Eurafrique

Quand le Sud reprend sa place

Intervention militaire française au Mali, prise d’otages à Tiguentourine, manifestations des chômeurs à Ouargla… En 2013, le sud de l’Algérie a pris une place prépondérante dans l’actualité. Alors que cette région recèle les hydrocarbures qui assurent le train de vie de l’État, elle était marginalisée tant économiquement que politiquement. Aujourd’hui, les choses ont changé.

Depuis la nationalisation des hydrocarbures (24 février 1971), les revenus dégagés de l’exploitation demeurent la principale source de devise de l’État. En 2011, le secteur représentait 98 % des recettes à l’exportation et 70 % des recettes budgétaires. Cette importance du pétrole se traduit par le rôle central de la Sonatrach, première entreprise africaine avec 56 milliards de dollars de chiffre d’affaires à l’exportation en 2010. Elle est devenue un instrument crucial dans la mise en œuvre des politiques publiques, notamment sous Houari Boumédiène lorsque Bélaïd Abdessalam promettait de « semer le pétrole pour récolter de l’industrie ». Cependant, la totalité des champs pétroliers et gaziers sont situés dans le sud du pays. Plus globalement, le Sahara dans son ensemble offre des perspectives de développement d’énergies renouvelables, par le biais de centrales solaires. Aussi la région a-t-elle constamment alimenté les finances de l’État et demeure vouée à continuer de le faire en l’absence d’une diversification de l’économie. Pourtant, la région n’a que marginalement bénéficié des bienfaits de la rente. En effet, dès les années 1970, on constate une forte prédominance des zones littorales dans la répartition des emplois qualifiés et industriels, ce que les autorités souhaitaient éviter. Depuis, les représentants du sud dénoncent régulièrement le chômage, le délaissement culturel ou encore le manque d’infrastructures. Tandis que le gouvernement affiche des réserves de devises pléthoriques et tente d’acheter la paix sociale, les jeunes du sud se heurtent à une conjoncture de crise économique et sociale latente, aggravée par une dégradation des espaces urbains. Ce déséquilibre entre la richesse des sous-sols et la précarité matérielle n’est pas sans avoir donné naissance à un fort sentiment de préjudice, voire de spoliation au profit du nord.

De fait, si l’économie algérienne repose sur la rente, elle s’est progressivement transformée en une économie de pillage. La coalition dirigeante distribue certes une partie de la rente, mais elle a de plus en plus l’image d’une mafia, s’étant révélée incapable de mettre au point une stratégie de développement. Dans un pays marqué par les idéaux égalitaristes, les inégalités sont souvent vécues comme une trahison. Ainsi en juillet 2012, Tahar Belabès parle de « colonisation interne » dans une interview donnée à El Watan. Le sentiment d’un délaissement est particulièrement fort dans les wilayas du sud, si bien que le gouvernement adopte des politiques volontaristes afin de gommer ces déséquilibres. Toutefois, après l’attaque islamiste au nord du Mali, l’attention du régime s’est particulièrement tournée vers la région. À cela s’ajoute une contestation sociale qui va croissante.

Pour autant, l’attention particulière accordée au sud par le gouvernement n’est que partiellement due à la contestation sociale. La région est cruciale d’un point de vue sécuritaire, notamment sur les questions de trafic, d’immigration et de terrorisme qui préoccupent les pays de la région mais aussi leurs partenaires internationaux. Dans la lutte contre l’immigration clandestine, le Sahara est devenu une frontière de plus. Ce contrôle accru n’est pas sans avoir des conséquences sur un espace traditionnellement favorable aux mobilités. C’est surtout la question terroriste qui fait que les regards se tournent désormais vers le sud, dans la lignée de la sécession de l’Azawad puis de l’opération Serval. Pourtant, la transformation de la bande sahélienne en un terrain d’opération de la lutte antiterroriste n’est pas nouvelle, puisqu’elle a accompagné la reconversion de la plus radicale des guérillas algériennes. Depuis l’attaque du complexe gazier d’In Amenas ainsi que l’assaut d’une caserne à Khenchela, la crainte d’une déstabilisation du pays est plus vive. Dans le même temps, la région n’est pas seulement identifiée à ces menaces extérieures, elle recèle en effet un risque interne : le danger d’un régionalisme qui pourrait mener à l’explosion du pays.

