échanges eurafricains

Je ne voterai pas

Les jeunes Africains s’intéressent-ils à la politique ? C’est ce qu’a voulu savoir l’institut de sondage Afrobaromètre, publiant mercredi dernier à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, une étude consacrée aux jeunes et à la politique, à leurs engagement ou encore à leur vision de ce que devra être la politique dans le futur.

Sondant de nombreux Africains âgés de 18 à 29 ans à travers 33 pays différents, l’étude nous révèle que 56 % seulement des jeunes s’intéressent à la vie politique de leur pays. Un faible résultat si l’on considère que le continent, se trouvant actuellement au cœur d’une généreuse prophétie économique, doit être gouverné par cette jeunesse qui incarnera demain la force vive d’un monde en pleine mutation. Par ailleurs, 54 % seulement des jeunes interrogés affirment avoir voté récemment lors d’une élection. Comment fonder l’Afrique puis l’Eurafrique de demain ? Alors que les pays les plus politisés sont l’Égypte et la Tunisie (cela fait bien sûr écho aux derniers événements politiques), il est indispensable de diffuser à travers toute l’Afrique une réelle promotion de la chose publique. Difficile dans certains endroits et notamment en Afrique de l’Ouest, ou 71 % des personnes interrogées affirment n’avoir jamais contacté de représentants locaux de gouvernement pour soumettre leurs préoccupations. Cet aspect inquiète les auteurs de ce sondage pour qui « la voix des jeunes et leur engagement sont des aspects fondamentaux du processus démocratique ».

Ce désintéressement des jeunes pour la politique est le résultat de deux dynamiques qui se corroborent : une économie de plus en plus forte (impliquant une politique de plus en plus soumise) et un modèle démocratique défaillant. L’Afrique de l’Ouest par exemple, encore très tribale, doit s’affranchir de la centralisation imposée par les anciens pays colonisateurs au profit d’un modèle régional plus respectueux des histoires et traditions locales (voir à ce sujet l’article Uber eurafricain).

Je propose le projet Eurafrique qui permettra aux jeunes de s’engager dans un projet d’espoir et de changement ; le seul projet culturellement et économiquement viable du vingt-et-unième siècle. Eurafrique, au-delà des chiffres et autres prévisions économiques, devra être la puissance publique capable de porter plus d’un milliard et demi d’Eurafricains vers leur destin. Celui de vivre ensemble.

Année étrangère

De l’Europe à l’Afrique. De la France à l’Afrique du Sud. De Paris à Cape Town. De Sciences Po à l’université de Western Cape. Du français à l’afrikaans, l’anglais, le ndebele, le sotho du Sud, le swazi, le tswana, le tsonga, le venda, le xhosa et le zoulou. De la Marseillaise à l’hymne Nkosi Sikelel’ iAfrika, The Call of South Africa. Du métro au minibus. De la conduite à droite à la conduite à gauche. Du pâté-croûte au biltong. Du XV de France aux Springboks.

Il n’y a qu’un pas. « L’année étrangère » est presque devenue un passage obligé au cours des études, un pas de plus vers la maturité. Nous étions des étudiants en échange. Certains n’avaient jamais vu l’Afrique du Sud. Certains avaient habité en Afrique, mais dans d’autres pays. Nous étions intéressés par l’Afrique. Pas seulement l’Afrique des safaris. Nous voulions étudier en anglais dans un environnement qui nous dépayserait, nous pousserait à revoir nos habitudes, à penser autrement, à apprendre à vivre ailleurs.

