Chinafrique

Fresques ambulantes au musée

Le car rapide sénégalais, véritable emblème dakarois, sera exposé à partir du mois d’octobre à Paris au sein du nouveau Musée de l’Homme. Ces fourgonnettes aux couleurs bigarrées, décorées à la main et sillonnant les grandes rues de la capitale sénégalaise, sont de véritables emblèmes du quotidien pour des milliers de Sénégalais qui les utilisent chaque jour. Peints et décorés selon un rite très particulier, certains de ces vieux Renault Saviem sont considérés comme des œuvres d’art. Cependant, depuis quelques années, la ville souhaite remplacer ces cars rapides par des bus fabriqués en Inde ou en Chine (et non en Europe, à notre grand regret). À Londres, des bus rouges, à New York, des taxis jaunes, à Paris, des chauffeurs mécontents et à Dakar, ces fourgonnettes colorées. Jugés polluants et dangereux, ces véhicules emblématiques sont amenés à disparaître.

Exporté d’Europe à destination des pays du Sud dans la période d’après-guerre, nous sommes déçus de voir un symbole de coopération eurafricaine disparaître. Comme nous l’évoquions dans l’article Chinafrique ? consacré aux investissement de l’Empire du Milieu en Afrique, il est indispensable d’organiser la coopération économique eurafricaine en favorisant un commerce intra-eurafricain. Nous devons commercer et échanger de façon équitable avec nos voisins du Sud afin de renforcer nos rapports politiques. Ces fresques ambulantes sont à l’image de la situation contemporaine : la fin de la culture et de la relation économique eurafricaine au profit d’une pseudo-modernité mystificatrice d’origine asiatique. Les symboles peints à la main sur ces cars rapides nous rappellent l’histoire et l’identité d’un pays fort au sein de l’Afrique de l’Ouest. Ces étendards nationaux résument l’histoire de cultures souvent obombrées par le monde occidental et qu’il faut magnifier dans une logique de respect culturel mutuel eurafricain.

Eurafrique encourage la culture et les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Je suis personnellement déçu de voir que l’Asie équipera dans les prochaines années le Sénégal ; j’encourage l’Europe à se tourner davantage vers l’Afrique et vice versa ; la coopération politique doit s’appuyer sur la coopération économique.

Institut Eurafrique

Nous parlions précédemment dans un article Chinafrique ? des instituts Confucius et de l’installation prochaine d’un institut au Kenya. À l’heure où la Chine mène une politique d’expansion culturelle à travers la création d’instituts Confucius dans toutes les grandes villes du monde, Eurafrique doit réagir et promouvoir la culture eurafricaine à travers le monde. Il doit être mis en place le plus rapidement possible des établissements culturels publics à but non lucratif en Afrique, en Europe, en Amérique et en Asie. Les Eurafricains doivent promouvoir leur culture et leur héritage en créant ces ambassades culturelles, en impliquant les continents voisins à cette construction eurafricaine pour espérer voir un jour, des asiatiques parler français ou des Américains étudier l’histoire malienne.

Les buts principaux des succursales doivent êtres de dispenser des cours de français, d’allemand, d’espagnol…, de soutenir les activités d’enseignement locales, de délivrer des diplômes de langue et de participer à la diffusion de la culture eurafricaine. Ces branches doivent se soumettre à la loi du pays où elles se trouvent et à la surveillance et l’inspection du département compétent de l’éducation du pays.

Je suis pour exporter la culture eurafricaine francophone à travers le monde et redynamiser notre espace culturel ; afin de mener à bien cette mission, nous devons rapidement créer des instituts Eurafrique en Europe (dans chacune des capitales européennes), en Afrique (dans chacune des capitales africaines), en Asie et en Amérique. La francophonie est une chance et un vecteur d’intégration eurafricain fabuleux ; à nous de prendre notre politique culturelle en main en exportant la langue française, en créant des instituts Eurafrique dont le but serait de propager la culture eurafricaine francophone, d’enseigner l’histoire de l’Afrique, celle de l’Europe, de mettre en valeur le potentiel eurafricain afin d’attirer une jeunesse en quête de Changement. Ces ambassades culturelles doivent êtres des vitrines eurafricaines à travers le monde.

Chinafrique ?

Depuis 15 ans, une partie de l’espace africain cultivable (notamment en Afrique de l’Ouest : Sierra Leone, Nigeria, Mali et Sénégal) est concédé à des investisseurs étrangers ; depuis 2010, un total de 56 millions d’hectares a été vendu en Afrique à des entreprises étrangères, dont une partie importante à des investisseurs asiatiques : l’Inde en Éthiopie, les Chinois en République démocratique du Congo et les Coréens à Madagascar. Nous encourageons les entreprises européennes à investir davantage en Afrique et les entreprises africaines à venir s’installer en Europe.

Eurafrique n’est pas un projet économique et ne souhaite pas transformer l’Afrique en un vaste marché capitaliste. Eurafrique souhaite réconcilier les Africains et les Européens et privilégier une entente bicontinentale sur le plan culturel. Eurafrique n’est pas un moyen pour la « vielle » Europe de retrouver une vitalité économique. Non, Eurafrique est un projet initié par des jeunes qui croient qu’un retour vers l’Afrique est possible et qu’une entente culturelle est envisageable à court terme. Nous pensons que, partageant certaines valeurs (culturelles, historiques et politiques), il est temps de revenir vers nos frères du Sud pour avancer ensemble.

À l’heure où Pékin annonce la signature d’un prêt de 17 millions de dollars au Kenya pour la construction de plusieurs projets d’infrastructures, à l’heure où Pékin va également construire à Nairobi le plus grand institut Confucius pour l’apprentissage du mandarin et que la banque ICBC, la plus grande banque chinoise, s’est engagée à augmenter ses investissements en Afrique de l’Est, nous souhaitons qu’Eurafrique se développe et se tourne vers ses partenaires eurafricains. Selon la Banque mondiale, l’Afrique a dépensé plus de 50 milliards de dollars en 2012 pour importer riz, céréales et autres produits alimentaires. Nous devons aujourd’hui aider les agriculteurs et cultivateurs eurafricains à s’indépendantiser pour obtenir une réelle autonomie sur le plan alimentaire et pour rapidement, vivre de leur production.

L’Afrique ne doit pas être le théâtre d’une concurrence nationale voir continentale mais au contraire, le lieu de la coopération eurafricaine. N’acceptons pas de voir des pays avec lesquels nous partageons tant se faire exploiter. Encore une fois, l’Afrique doit s’indépendantiser totalement (fin des privilèges et des liens néfastes qui persistent encore entre certains pays européens et africains) pour pouvoir je l’espère un jour, se tourner vers un partenariat politique eurafricain.