Afrique du Sud

Desmond Tutu hospitalisé

Ayant quitté l’hôpital il y a moins d’un mois, Desmond Tutu, l’archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix, a été réadmis à l’hôpital lundi en début de soirée pour soigner une inflammation, a indiqué sa fille Canon Mpho Tutu. Il s’agit de sa troisième visite en trois mois. Luttant depuis des années contre un cancer de la prostate, l’archevêque anglican âgé de 83 ans a l’habitude d’être hospitalisé. « Les médecins s’attendent à ce qu’il sorte dans les deux jours, ils veulent le garder en observation pendant au moins 24 heures supplémentaires », a indiqué sa fille lors d’une conférence de presse au Cap.

Monseigneur Tutu, infatigable figure de la lutte contre l’apartheid et conscience morale sud-africaine, a toujours dénoncé les imperfections de son pays et les abus du Congrès national africain (ANC), parti politique actuellement au pouvoir. Souhaitons-lui un prompt rétablissement !

Année étrangère

De l’Europe à l’Afrique. De la France à l’Afrique du Sud. De Paris à Cape Town. De Sciences Po à l’université de Western Cape. Du français à l’afrikaans, l’anglais, le ndebele, le sotho du Sud, le swazi, le tswana, le tsonga, le venda, le xhosa et le zoulou. De la Marseillaise à l’hymne Nkosi Sikelel’ iAfrika, The Call of South Africa. Du métro au minibus. De la conduite à droite à la conduite à gauche. Du pâté-croûte au biltong. Du XV de France aux Springboks.

Il n’y a qu’un pas. « L’année étrangère » est presque devenue un passage obligé au cours des études, un pas de plus vers la maturité. Nous étions des étudiants en échange. Certains n’avaient jamais vu l’Afrique du Sud. Certains avaient habité en Afrique, mais dans d’autres pays. Nous étions intéressés par l’Afrique. Pas seulement l’Afrique des safaris. Nous voulions étudier en anglais dans un environnement qui nous dépayserait, nous pousserait à revoir nos habitudes, à penser autrement, à apprendre à vivre ailleurs.

L’Afrique du Sud était le lieu parfait pour cela. Nous avons découvert la vitesse des minibus, la patience des files d’attente pour s’inscrire aux cours à l’université. Nous avons mangé des braais, du biltong, du rusk et d’autres aliments dont les noms nous échappent. Nous avons écouté Johnny Clegg, l’hymne national sud-africain, les radios locales. Nous avons grimpé en haut de Lion’s Head et de Table Mountain. Nous avons volé jusqu’à Johannesburg, Pretoria, Durban, Port Elizabeth. Nous avons conduit à travers les provinces, du Limpopo au Gauteng, parfois jusqu’en Namibie ou au Lesotho. Nous avons entendu parler plusieurs langues. Nous avons été frappés par la beauté des paysages, par les contrastes de la ville, par ses couleurs. Nous avons essayé de capturer les instants dans des photos dont la lumière ne sera jamais aussi vive que celle que nous avions sous les yeux.

Nous avons étudié l’Histoire, nous avons ressenti son poids au quotidien. Nous avons rédigé des essays en anglais dans le style anglo-saxon. Nous nous sommes adaptés, ou du moins nous avons essayé de le faire. Nous avons découvert un peu la littérature sud-africaine. Parmi de nombreuses œuvres, Cry, the Beloved Country (Alan Platon, 1948) a retenu notre attention. Nous avons (quand même) rencontré quelques animaux sur la route des parcs nationaux. Éléphants, zèbres, singes, girafes, phacochères. Nous avons regardé la mer. Nous avons parcouru des kilomètres d’ailleurs. Des routes bordées de traces de peines, de joies, de rires et de doutes.

Nous avons rencontré des Sud-africains, des Blacks, des Coloured, des Whites. Nous avons lié des connaissances, des amitiés, des amours. Nous avons partagé leurs vies, leurs maisons et leurs discussions. Nous ne nous perdions pas à l’université lorsque l’un d’eux était là pour nous indiquer le chemin. Ils nous ont aidé, ils nous ont appris. Nous avons entendu les conflits. Le bruit encore assourdissant du racisme. Les années qui n’ont pas effacé les souvenirs brûlants de l’apartheid. Nous avons aimé l’Afrique du Sud malgré tout ce qu’elle nous a fait laisser derrière nous le temps d’une année : une famille, une adresse, un confort, des habitudes. Peut-être l’avons nous aussi parfois aimée pour ça, pour ce qu’elle nous a forcé à repenser. La vie, le bonheur, les autres.

Après une année comme celle-ci, nous serons heureux de revoir nos proches, mais tristes de quitter ce pays arc-en-ciel, indécis entre la pluie et le beau temps. Nous serons plus ouverts, plus matures, plus tolérant sans doute. À notre retour, rien n’aura vraiment changé et pourtant tout sera différent. Notre « année étrangère » aura été l’expérience de notre vie, celle qui donne envie de parcourir le monde de long en large, celle qui pousse à se chercher soi-même, à se perdre et parfois à se découvrir.

Oui à la chasse au trophée

Au Zimbabwe, depuis la mort du lion Cecil, se pose la question de la régulation / interdiction de la chasse au trophée. Seul problème : cette activité représente une grande part de l’économie zimbabwéenne. S’empressant d’imposer de nombreuses restrictions sur la chasse au lion, au léopard et à l’éléphant sur son territoire, les autorités de la République du Zimbabwe doivent aujourd’hui faire marche arrière (même si la chasse au gros gibier reste bien sûr interdite dans tous les parcs nationaux et aux abords du parc Hwange, où le lion Cecil avait été abattu). Ces mesures prises dans l’immédiateté suite aux réactions très vives qu’a engendré la mort du désormais célèbre lion placent les autorités africaines face à un véritable dilemme : comment allier protection des animaux et poursuite d’une activité très rentable pour un pays dont 72 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ?

La question est complexe : comme pour la chasse en France, c’est une activité qui régule à une certaine échelle l’écosystème tout en représentant pour certaines espèces une menace. Il s’agit également d’une manne financière considérable, puisque le secteur rapporte 180 millions d’euros par an, dont 15 millions au Zimbabwe.

« Avec effet immédiat, Delta bannit l’expédition des trophées de lions, léopards, éléphants, rhinocéros et buffles via ses cargos. Cette décision s’applique au réseau fret mondial ». Alors que Delta Airlines et d’autres interdisent désormais le transport des trophées de chasse en provenance d’Afrique du Sud, le pays rappelle que la chasse au trophée rapporte chaque année près de 5 millions d’euros à l’économie sud-africaine.

Je ne commenterai pas la mort de ce lion et l’indignation mondiale (indigne et malsaine) qui en résulta ; je souhaite simplement dire que les pays africains ne doivent pas pâtir de nos conceptions très modernes (et riches) de la place des animaux au sein de leurs sociétés. Si la chasse aux trophées est une activité permettant à des familles de vivre, à une économie d’être dynamique, à des écoles de se construire ou à des hôpitaux de fonctionner, alors je serai le premier à venir défendre cette pratique. Les humains passent avant les animaux et si la chasse de certains animaux permet à un peuple de vivre, alors be it ! Eurafrique encourage les pays africains à développer leurs économies et défend par conséquent la chasse au trophée, source de revenus importants pour les peuples zimbabwéens et sud-africains. Nous reparlerons de l’interdiction de la chasse quand ces habitants d’Afrique ne mourront plus de faim et auront tous accès à l’école.