Au-delà de ces peurs plus ou moins fondées, il faut considérer la place croissante prise par le sud dans l’actualité nationale comme une forme de rééquilibrage à la mesure du rôle économique crucial de cette région mais aussi de son importance politique et démographique grandissante. De fait, ce rééquilibrage a commencé depuis les années 1990 avec le développement des agglomérations du sud. Du point de vue politique, les législatives de mai 2012 n’ont pas seulement vu les chefs des différents partis mettre en garde contre les risques de sécession. En fait, loin d’être uniquement des fiefs de la contestation, les wilayas méridionales ont davantage voté pour le FLN avec un taux de participation bien plus importants qu’au nord. Devant ces écarts importants, le ministre de l’Intérieur avait déclaré que les gens du sud étaient plus « patriotes » que les autres. Ce déplacement du centre de gravité de l’Algérie vers le sud n’est donc pas seulement dû à des contingences sécuritaires. Bien au contraire, il traduit des mutations urbaines, sociales et politiques.

Militant écologiste eurafricain

C’était le 10 novembre 1995 à Port-Harcourt au Nigéria : le militant écologiste Ken Saro-Wiwa était exécuté. Son crime ? S’être dressé contre le gouvernement et les multinationales du pétrole. En cet anniversaire, Eurafrique souhaite rappeler sa mémoire.

À 54 ans, Ken Saro-Wiwa était très connu dans son pays, d’abord en tant que romancier et producteur de télévision, ensuite en tant que militant écologiste et défenseur des Ogoni, un peuple du Nigéria dont il était issu. La région où vivent les Ogoni est riche en pétrole, exploitée par Shell depuis les années 60, au mépris des atteintes à l’environnement. Au début des années 90, le « Mouvement pour la survie du peuple Ogoni » (MOSOP), dont Saro-Wiwa est un membre fondateur, dénonce les graves atteintes à l’environnement, réclame des mesures pour sa protection ainsi qu’un meilleur partage des revenus du pétrole. Il souhaite en outre une autonomie pour le peuple Ogoni. Au départ non-violent, le mouvement mené par Ken Saro-Wiwa réclame aux compagnies pétrolières la réparation des dommages écologiques qu’elles ont engendré. De grandes manifestations – interdites par le gouvernement nigérian – se déroulent en 1992 et 1993 et des boycotts sont organisés à l’encontre de Shell au niveau international. Alors que la production est ralentie, une violente répression militaire est lancée contre le peuple Ogoni. On estime qu’elle fera 2 000 morts et 100 000 déplacés.

Arrêté en 1992 puis relâché, de nouveau emprisonné un mois en 1993, Ken Saro-Wiwa est finalement arrêté une troisième fois en 1994, accusé d’incitation au meurtre et condamné à mort en 1995, lors d’un procès largement critiqué par de nombreuses associations internationales. Avec huit autres leaders du mouvement, Ken Saro-Wiwa est pendu le 10 novembre 1995 à Port-Harcourt par le gouvernement nigérian du général Sani Abacha.

Aux États-Unis, plusieurs procédures judiciaires ont été intentées contre Shell ; elles se sont soldées par le paiement de 15 millions de dollars de compensation. Cependant, le delta du Niger où vit le peuple Ogoni n’est toujours pas dépollué. Eurafrique rappelle que notre bicontinent doit être un espace écologique respectant les diversités identitaires, linguistiques et religieuses, un espace de protection de la faune et de la flore. Merci à cet écologiste d’avant-garde qui comprit que défendre l’environnement revient à défendre les identités et cultures locales ; Eurafrique le salue.

Ne pas oublier

Pourquoi devrais-je me souvenir ? Je connais cette date du 11 novembre qui chaque année, me rappelle une période de plus en plus lointaine, de plus en plus floue. Une époque révolue dans un monde qui s’accélère, une Histoire dépassée par une instantanéité qui ne s’accommode pas d’un vieux rituel propre à de nombreuses civilisations : la transmission. Ce partage entre les générations, entre les visions et les réalités est tellement crucial, en ceci qu’il nous permet de résister à l’oubli tout en préparant le futur, qu’il nous faut le stimuler toujours. C’est le but de ma prise de parole papier.

Je souhaite rappeler que la Première Guerre mondiale, coupable de la mort ou de l’invalidité de plus de huit millions d’Êtres, ramena l’Europe à la primitivité. Je souhaite rappeler que beaucoup de mes compatriotes périrent et que parmi ces Français, certains « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française s’engagèrent pour défendre notre drapeau. Les « Dogues noirs de l’Empire », comme les avait surnommé Léopold Sédar Senghor, resteront fidèles au Bleu, au Blanc et au Rouge. De nombreux Africains périront pendant cette Grande Guerre et je souhaite aujourd’hui leur rendre hommage. Je souhaite saluer la mémoire de ces combattants dignes qui contribuèrent au prestige français et les remercier d’avoir permis à mon pays (à l’époque Notre pays) de sortir vainqueur de cette véritable barbarie.