L’Afrique du Sud était le lieu parfait pour cela. Nous avons découvert la vitesse des minibus, la patience des files d’attente pour s’inscrire aux cours à l’université. Nous avons mangé des braais, du biltong, du rusk et d’autres aliments dont les noms nous échappent. Nous avons écouté Johnny Clegg, l’hymne national sud-africain, les radios locales. Nous avons grimpé en haut de Lion’s Head et de Table Mountain. Nous avons volé jusqu’à Johannesburg, Pretoria, Durban, Port Elizabeth. Nous avons conduit à travers les provinces, du Limpopo au Gauteng, parfois jusqu’en Namibie ou au Lesotho. Nous avons entendu parler plusieurs langues. Nous avons été frappés par la beauté des paysages, par les contrastes de la ville, par ses couleurs. Nous avons essayé de capturer les instants dans des photos dont la lumière ne sera jamais aussi vive que celle que nous avions sous les yeux.

Nous avons étudié l’Histoire, nous avons ressenti son poids au quotidien. Nous avons rédigé des essays en anglais dans le style anglo-saxon. Nous nous sommes adaptés, ou du moins nous avons essayé de le faire. Nous avons découvert un peu la littérature sud-africaine. Parmi de nombreuses œuvres, Cry, the Beloved Country (Alan Platon, 1948) a retenu notre attention. Nous avons (quand même) rencontré quelques animaux sur la route des parcs nationaux. Éléphants, zèbres, singes, girafes, phacochères. Nous avons regardé la mer. Nous avons parcouru des kilomètres d’ailleurs. Des routes bordées de traces de peines, de joies, de rires et de doutes.

Nous avons rencontré des Sud-africains, des Blacks, des Coloured, des Whites. Nous avons lié des connaissances, des amitiés, des amours. Nous avons partagé leurs vies, leurs maisons et leurs discussions. Nous ne nous perdions pas à l’université lorsque l’un d’eux était là pour nous indiquer le chemin. Ils nous ont aidé, ils nous ont appris. Nous avons entendu les conflits. Le bruit encore assourdissant du racisme. Les années qui n’ont pas effacé les souvenirs brûlants de l’apartheid. Nous avons aimé l’Afrique du Sud malgré tout ce qu’elle nous a fait laisser derrière nous le temps d’une année : une famille, une adresse, un confort, des habitudes. Peut-être l’avons nous aussi parfois aimée pour ça, pour ce qu’elle nous a forcé à repenser. La vie, le bonheur, les autres.

Après une année comme celle-ci, nous serons heureux de revoir nos proches, mais tristes de quitter ce pays arc-en-ciel, indécis entre la pluie et le beau temps. Nous serons plus ouverts, plus matures, plus tolérant sans doute. À notre retour, rien n’aura vraiment changé et pourtant tout sera différent. Notre « année étrangère » aura été l’expérience de notre vie, celle qui donne envie de parcourir le monde de long en large, celle qui pousse à se chercher soi-même, à se perdre et parfois à se découvrir.

Eurespace

À la lecture de différents articles relatifs à la corrélation progrès économique, scientifique et agricole / conquête spatiale, je pense qu’il doit être mise en place le plus rapidement possible une agence spatiale eurafricaine, véritable « outil de développement » bénéficiant aux Eurafricains. L’Europe et l’Afrique doivent mutualiser leurs ressources (cette opération aurait un certain coût) afin de développer en Eurafrique « Eurespace », agence spatiale qui permettrait au bicontinent de se hisser au rang de leader en la matière et aux pays moins développés (européens ou africains) d’en bénéficier. Permettant la formation de nombreux chercheurs et dynamisant ainsi la recherche scientifique, un véritable Baïkonour eurafricain doit voir le jour afin de fédérer les pays européens et africains autour d’un enjeu du futur, celui de la conquête spatiale.

