culture

Brazzaville Hardcore

Depuis le début des années 90 émerge au Congo une pléiade d’artistes engagés trouvant dans le rap un nouveau moyen d’expression pour dénoncer les maux politiques et sociaux qui minent Brazzaville. Rapide historique : l’album « Prison » en 1991 est un véritable choc ; quelques années plus tard, en 1996, c’est « Rendez-vous avec l’histoire » qui va cartonner. Cet album, qui se vend à des milliers d’exemplaires, critique la vie politique congolaise et dresse, au travers de titres engagés et décomplexés, le bilan d’une société menacée par les conflits et la guerre civile. Ce rap engagé est le fruit des revendications d’une jeunesse africaine en quête de changement. Souffrant d’un manque de soutien à l’époque, le Centre culturel Français de Brazzaville (aujourd’hui Institut français du Congo), institution de coopération culturelle bilatérale, va être une véritable vitrine de découverte des rappeurs locaux et autres groupes.

En 2015, les jeunes protestent désormais contre la présence de Denis Sassou-Nguesso à la tête de leur pays en rappant dans des clips qu’ils publient sur Internet. 2Mondes, groupe de rappeurs congolais, est à l’origine du mouvement Ras-le-bol, créé pour lutter contre Sassou-Nguesso, aussi surnommé « le cobra », arrivé au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile sanglante et qui depuis, ne veut pas lâcher les rênes du pays. Pour Amnesty International, le bilan est catastrophique : « La liberté d’expression, y compris la liberté de la presse, a fait l’objet de restrictions sévères, notamment au sujet des projets de modification de la Constitution visant à permettre au président Nguesso de briguer un troisième mandat. Des journalistes ont été victimes de manœuvres de harcèlement et d’intimidation de la part de la police et des autorités locales. Craignant pour leur sécurité, les défenseurs des droits humains hésitent à dénoncer les atteintes aux droits humains impliquant des fonctionnaires haut placés », peut-on lire dans un rapport.

Eurafrique encourage les mouvements de protestations et le vecteur culturel comme outil de lutte. Face à une situation qui est monnaie courante en Afrique, à l’heure où la peur de la répression du régime dissuade une large partie de la population d’afficher son mécontentement en République du Congo, saluons le courage de ces jeunes qui s’insurgent et se servent du rap pour distiller leur espoir.

« Brazzaville c’est hardcore

Ici la police te soulève violemment

Pas de changement

On ira tous à leur enterrement

Brazzaville c’est hardcore

Pas de ces jeunes dont on hypothèque les destins

J’ai pas besoin de saint

Mon avenir je le bâtis tout seul »

Flore eurafricaine en danger

Le palmier, symbole des déserts chauds, des côtes et paysages tropicaux. Une des plantes les plus anciennes de notre Histoire : 80 millions d’années. Présent en Afrique, de nombreux fossiles de palmiers furent découverts en Europe, témoignant d’une époque où le climat de notre continent du Nord était tropical. Toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés ; symbolisant l’arbre de vie, la fécondité et le succès, le palmier orne de nombreuses armoiries eurafricaines : la Côte d’Ivoire, Mackenheim en Alsace (France), Saint-Juste-Luzac en Charente-Maritime (France)… Les palmiers sont des plantes parmi les plus utiles dans l’économie agricole des pays des zones tropicales où ils ne sont dépassés en importance que par les graminées. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée. Les fruits, noix de coco ou dattes, font partie depuis des millénaires des aliments de base des populations vivant sous les tropiques. Avec le « bois » des stipes, on fabrique des planchers et des murs, avec les feuilles, on réalise la couverture des maisons.

Elche, ville d’Espagne située dans la province d’Alicante, possède deux patrimoines de l’Humanité reconnus par l’UNESCO : le Misteri d’Elx (représentation théâtrale que l’on donne chaque année depuis le Moyen Âge) et la Palmeraie d’Elche,  plus grande palmeraie d’Europe située le long de la commune. Cette grande étendue de palmiers en plein centre-ville, composée de plus de deux cent mille palmiers, est un symbole historique eurafricain fort : l’on pense que ce sont les Carthaginois qui trouvèrent dans ces terres du Levant espagnol un lieu propice à cette culture. Les Romains, qui vinrent par la suite, surent conserver la palmeraie et en prendre soin. Les Arabes, quand ils occupèrent la péninsule Ibérique, poursuivirent la même tâche de protection et agrandirent la plantation de dattiers. C’est sous Abd al-Rahman, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue (756), qu’un système d’irrigation fut installé. Plus tard, au Moyen Âge, on édicta une série de lois pour protéger la plantation et depuis lors, vigilance et protection n’ont cessé. Déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2000, la palmeraie fait la fierté de cette ville de près de 230 000 habitants.