Je crois en Eurafrique et au potentiel fort d’une union équitable entre les pays d’Europe et les pays d’Afrique. Je souhaite promouvoir cette union dans le respect des prestiges locaux afin de participer à la réalisation d’un destin commun et ainsi, favoriser l’émergence rapide d’une identité métissée nouvelle, cultivée et invincible. Je suis pour cette renaissance eurafricaine, pour l’avènement d’une Europe tropicale, d’une Afrique libérée. Grâce à l’Histoire, je connais les prémices d’une aventure eurafricaine qui sommeil toujours et s’apprête à naître. Grâce à la transmission, j’ai l’honneur de chanter les exploits africains. Grâce à la transmission, je construis avec toi Eurafrique.

En ce 11 novembre 2015, je souhaite remercier l’Afrique pour son implication, sa bravoure et sa force. Si l’Europe est ce qu’elle est aujourd’hui, nous vous le devons en partie. En ce 11 novembre 2015, moi, Louis de Gouyon Matignon, suis Africain, suis Le Monument aux Héros de l’Armée Noire de la ville de Reims, suis tirailleur sénégalais, suis ces milliers de Noirs tombés en Europe. En ce 11 novembre 2015 et plus que jamais, je suis Eurafricain.

Les défis d’une Afrique qui bouge

D’après les mots d’Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, l’Afrique est désormais « un continent d’avenir qui ne supporte plus le regard apitoyé des autres ». Autrefois, cette déclaration aurait été interprétée comme l’expression d’une fierté bravache et inconsciente mais aujourd’hui, elle saisit la réalité d’une Afrique noire en mouvement.

L’économie subsaharienne est dynamique : elle atteignait 5,7 % de croissance en 2013 (quand l’Europe peinait à sortir de la récession), soit deux points de plus que la croissance mondiale. Depuis 2001, sa croissance atteint (et le plus souvent dépasse) chaque année les 5 %. Mieux encore, depuis douze ans, la croissance économique est deux fois plus rapide que la croissance démographique : le résultat ? L’Afrique s’enrichit. Plusieurs facteurs expliquent cette meilleure santé économique. Le premier est la hausse des prix internationaux des matières premières à partir des années 2000 et leur maintien à des prix élevés du fait de la demande soutenue de la Chine et des autres pays émergents. Les États d’Afrique sont également mieux gérés : même si le prix a été exorbitant, les politiques d’ajustements structurels ont eu pour mérite de redonner aux États des marges de manœuvres budgétaires qui leur sont profitables.

Malgré ces évolutions économiques et politiques, la démocratie reste un sujet tabou malgré quelques exceptions comme en 2011 au Niger où les militaires ont tenu parole et permis la tenue d’un scrutin qui a rendu le pouvoir aux civils, ou au Sénégal, où Abdoulaye Wade a reconnu sa défaite en 2012 alors que l’on craignait une guerre. Pour autant, les défis restent immenses. L’Afrique est devenu une nouvelle terre de conquête pour les firmes occidentales qui se disputent les marchés publics et la grande consommation. La part de la valeur ajoutée manufacturière dans le PIB subsaharien reste ridiculement faible (12,5 % en 2010). Malgré la croissance, elle a continué à reculer durant les années 2000 alors qu’il est urgent de créer de l’activité dans une région dont la population va gagner 500 millions de têtes dans les 20 années à venir. Par ailleurs, l’amélioration du niveau de vie concerne principalement les citadins et la pauvreté reste endémique en périphérie et en zone rurale. Reste à savoir si « l’Afrique qui bouge » relèvera ce défi de l’emploi urbain et rural ou si sa croissance, qui reste peu inclusive, laissera sur le bord de la route la moitié de sa population.

Face à une Afrique qui bouge, Eurafrique se place comme l’outil d’accompagnement nécessaire entre l’Europe et l’Afrique qui permettra à l’Europe de se tourner vers l’Afrique en lui apportant son savoir, sa technique et son histoire et à l’Afrique de s’appuyer sur une Europe ouverte qui trouverait en cette collaboration un nouvel élan. Car l’histoire de l’Europe est intimement liée à celle de l’Afrique et que l’Afrique est aujourd’hui une terre dynamique, pourquoi ne pas se projeter ensemble vers un avenir de coopération équitable ? La jeunesse y travaille actuellement.

