiant mercredi dernier à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, une étude consacrée aux jeunes et à la politique, à leurs engagement ou encore à leur vision de ce que devra être la politique dans le futur.

Sondant de nombreux Africains âgés de 18 à 29 ans à travers 33 pays différents, l’étude nous révèle que 56 % seulement des jeunes s’intéressent à la vie politique de leur pays. Un faible résultat si l’on considère que le continent, se trouvant actuellement au cœur d’une généreuse prophétie économique, doit être gouverné par cette jeunesse qui incarnera demain la force vive d’un monde en pleine mutation. Par ailleurs, 54 % seulement des jeunes interrogés affirment avoir voté récemment lors d’une élection. Comment fonder l’Afrique puis l’Eurafrique de demain ? Alors que les pays les plus politisés sont l’Égypte et la Tunisie (cela fait bien sûr écho aux derniers événements politiques), il est indispensable de diffuser à travers toute l’Afrique une réelle promotion de la chose publique. Difficile dans certains endroits et notamment en Afrique de l’Ouest, ou 71 % des personnes interrogées affirment n’avoir jamais contacté de représentants locaux de gouvernement pour soumettre leurs préoccupations. Cet aspect inquiète les auteurs de ce sondage pour qui « la voix des jeunes et leur engagement sont des aspects fondamentaux du processus démocratique ».

Ce désintéressement des jeunes pour la politique est le résultat de deux dynamiques qui se corroborent : une économie de plus en plus forte (impliquant une politique de plus en plus soumise) et un modèle démocratique défaillant. L’Afrique de l’Ouest par exemple, encore très tribale, doit s’affranchir de la centralisation imposée par les anciens pays colonisateurs au profit d’un modèle régional plus respectueux des histoires et traditions locales (voir à ce sujet l’article Uber eurafricain).

Je propose le projet Eurafrique qui permettra aux jeunes de s’engager dans un projet d’espoir et de changement ; le seul projet culturellement et économiquement viable du vingt-et-unième siècle. Eurafrique, au-delà des chiffres et autres prévisions économiques, devra être la puissance publique capable de porter plus d’un milliard et demi d’Eurafricains vers leur destin. Celui de vivre ensemble.

Lutte féministe

Au Sénégal, une femme ne peut se permettre de pratiquer un sport « masculin » ; c’est très mal vu, parfois interdit.

– « Quand on parle de lutte on pense aussitôt à l’homme. C’est un sport inapproprié pour la femme. Il n’y a vraiment aucun lien. Seulement, nous sommes dans une société où on voit beaucoup de choses. On s’achemine tout droit vers la dérive. Si on devait fouetter ces femmes qui font la lutte, tout cela allait disparaître. La femme n’a pas le droit de pratiquer un sport comme la lutte car, tout son corps est exposé au regard des autres. Alors que cela est interdit par la religion musulmane. Je considère cela comme un péché, ni plus ni moins. »

– « C’est une pratique malsaine. Je ne laisserai jamais ma fille faire ça. Il en est hors de question. Nous sommes dans une société conservatrice qui condamne ces genres de pratiques et puis, nous sommes dans un pays composé à majorité de musulmans. On ne devait même pas permettre ces choses dans notre cher pays le Sénégal qui a longtemps valorisé l’image de la femme. »

– « En tant que femme, je condamne cette pratique ; personnellement, je trouve que ce n’est pas bien pour l’image de la femme. La femme sénégalaise est connue pour sa pudeur. On doit pouvoir sauvegarder cette belle image qui fait notre charme. Ce n’est pas bien d’exposer son corps à des fins financières. L’argent a gâté notre société. »

Pensionnaires du Centre international de Thiès, où est regroupée l’élite du continent, à une heure de route de Dakar, les meilleures lutteuses sénégalaises s’entraînent malgré la chaleur tous les jours, répétant les mêmes gestes et préparant leur corps aux championnats du monde qui auront lieu en septembre à Las Vegas. Au Sénégal, la lutte traditionnelle est sport national, loin devant le football. Très présent dans les régions du Sine-Saloum et de la Casamance, ce sport est un événement, un marqueur identitaire fort puisque chaque combat est précédé d’une préparation particulière, mystique et traditionnelle, un « haka sénégalais » où les lutteurs, portant un costume traditionnel, dansent parfois plusieurs heures en invoquant les dieux. Les règles sont simples : il faut projeter son adversaire au sol. Du fait de la tradition et de la religion, les femmes ne peuvent se dévêtir et n’ont pas accès à ce sport. C’est une situation révélatrice de certains tabous traditionnels (en général religieux) qui persistent au Sénégal. Je pense que l’existence de tabous ou de traditions est bénéfique à une population, lui permettant de se structurer, de se repérer et de se projeter vers l’avenir cependant, je pense qu’il ne faut en aucun cas encourager un machisme camouflé. Alors qu’en France, les femmes gagnent pour un même travail en moyenne 25 % de moins que les hommes et que moins de 30 % seulement de nos parlementaires sont des femmes, il est important d’initier en Eurafrique une politique féministe émancipatrice et respectueuse des traditions. Le féminisme ne doit pas être aveugle ou provocateur ; il doit s’émanciper des archaïsmes politico-religieux tout en sanctifiant les identités locales.

Le sport doit être une dynamique unificatrice, un vecteur du Changement eurafricain bénéfique aux hommes et femmes du bicontinent. Oui à un féminisme respectueux des traditions locales, non à un « tout foutre en l’air » réducteur et aveugle. Oui à cet équilibre des traditions et de l’émancipation, oui à Eurafrique. Oui à la lutte féministe sénégalaise.

Burkina : un exemple démocratique

Le Burkina Faso ou « Pays des hommes intègres » doit être un exemple démocratique. Michel Kafando, président de transition depuis le 21 novembre 2014 et la chute de Blaise Compaoré, devra céder le pouvoir à un président élu lors de la prochaine élection présidentielle burkinabaise prévue le 11 octobre 2015. Reçu au mois de juin à l’Élysée par François Hollande, Michel Kafando a salué le « soutien » de Paris « dans cette période décisive ». Pour François Hollande, la France doit tout mettre en œuvre pour assurer le bon déroulement du processus conduit « jusqu’aux élections qui doivent être transparentes et incontestables ».

À l’heure où les Est-Africains doivent faire face à une grave crise politique qui menace le Burundi, depuis l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel, le Burkina Faso à l’Ouest doit tout faire pour garantir le respect du processus constitutionnel et des élections organisées en toute transparence. Le Burkina Faso doit être un exemple politique et historique pour l’Eurafrique. « Si nous sommes aux côtés du Burkina Faso, c’est que nous voulons aussi qu’il ait valeur d’exemple » a estimé François Hollande.

Eurafrique doit être un espace politique de coopération et de respect des opinions démocratiques. J’encourage le travail qui pourrait être mené entre les gouvernements européens et africains afin de garantir une vie politique pacifiée et respectueuse du choix des peuples. Les pays européens ne doivent pas s’immiscer dans les choix politiques des pays d’Afrique cependant, ils peuvent apporter l’aide nécessaire au bon déroulement des événements politiques.