Depuis 2005, ce symbole eurafricain est en danger : infestés par des larves d’un charançon, les palmiers d’Elche sont gravement menacés. Attaquée par un insecte, le charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, la plante s’assèche, puis s’effondre. En Espagne, des milliers de palmiers sont morts et continuent de mourir, de même qu’en Italie. Arrivé il y a dix ans en France, le charançon rouge est désormais présent sur tout le pourtour méditerranéen et en Bretagne. Rien ne semble pouvoir arrêter sa progression. L’Europe a décrété, en mai 2007, l’obligation de lutter contre cet insecte.

Il est indispensable de protéger les palmiers d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, véritables témoins des liens eurafricains historiques. La flore de notre bicontinent doit être préservée ; fruit de notre Histoire, elle est un symbole puissant d’Eurafrique. Protégeons une partie de notre identité et de notre patrimoine, adoptons le plus rapidement possible au niveau eurafricain les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde des palmiers d’Eurafrique. Pourquoi ne pas mettre en place, dans le cadre d’un service écologique eurafricain, la possibilité pour les jeunes de s’occuper de certaines zones naturelles en danger ? La mer, la forêt, le désert, la montagne… Nous devons aujourd’hui, nous, Eurafricains, nous engager pour défendre notre patrimoine naturelle eurafricain, véritable témoin de l’Histoire de notre bicontinent.

Je ne voterai pas

Les jeunes Africains s’intéressent-ils à la politique ? C’est ce qu’a voulu savoir l’institut de sondage Afrobaromètre, publiant mercredi dernier à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, une étude consacrée aux jeunes et à la politique, à leurs engagement ou encore à leur vision de ce que devra être la politique dans le futur.

Sondant de nombreux Africains âgés de 18 à 29 ans à travers 33 pays différents, l’étude nous révèle que 56 % seulement des jeunes s’intéressent à la vie politique de leur pays. Un faible résultat si l’on considère que le continent, se trouvant actuellement au cœur d’une généreuse prophétie économique, doit être gouverné par cette jeunesse qui incarnera demain la force vive d’un monde en pleine mutation. Par ailleurs, 54 % seulement des jeunes interrogés affirment avoir voté récemment lors d’une élection. Comment fonder l’Afrique puis l’Eurafrique de demain ? Alors que les pays les plus politisés sont l’Égypte et la Tunisie (cela fait bien sûr écho aux derniers événements politiques), il est indispensable de diffuser à travers toute l’Afrique une réelle promotion de la chose publique. Difficile dans certains endroits et notamment en Afrique de l’Ouest, ou 71 % des personnes interrogées affirment n’avoir jamais contacté de représentants locaux de gouvernement pour soumettre leurs préoccupations. Cet aspect inquiète les auteurs de ce sondage pour qui « la voix des jeunes et leur engagement sont des aspects fondamentaux du processus démocratique ».

Ce désintéressement des jeunes pour la politique est le résultat de deux dynamiques qui se corroborent : une économie de plus en plus forte (impliquant une politique de plus en plus soumise) et un modèle démocratique défaillant. L’Afrique de l’Ouest par exemple, encore très tribale, doit s’affranchir de la centralisation imposée par les anciens pays colonisateurs au profit d’un modèle régional plus respectueux des histoires et traditions locales (voir à ce sujet l’article Uber eurafricain).

Je propose le projet Eurafrique qui permettra aux jeunes de s’engager dans un projet d’espoir et de changement ; le seul projet culturellement et économiquement viable du vingt-et-unième siècle. Eurafrique, au-delà des chiffres et autres prévisions économiques, devra être la puissance publique capable de porter plus d’un milliard et demi d’Eurafricains vers leur destin. Celui de vivre ensemble.

Kiripi Katembo

Kiripi Katembo Siku, photographe congolais (République démocratique du Congo) célèbre pour ses photos montrant des scènes de vie urbaines reflétées dans des flaques d’eau, est décédé mercredi à l’âge de 36 ans, emporté en quelques jours par une malaria cérébrale, à Kinshasa. Ayant exposé ses œuvres à la Biennale de Venise, à la Berlinale, aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako, aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles ou au Festival d’Avignon, dont il avait réalisé l’affiche pour la soixante-septième édition, la disparition du photographe-poète provoqua un véritable séisme au sein de la communauté des artistes de Kinshasa.