Au moment de la création de l’Agence spatiale européenne (ESA), il y eut beaucoup de difficultés. Aujourd’hui, drivée par la France et l’Allemagne, cette entreprise est en partie financée par les autres pays européens. Des nations comme le Kenya n’ont pas de satellites, mais excellent dans le domaine des télécoms. Elles peuvent donc apporter leurs compétences. L’Algérie bénéficie de moyens considérables en termes de télédétection satellitaire. C’est un atout dont pas mal de pays pourraient également profiter. Il serait bon de mettre en commun nos ressources en la matière afin d’en faire bénéficier à un maximum d’Eurafricains. Chacun y consacrerait une part de son budget, une véritable politique spatiale commune. Il faudrait d’abord se concentrer sur des applications satellitaires propres au développement : assurer la sécurité intérieure, extérieure et alimentaire ; garantir des conditions de vie décentes en termes de santé et d’éducation ou encore favoriser le développement économique. Nous pourrions ensuite envoyer des Eurafricains dans l’espace.

Eurespace doit faire d’Eurafrique la plus grande puissance spatiale.

Oui à la chasse au trophée

Au Zimbabwe, depuis la mort du lion Cecil, se pose la question de la régulation / interdiction de la chasse au trophée. Seul problème : cette activité représente une grande part de l’économie zimbabwéenne. S’empressant d’imposer de nombreuses restrictions sur la chasse au lion, au léopard et à l’éléphant sur son territoire, les autorités de la République du Zimbabwe doivent aujourd’hui faire marche arrière (même si la chasse au gros gibier reste bien sûr interdite dans tous les parcs nationaux et aux abords du parc Hwange, où le lion Cecil avait été abattu). Ces mesures prises dans l’immédiateté suite aux réactions très vives qu’a engendré la mort du désormais célèbre lion placent les autorités africaines face à un véritable dilemme : comment allier protection des animaux et poursuite d’une activité très rentable pour un pays dont 72 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ?

La question est complexe : comme pour la chasse en France, c’est une activité qui régule à une certaine échelle l’écosystème tout en représentant pour certaines espèces une menace. Il s’agit également d’une manne financière considérable, puisque le secteur rapporte 180 millions d’euros par an, dont 15 millions au Zimbabwe.

« Avec effet immédiat, Delta bannit l’expédition des trophées de lions, léopards, éléphants, rhinocéros et buffles via ses cargos. Cette décision s’applique au réseau fret mondial ». Alors que Delta Airlines et d’autres interdisent désormais le transport des trophées de chasse en provenance d’Afrique du Sud, le pays rappelle que la chasse au trophée rapporte chaque année près de 5 millions d’euros à l’économie sud-africaine.

Je ne commenterai pas la mort de ce lion et l’indignation mondiale (indigne et malsaine) qui en résulta ; je souhaite simplement dire que les pays africains ne doivent pas pâtir de nos conceptions très modernes (et riches) de la place des animaux au sein de leurs sociétés. Si la chasse aux trophées est une activité permettant à des familles de vivre, à une économie d’être dynamique, à des écoles de se construire ou à des hôpitaux de fonctionner, alors je serai le premier à venir défendre cette pratique. Les humains passent avant les animaux et si la chasse de certains animaux permet à un peuple de vivre, alors be it ! Eurafrique encourage les pays africains à développer leurs économies et défend par conséquent la chasse au trophée, source de revenus importants pour les peuples zimbabwéens et sud-africains. Nous reparlerons de l’interdiction de la chasse quand ces habitants d’Afrique ne mourront plus de faim et auront tous accès à l’école.

Skateur malgache

Quatrième plus grande île du monde, ancienne colonie française façonnée depuis plusieurs siècles par la présence des peuples afro-asiatiques venant d’horizons divers, tout le monde connaît cet endroit mais il est tellement éloigné qu’il en est presque devenu un mythe. Madagascar se trouve à l’est de l’Afrique ; c’est une destination rare pour les étrangers, isolée par la mer et la distance. « Avec l’ouverture de Madagascar aux cultures sportives occidentales au début des années 2000, il y a eu un engouement et les jeunes Malgaches ont eu davantage accès aux vidéos et à la télévision de l’étranger » raconte un observateur ; aujourd’hui, les Malgaches skatent de Tananarive à Morondava. À Antananarivo, au sommet des collines, le quartier chic de la ville est principalement composé de vieilles maisons françaises où vivaient les membres du gouvernement et malgré le manque d’entretien, ça a toujours beaucoup de charme. Le centre et la banlieue sont à l’opposé. La capitale ressemble à un marché gigantesque mélangé aux bidonvilles, avec des fossés le long des rues et des gens partout. Le contraste est assez déstabilisant. Le meilleur spot est un rond-point du centre-ville, carrefour d’une génération en pleine mutation.