Celui qui a joué un grand rôle dans l’organisation de la première biennale culturelle de Kinshasa, Yango, où ont été exposées ses fameuses photos dressant un portrait de Kinshasa, utilisant les flaques d’eau qui parsèment les chaussées défoncées de la ville comme des miroirs, est aujourd’hui exposé à La Fondation Cartier pour l’art contemporain (à lire à ce sujet notre article CONGO KITOKO). Nous permettant de découvrir une nouvelle République démocratique du Congo, théâtre d’une grande vitalité culturelle, l’artiste faisait partie de la génération montante des photographes issus du continent. Né à Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) en 1979, d’abord attiré par la peinture, il se tourne vers la photographie et la vidéo à 27 ans. C’est sa série « Un regard », réalisée en 2009, qui va le faire connaître. Le thème de la mutation urbaine lui était cher. Kinshasa mais aussi Brazzaville ou la ville d’Ostende en Belgique n’échappaient pas à son objectif.

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain engagé qui permit à beaucoup de découvrir la dynamique artistique congolaise et les mutations politiques d’un pays qu’il se plaisait à « raconter en image ».

Axe eurafricain

Au Cameroun, chacun suspecte désormais son voisin : « Ce sont des gens comme vous et moi, ça peut être un chauffeur de taxi ou un passant, et il est quasiment impossible de les repérer » soulignait récemment un officier camerounais. Boko Haram, mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, originaire du nord-est du Nigeria, prenant également le nom d’État islamique en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui aux portes des grandes villes camerounaises. En juillet, une vague d’attentats-suicides fait plus de 40 morts au nord du pays. Initialement postés à la frontière nigériane, les terroristes n’hésitent plus à se fondre parmi les civils pour mener des attentats brutaux. Les gares routières à destination des grandes villes comme Yaoundé et Douala sont particulièrement surveillées et les voyageurs systématiquement fouillés au moment d’entrer dans les bus.

Les habitants de l’Extrême-Nord vivent dans la psychose ; plusieurs attaques ont eu lieu entre lundi et mardi : deux dans la localité de Tchakamari, et une autre dans le village de Kangaléré. Au total, les assaillants ont tué 8 personnes. Un bilan qui a été confirmé mercredi 5 août dans la soirée, de source officielle camerounaise. Beaucoup de familles s’interrogent quant à leur sécurité et certaines n’inscriront pas leurs enfants à l’école en septembre, de peur que, Boko Haram luttant contre les écoles occidentales, les terroristes commettent des attentats ou des enlèvements. Les dénonciations, encouragées par les autorités, se multiplient. Selon plusieurs sources, des sympathisants et membres de Boko Haram ont infiltré la ville depuis des mois et fournissent des renseignements à leurs chefs.

Les terroristes islamistes font aujourd’hui la guerre à ceux qu’ils jugent « infidèles ». Progressant en Afrique de l’Ouest, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, l’axe eurafricain doit devenir un espace de collaboration militaire luttant contre les takfiristes (extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente). Depuis la France, en passant par l’Algérie puis vers le Cameroun, une armée eurafricaine (dont nous parlions plus tôt dans un article consacré aux migrants bravant la Méditerranée pour fuir les conflits locaux) doit être mise en place afin de garantir la sécurité aux Eurafricains. La seule lutte contre le terrorisme islamiste ne résoudra pas à long terme la crise existant dans les sociétés arabo-musulmanes aujourd’hui confrontées à ces vagues de terreur, ou le manque de repères dont souffrent aujourd’hui beaucoup d’Européens musulmans. Un projet fédérateur doit nous unir. Je propose Eurafrique qui, à moyen et long terme nous permettra de dépasser les bravades nationalistes au profit d’un projet d’union bicontinentale. Promouvons le sentiment d’union des origines, ce sentiment eurafricain. Ensemble, Africains et Européens, emportons le monde vers un projet de réconciliation et de partage culturel. Nous sommes frères, alors avançons.

Institut Eurafrique

Nous parlions précédemment dans un article Chinafrique ? des instituts Confucius et de l’installation prochaine d’un institut au Kenya. À l’heure où la Chine mène une politique d’expansion culturelle à travers la création d’instituts Confucius dans toutes les grandes villes du monde, Eurafrique doit réagir et promouvoir la culture eurafricaine à travers le monde. Il doit être mis en place le plus rapidement possible des établissements culturels publics à but non lucratif en Afrique, en Europe, en Amérique et en Asie. Les Eurafricains doivent promouvoir leur culture et leur héritage en créant ces ambassades culturelles, en impliquant les continents voisins à cette construction eurafricaine pour espérer voir un jour, des asiatiques parler français ou des Américains étudier l’histoire malienne.

Les buts principaux des succursales doivent êtres de dispenser des cours de français, d’allemand, d’espagnol…, de soutenir les activités d’enseignement locales, de délivrer des diplômes de langue et de participer à la diffusion de la culture eurafricaine. Ces branches doivent se soumettre à la loi du pays où elles se trouvent et à la surveillance et l’inspection du département compétent de l’éducation du pays.

Je suis pour exporter la culture eurafricaine francophone à travers le monde et redynamiser notre espace culturel ; afin de mener à bien cette mission, nous devons rapidement créer des instituts Eurafrique en Europe (dans chacune des capitales européennes), en Afrique (dans chacune des capitales africaines), en Asie et en Amérique. La francophonie est une chance et un vecteur d’intégration eurafricain fabuleux ; à nous de prendre notre politique culturelle en main en exportant la langue française, en créant des instituts Eurafrique dont le but serait de propager la culture eurafricaine francophone, d’enseigner l’histoire de l’Afrique, celle de l’Europe, de mettre en valeur le potentiel eurafricain afin d’attirer une jeunesse en quête de Changement. Ces ambassades culturelles doivent êtres des vitrines eurafricaines à travers le monde.

Chinafrique ?

Depuis 15 ans, une partie de l’espace africain cultivable (notamment en Afrique de l’Ouest : Sierra Leone, Nigeria, Mali et Sénégal) est concédé à des investisseurs étrangers ; depuis 2010, un total de 56 millions d’hectares a été vendu en Afrique à des entreprises étrangères, dont une partie importante à des investisseurs asiatiques : l’Inde en Éthiopie, les Chinois en République démocratique du Congo et les Coréens à Madagascar. Nous encourageons les entreprises européennes à investir davantage en Afrique et les entreprises africaines à venir s’installer en Europe.

Eurafrique n’est pas un projet économique et ne souhaite pas transformer l’Afrique en un vaste marché capitaliste. Eurafrique souhaite réconcilier les Africains et les Européens et privilégier une entente bicontinentale sur le plan culturel. Eurafrique n’est pas un moyen pour la « vielle » Europe de retrouver une vitalité économique. Non, Eurafrique est un projet initié par des jeunes qui croient qu’un retour vers l’Afrique est possible et qu’une entente culturelle est envisageable à court terme. Nous pensons que, partageant certaines valeurs (culturelles, historiques et politiques), il est temps de revenir vers nos frères du Sud pour avancer ensemble.

À l’heure où Pékin annonce la signature d’un prêt de 17 millions de dollars au Kenya pour la construction de plusieurs projets d’infrastructures, à l’heure où Pékin va également construire à Nairobi le plus grand institut Confucius pour l’apprentissage du mandarin et que la banque ICBC, la plus grande banque chinoise, s’est engagée à augmenter ses investissements en Afrique de l’Est, nous souhaitons qu’Eurafrique se développe et se tourne vers ses partenaires eurafricains. Selon la Banque mondiale, l’Afrique a dépensé plus de 50 milliards de dollars en 2012 pour importer riz, céréales et autres produits alimentaires. Nous devons aujourd’hui aider les agriculteurs et cultivateurs eurafricains à s’indépendantiser pour obtenir une réelle autonomie sur le plan alimentaire et pour rapidement, vivre de leur production.

L’Afrique ne doit pas être le théâtre d’une concurrence nationale voir continentale mais au contraire, le lieu de la coopération eurafricaine. N’acceptons pas de voir des pays avec lesquels nous partageons tant se faire exploiter. Encore une fois, l’Afrique doit s’indépendantiser totalement (fin des privilèges et des liens néfastes qui persistent encore entre certains pays européens et africains) pour pouvoir je l’espère un jour, se tourner vers un partenariat politique eurafricain.

Surfons d’Hossegor à Dakar !