Activité marginale, les jeunes se tournent vers la pratique de ce sport pour les sensations qu’il procure. « Moi, ce qui m’inspire dans le skate malgré l’aspect dangereux, c’est le fait de se surpasser. Quand on est bien échauffé, ça fait monter l’adrénaline et on n’a plus peur de rien » raconte un skateur. Se structurant en plusieurs clans, la galaxie skate malgache est en plein essor. Avec une centaine d’adeptes pratiquant dans les rues de la capitale, le skateboard a beaucoup évolué. Dans les années 1990, avant la vague Internet, les premiers skateurs sur l’île étaient des Malgaches en provenance de l’étranger dont les exhibitions provoquaient des attroupements de curieux. Dans un pays où la vie est largement rythmée par les tâches agricoles et où même en ville, la majorité des gens survivent avec moins de deux dollars par jour, les skateurs montrent combien la jeunesse malgache souhaite s’ouvrir aux pratiques sportives occidentales et se moderniser.

J’expliquais dans l’article Surfons d’Hossegor à Dakar ! à quel point il était important de développer le sport en Eurafrique. À l’heure où de nombreux skateurs professionnels sont européens, encourageons les Malgaches à découvrir ce sport et à le pratiquer en Afrique ; voici un nouvel exemple de partage sportif qui permettra aux Eurafricains d’échanger.

Révolutions arabes : un changement de paradigme

Malgré une croissance économique soutenue durant les dix années précédant les révolutions arabes, les prémices des soulèvements étaient déjà présentes. En effet, cette croissance soutenue était le fruit d’un capitalisme prédateur organisé au profit d’une autocratie confiscatrice. Aussi cette croissance, loin d’améliorer l’équilibre sociétal et social, a-t-elle contribué à creuser un fossé entre le peuple et les élites en créant de nombreuses poches de pauvreté et de désespoir, causes de fortes tensions. Les révolutions ont entraîné une chute brutale de la croissance : Égypte et Tunisie ont, par exemple, traversé une forte récession à la fin du premier semestre 2011 et connaîtront une croissance quasi nulle en 2011. Néanmoins, la timide reprise en 2012 ainsi que le potentiel élevé de ces pays, souligné entre autres par le FMI, est synonyme d’espoir à condition que la situation économique et politique se stabilisent, chose inenvisageable à court terme (coup d’État en Égypte et agitation sociale croissante en Tunisie au cours de l’été 2013).

La leçon des révolutions arabes est assez explicite : les autocraties arabes auraient dû, avant d’aspirer à une forte croissance, assurer plus d’équité politique. En outre, les manifestants arabes se sont insurgés contre des réalités économiques volontairement ignorées par les régimes : l’instabilité produite par une trop rapide ouverture à l’économie mondiale si celle-ci n’est pas compensée par des politiques d’équilibres sociaux. Ainsi se sont créées des disparités territoriales, communes à tous les pays du Sud, entraînant la création de poches de pauvreté en milieu rural notamment. Enfin, le dernier facteur exogène est l’asymétrie commerciale profonde entre les deux rives de la Méditerranée. Aussi la jeunesse a-t-elle accumulé des sentiments de frustration et d’humiliation face à son exclusion des processus de décision et d’insertion économique. Ceci a fait naître un paradoxe d’une rare violence : la classe la plus nombreuse de la population était sciemment laissée à l’écart des lieux stratégiques que sont le marché du travail et les lieux de pouvoir. Aussi ces révolutions expriment-elles plus une demande de moralisation que de reconstitution économique. Celle-ci touche aussi bien l’organisation des États que le modèle économique méditerranéen. Les peuples aspirent donc à un nouveau pacte social où l’avancée économique serait le ciment d’une rétribution politique et sociale. Ceci entraîne une nécessité d’un nouveau paradigme économique.