Je me rappelle que, lorsque j’étudiais à Clifton College en Angleterre, notre équipe de cricket partait régulièrement jouer en Afrique du Sud et au Sri Lanka. Le sport est une dynamique unificatrice : nous pensons évidemment aux équipes européennes composées de nationaux aux origines européennes et de nationaux aux origines internationales, en général (et c’est tant mieux) africaines ; Eurafrique existe déjà dans nos équipes de football, de handball… Nous pensons aussi à Nelson Mandela, à la coupe du monde de rugby en 1995 et au film Invictus… Promouvons le sentiment d’union des origines, ce sentiment eurafricain.

À l’heure où j’écris cet article, je me trouve à 300 mètres de La Nord à Hossegor (dans les Landes), plage mondialement connue pour ses vagues (son break dirait Jérémy Florès). Le surf est la religion number one des Landais et Basques du Sud-Ouest de la France. Hossegor, Anglet, Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz sont les destinations préférées des amateurs de surf à travers le monde ; ce n’est pas surprenant que le championnat du monde de surf passe par Hossegor… Au regard d’un article que je viens de lire, je me rends compte qu’il faut rapidement, dans le cadre d’Eurafrique, proposer aux surfeurs basco-landais d’aller aider les surfeurs sénégalais (en particulier) à créer des écoles de surf, à organiser des compétitions et à promouvoir ce sport en Afrique. À Dakar, Le Virage est une plage de sable sans récifs prisée par les surfeurs. Les week-ends, elle est bondée. Nous sommes au centre de la dynamique surf ouest-africaine : il doit être organisé des échanges sportifs entre les villes de Dakar au Sénégal, pays aux 700 kilomètres de côtes et 13 millions d’habitants et Hossegor. Félicitons le « Rip Curl West Africa Tour » (une des plus grandes compétitions de surf au Sénégal) devenu une manifestation phare qui réunit tous les ans les meilleurs surfeurs africains et européens invités. Voici une très honorable initiative eurafricaine.

Dans une dynamique similaire, Yodit Eklund est une jeune surfeuse ethio-norvégienne qui a monté Bantu Wax, sa marque de surf « Made in Africa » il y a maintenant quatre ans : « L’Afrique a plus de 25 000 kilomètres de côte et des vagues incroyables. C’est aussi le continent avec la population la plus jeune. J’ai pensé que ce serait cool de lancer une marque de surf africaine », explique-t-elle. Pour cette jeune entrepreneuse, le futur Kelly Slater sera africain. Je souhaite pour ma part qu’il soit eurafricain. Quel honneur de pouvoir un jour voir des champions africains venir se former en Europe et vice versa. Le sport ne doit pas être un nationalisme ou continentalisme masqué mais bien au contraire, un partage assumé autour de valeurs fédératrices comme l’effort, le partage, le dépassement de soi…

Non loin de la plage du Virage, une vague recherchée par les amoureux de la glisse se casse au large de l’île de Ngor, surnommée l’île des surfeurs. Imaginons d’ici quelques années des échanges sportifs et scolaires (nous rappelons que beaucoup d’enfants basco-landais choisissent comme option en parallèle de leurs études le surf) qui, pour récompenser les meilleurs élèves, permettrait à chacun de partir vivre l’expérience du surf sur l’autre continent. Je l’ai souvent répété : pour se sentir européen ou eurafricain, il faut voyager. J’espère qu’à court terme, chacun prendra conscience de l’importance d’aller vivre avec l’Autre (comme je l’ai fait avec les gens du voyage) et se plaira à rêver surfer les vagues atlantiques de notre bicontinent ; c’est ça Eurafrique.

CONGO KITOKO

Voici Eurafrique. Un pays européen francophone présentant la production artistique d’un pays africain francophone. La France est honorée de recevoir la production des très psychédéliques artistes de la République démocratique du Congo dans le cadre de l’exposition « Beauté Congo 1926 – 2015 » à La Fondation Cartier pour l’art contemporain. Grâce à de la peinture, de la musique, de la sculpture ou de la photographie, le public français découvre le dynamisme artistique congolais du siècle dernier et s’interroge sur la philosophie africaine, profondément marquée par les événements politiques donc culturels du siècle dernier. Dépassant le simple rôle esthétique, c’est un véritable cours d’histoire qui nous est donné par ces artistes : cette exposition nous offre une vision pop et colorée de Kinshasa, comme un monde onirique en plein effervescence depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La dynamique commence dans les années 1920, à l’heure où la République démocratique du Congo est encore une colonie belge. Des artistes comme Albert et Antoinette Lubaki anticipent cette période de l’art contemporain congolais et produisent de superbes œuvres. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux artistes comme Bela, Mwenze Kibwanga ou Pilipili Mulongoy se retrouvent aux côtés de Pierre Romain-Desfossés et de son « atelier du Hangar » ; chacun va développer un style personnel et particulier. C’est en 1978 à Kinshasa qu’a lieu la première exposition présentant le travail de Chéri Samba, Chéri Chérin et Moke ; leur travail est profondément marqué par la situation politique de l’époque ; ils acquièrent une réputation de peintres « populaires », philosophes de la couleur. À partir des années 1980 et 1990, le travail des artistes congolais est influencé par les dynamiques revendicatrices et met en lumière une nouvelle société congolaise. Aujourd’hui, ces œuvres sont le manifeste d’une poignée d’artistes engagés qui ont voulu, à leur manière, raconter une page de leur histoire. Le pari est réussi.

Voici un événement eurafricain qui me réjouit. Je suis heureux de savoir qu’un endroit français si prestigieux accueil en ce moment des artistes congolais de renom, nous permettant de découvrir une nouvelle République démocratique du Congo, théâtre d’une grande vitalité culturelle. L’art et les échanges esthétiques doivent êtres une dynamique unificatrice de nos deux continents et doivent nous permettre d’écrire une nouvelle histoire, ensemble.

La création d’un barreau OHADA ? Oui et vite !

Le 11 juin 2015 ont débuté les travaux de la trente-neuvième session du Conseil des ministres de l’OHADA à Yamoussoukro, capitale de la Côte d’Ivoire, en présence du Premier ministre Daniel Kablan Duncan et du garde des Sceaux français Christiane Taubira. Le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris (Pierre-Olivier Sur) proposa de mettre en place un barreau de l’OHADA ; ce fut un véritable tollé. Nous comprenons clairement pourquoi.

Créée en 1993, l’OHADA est une organisation internationale de plein exercice, dotée d’une personnalité juridique internationale, qui poursuit une œuvre d’intégration juridique entre les pays qui en sont membres (17 aujourd’hui). Son objectif est d’harmoniser et de sécuriser le droit des affaires en Afrique. Je pense qu’à l’heure où les ensembles politiques se régionalisent du fait de l’action économique, il paraît normal que le droit des affaires (lié à l’économie) s’harmonise. Nous ne pourrions donc pas comprendre de prime abord ce qui justifia la décision du Conseil des ministres de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires de rejeter le projet de création d’un barreau au sein de l’Organisation, le jugeant « inopportun ». Cependant, il s’avère que ce projet fut élaboré par les Français sans en aviser les principaux concernés ; en effet, de nombreux articles relatent le fait que les statuts afférant à cette structure auraient été conçus sans le concours des barreaux de l’espace OHADA ; c’est une véritable insulte qui ne peut être considérée que comme la volonté néocolonialiste d’imposer un modèle aux juristes africains. Pour avancer, nous ne pouvons tolérer ces manœuvres venant de la France. Cependant, le projet d’harmoniser le droit des affaires ne doit pas être écarté.

Au regard de la croissance dont bénéficie aujourd’hui de nombreux pays africains (dont les pays d’Afrique de l’Ouest) et du développement du droit des affaires, un barreau OHADA viendrait renforcer et harmoniser cet espace de coopération juridique panafricain et encourager l’ouverture d’une Afrique juridiquement unifiée vers le reste du monde (à l’heure où nous le rappelons, les échanges se mondialisent). Je soutiens donc que ce projet fut rejeté car émanent de la France et non des Africains (et comprends la réaction de nos voisins africains) et encourage les juristes à constituer le plus rapidement possible un barreau au sein de l’OHADA.

Déplorant un manque d’unité sur le plan juridique en Europe, militant pour l’édiction d’une Constitution européenne (qui puisse garantir un socle juridique aux peuples européens), j’encourage les Africains à se constituer en un continent fort et à ne pas tomber dans les nationalismes ravageurs que nous avons pu connaître en Europe au vingtième siècle ; la création d’un barreau de l’OHADA serait une grande avancée vers l’unité de l’Afrique.

Le rapprochement eurafricain dont je parle est en marche : nous devons tout faire pour que l’Afrique s’indépendantise et prenne son destin en main afin qu’elle puisse collaborer à terme de façon équitable avec ses voisins européens.