Ce dernier doit passer par l’instauration d’un nouveau modèle de croissance : plus inclusive, tout d’abord, c’est-à-dire plus créatrice d’emplois et porteuse d’un meilleur équilibre social entre les territoires mais aussi entre les générations. Cette croissance devra aussi être plus juste de telle sorte que les créations de richesses essaiment au bénéfice de l’économie dans sa globalité, notamment des jeunes diplômés dont le taux de chômage atteint des niveaux effrayants. Enfin, une plus grande intégration régionale méditerranéenne eurafricaine demeure un objectif nécessaire afin de redresser le déficit du commerce extérieur de ces pays. Néanmoins, cet objectif est nécessairement de long terme car, en plus d’impliquer la redéfinition des systèmes de coopération, il suppose un renforcement préalable de la compétitivité de ces pays sous peine d’entraîner de fortes inégalités et une grande vulnérabilité des comptes publics.

Ce nouveau pacte social impliquera des révisions structurelles des mécanismes de gouvernance ; le moteur en est évidemment la démocratie au sens noble du terme : le contrôle par le peuple des objectifs, moyens et méthodes mis en œuvre par l’exécutif pour la gestion de l’intérêt commun. À cet égard, le développement et l’équilibre des territoires apparaissent comme une parfaite illustration des mutations économiques et sociétales à instaurer dans ces pays. À l’horizon 2050, la population urbaine de la rive européenne restera stable tandis que celle du Maghreb devrait doubler. Plus des deux tiers seront concentrés sur 10 % des territoires : les zones côtières déjà fortement surexploitées. À nous de redéployer une politique régionale (économique et politique) méditerranéenne dans une optique de construction eurafricaine.

Dictateur old school

Le bras de fer s’intensifie entre les syndicats zimbabwéens et Robert Mugabe, 91 ans, président de la République du Zimbabwe et actuel président de l’Union africaine. Le pays (ayant pris un tournant dictatorial il y a déjà 30 ans) est gouverné par un homme à qui l’on reproche depuis son arrivée au pouvoir en 1987 un recul des libertés individuelles, une hyperinflation et une menace de pénurie alimentaire. Considéré comme l’un des « pères de l’indépendance » de l’ancienne Rhodésie du Sud, l’actuel président muselle les syndicats et leur interdit de manifester. En raison d’une récente vague de suppressions d’emplois, Japhet Moyo, secrétaire général du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), envisageait de manifester pour protester ; la police zimbabwéenne l’en a empêché : « La police a assiégé nos bureaux alors que nous étions en train d’organiser notre manifestation et ils ont décidé d’arrêter la direction ».

Souhaitant faire face à la crise économique qui frappe le pays depuis le début des années 2000 et la réforme agraire du président Mugabe, beaucoup d’entreprises licencient actuellement des salariés. La loi d’indigénisation qui exige que la majorité des parts des entreprises soit détenue par des Zimbabwéens est également critiquée car elle ferait fuir les investisseurs étrangers.

Eurafrique ne peut tolérer la manne des crypto-dictateurs régnant aujourd’hui dans certains pays d’Europe ou d’Afrique. Alors que, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 72 % de la population vit sous le seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour, il est indispensable d’économiquement redynamiser le pays en stimulant les investissements étrangers et de pacifier la vie politique nationale en changeant l’actuel régime en place. Eurafrique doit être un espace de partenariat politique et économique ne devant pâtir des politiques dictatoriales de certains leaders africains ou européens. Pour les Africains, pour les Européens, l’Union eurafricaine doit permettre aux peuples de vivre en sécurité et en liberté. Le défi pour notre génération sera de prendre en main ce destin eurafricain afin de le projeter dans les esprits et les cœurs de ceux qui aspirent au Changement sans nous corrompre dans de futiles rivalités nationalistes voire continentalistes.

Lutte féministe

Au Sénégal, une femme ne peut se permettre de pratiquer un sport « masculin » ; c’est très mal vu, parfois interdit.

– « Quand on parle de lutte on pense aussitôt à l’homme. C’est un sport inapproprié pour la femme. Il n’y a vraiment aucun lien. Seulement, nous sommes dans une société où on voit beaucoup de choses. On s’achemine tout droit vers la dérive. Si on devait fouetter ces femmes qui font la lutte, tout cela allait disparaître. La femme n’a pas le droit de pratiquer un sport comme la lutte car, tout son corps est exposé au regard des autres. Alors que cela est interdit par la religion musulmane. Je considère cela comme un péché, ni plus ni moins. »

– « C’est une pratique malsaine. Je ne laisserai jamais ma fille faire ça. Il en est hors de question. Nous sommes dans une société conservatrice qui condamne ces genres de pratiques et puis, nous sommes dans un pays composé à majorité de musulmans. On ne devait même pas permettre ces choses dans notre cher pays le Sénégal qui a longtemps valorisé l’image de la femme. »

– « En tant que femme, je condamne cette pratique ; personnellement, je trouve que ce n’est pas bien pour l’image de la femme. La femme sénégalaise est connue pour sa pudeur. On doit pouvoir sauvegarder cette belle image qui fait notre charme. Ce n’est pas bien d’exposer son corps à des fins financières. L’argent a gâté notre société. »

Pensionnaires du Centre international de Thiès, où est regroupée l’élite du continent, à une heure de route de Dakar, les meilleures lutteuses sénégalaises s’entraînent malgré la chaleur tous les jours, répétant les mêmes gestes et préparant leur corps aux championnats du monde qui auront lieu en septembre à Las Vegas. Au Sénégal, la lutte traditionnelle est sport national, loin devant le football. Très présent dans les régions du Sine-Saloum et de la Casamance, ce sport est un événement, un marqueur identitaire fort puisque chaque combat est précédé d’une préparation particulière, mystique et traditionnelle, un « haka sénégalais » où les lutteurs, portant un costume traditionnel, dansent parfois plusieurs heures en invoquant les dieux. Les règles sont simples : il faut projeter son adversaire au sol. Du fait de la tradition et de la religion, les femmes ne peuvent se dévêtir et n’ont pas accès à ce sport. C’est une situation révélatrice de certains tabous traditionnels (en général religieux) qui persistent au Sénégal. Je pense que l’existence de tabous ou de traditions est bénéfique à une population, lui permettant de se structurer, de se repérer et de se projeter vers l’avenir cependant, je pense qu’il ne faut en aucun cas encourager un machisme camouflé. Alors qu’en France, les femmes gagnent pour un même travail en moyenne 25 % de moins que les hommes et que moins de 30 % seulement de nos parlementaires sont des femmes, il est important d’initier en Eurafrique une politique féministe émancipatrice et respectueuse des traditions. Le féminisme ne doit pas être aveugle ou provocateur ; il doit s’émanciper des archaïsmes politico-religieux tout en sanctifiant les identités locales.

Le sport doit être une dynamique unificatrice, un vecteur du Changement eurafricain bénéfique aux hommes et femmes du bicontinent. Oui à un féminisme respectueux des traditions locales, non à un « tout foutre en l’air » réducteur et aveugle. Oui à cet équilibre des traditions et de l’émancipation, oui à Eurafrique. Oui à la lutte féministe sénégalaise.

Burkina : un exemple démocratique

Le Burkina Faso ou « Pays des hommes intègres » doit être un exemple démocratique. Michel Kafando, président de transition depuis le 21 novembre 2014 et la chute de Blaise Compaoré, devra céder le pouvoir à un président élu lors de la prochaine élection présidentielle burkinabaise prévue le 11 octobre 2015. Reçu au mois de juin à l’Élysée par François Hollande, Michel Kafando a salué le « soutien » de Paris « dans cette période décisive ». Pour François Hollande, la France doit tout mettre en œuvre pour assurer le bon déroulement du processus conduit « jusqu’aux élections qui doivent être transparentes et incontestables ».

À l’heure où les Est-Africains doivent faire face à une grave crise politique qui menace le Burundi, depuis l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel, le Burkina Faso à l’Ouest doit tout faire pour garantir le respect du processus constitutionnel et des élections organisées en toute transparence. Le Burkina Faso doit être un exemple politique et historique pour l’Eurafrique. « Si nous sommes aux côtés du Burkina Faso, c’est que nous voulons aussi qu’il ait valeur d’exemple » a estimé François Hollande.

Eurafrique doit être un espace politique de coopération et de respect des opinions démocratiques. J’encourage le travail qui pourrait être mené entre les gouvernements européens et africains afin de garantir une vie politique pacifiée et respectueuse du choix des peuples. Les pays européens ne doivent pas s’immiscer dans les choix politiques des pays d’Afrique cependant, ils peuvent apporter l’aide nécessaire au bon déroulement des événements politiques.

Ghana : les hôpitaux en grève

Réclamant une revalorisation de leurs primes de fonction et un meilleur accès à la formation, les médecins hospitaliers ghanéens sont en grève depuis une semaine. Les responsables syndicaux ont annoncé que la semaine dernière, environ 2 800 médecins du secteur public avaient limité leurs consultations ; aujourd’hui, tous ont cessé leur travail en service d’urgences. Pour Justice Yankson, président de l’Association Médicale du Ghana (GMA), il n’est pas question de retourner au travail pour l’instant : les médecins réclament des indemnités de logement, de carburant, des voitures de fonction pour les plus anciens, des heures supplémentaires revalorisées, un accès gratuit à une formation médicale supérieure, de meilleures retraites et une couverture maladie à l’étranger pour certains soins non assurés au Ghana. Pour le porte-parole du Congrès démocratique nationale (NDC), le parti au pouvoir, le président John Dramani Mahama « ne se laissera pas intimider par des docteurs grévistes en leur versant de l’argent non budgété qui risquerait d’affaiblir l’économie ». Alors qu’il n’y a pas encore eu de date limite au mouvement de grève, les hôpitaux font appel à des médecins débutants non-grévistes et à des médecins à la retraite pour pallier le manque d’effectifs. Le gouvernement a pour sa part déclaré qu’il avait mis en place des plans d’urgence, y compris l’appel au privé. Les médecins ont menacé de renvoyer tous les patients et de démissionner en masse si le conflit n’est pas résolu au 13 août.

Au Ghana, les habitants bénéficient d’une couverture maladie gratuite dans les établissements publics. Comme en France, l’accès à la santé doit être un droit fondamental. J’avais, dans le cadre des dernières élections européennes, parlé de la mise en place d’une Sécurité sociale européenne. J’espère de tout mon cœur qu’un jour, nous assisterons à la mise en place d’une Sécurité sociale eurafricaine et d’ici là, encourage à la création (ce dont nous avions parlé dans l’article Ellis Island eurafricain) d’un organisme militaire / sanitaire permettant à court et moyen terme, la prise en charge des populations les plus pauvres. En cas de pénurie de médecins ou d’armée, en Europe ou en Afrique, l’Agence eurafricaine (organisme militaire / sanitaire) doit être en mesure de pouvoir agir sur le bicontinent.

Les Eurafricains ne doivent en aucun cas pâtir des tensions politiques et syndicales locales et c’est la raison pour laquelle, l’Agence eurafricaine doit être mise en place le plus rapidement possible.