La réconciliation en sursis

Causant le décès de plus de trois milles personnes, la crise ivoirienne de 2010 – 2011 est le résultat des affrontements qui éclatèrent après le second tour de l’élection présidentielle entre Gbagbistes et Ouattaristes à la suite de fraudes présumées. Actuellement détenu à la Cour pénale internationale, nous venons d’apprendre que l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo ne sortira pas de prison avant son procès qui devrait débuter le 10 novembre. Les avocats de Laurent Gbagbo demandaient en effet sa libération provisoire pour raison de santé ; leur demande a été rejetée par les juges de la CPI.

L’ancien président ivoirien âgé de 70 ans, accusé d’avoir plongé son pays dans la guerre civile en s’accrochant au pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle de 2010, devra répondre de quatre chefs de crimes contre l’humanité perpétrés dans le contexte de ces violences post-électorales. Eurafrique rappelle l’importance de pacifier le plus rapidement possible les tensions qui subsistent entre Gbagbistes et Ouattaristes afin de consolider le processus démocratique dans le cadre des prochaines élections présidentielles, dimanche 25 octobre 2015.

Doudou N’diaye Rose

Classé par l’UNESCO « trésor humain », le célèbre percussionniste sénégalais Doudou N’diaye Rose est décédé mercredi soir à Dakar. Le mathématicien des rythmes, le grand maître des tambours, capable de diriger cent batteurs sur plusieurs rythmes en même temps, est considéré comme l’un des plus grands musiciens africains du vingtième siècle. Issu d’une famille de griots (communicateurs traditionnels en Afrique occidentale), le maître-tambour consacra sa vie à la musique. À la tête d’un orchestre de plusieurs dizaines de percussionnistes, dont plusieurs membres de sa famille, celui qui joua avec les plus grands (Miles Davis, Bernard Lavilliers ou les Rolling Stones) avait dû, afin de pratiquer librement son art, batailler contre son père, comptable, qui refusait qu’il devienne musicien.

Allant à la rencontre des plus grands maîtres percussionnistes, Doudou N’diaye Rose raconte : « Je rencontrais les anciens pour qu’ils me transmettent ce langage très précis des percussions que tout le monde connaissait alors : comment annoncer qu’il y a un feu de brousse, qu’un serpent a piqué quelqu’un, que la femme qui vient de se marier a rejoint la demeure conjugale… ».

Remarqué par Maurice Béjart, il se produisit pour la première fois en France, avec sa propre troupe composée de cinquante batteurs, en octobre 1986 et participa 3 ans plus tard aux célébrations du Bicentenaire de la Révolution française. Il s’en suit alors une fulgurante ascension dans le monde entier. Très proche du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor, il composa notamment l’hymne joué lors des défilés civils marquant la fête de l’indépendance du Sénégal (chaque 4 avril).

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain qui continue à faire vibrer notre bicontinent.

Faso Soap

600 000 décès et plus de 200 millions de personnes atteintes : c’est le bilan annuel du paludisme dans le monde. Touchant particulièrement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, cette maladie transmise par les moustiques est la première cause de mortalité en Afrique.

Malgré des années de recherche intensive par les laboratoires pharmaceutiques, aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible. Des traitements antipaludiques existent, mais la maladie est devenue de plus en plus résistante. La principale forme de lutte est alors la prévention, par exemple, en favorisant l’utilisation de moustiquaires, d’insecticides ou de crèmes répulsives. Ces traitements, parfaitement adaptés aux touristes, sont cependant encore trop chers pour la majorité de la population africaine.

En 2012, le burundais Gérard Niyondiko et le burkinabè Moctar Dembélé lancent le projet Faso Soap. Il s’agit d’un savon pour le corps et le linge, dont les principes actifs empêchent la prolifération des larves dans les eaux stagnantes et constituent un répulsif pour les moustiques. Fabriqué à partir de ressources locales, le Faso Soap ne nécessite pas de modifier les habitudes culturelles des familles et ne coûte pas plus cher qu’un savon classique : 300 francs CFA l’unité. Présenté en 2013 à la Global Social Venture Competition, prestigieux concours d’entrepreneuriat social organisé par l’université de Berkeley en association avec l’ESSEC, le Faso Soap gagne le premier prix, le prix du public et obtient plus de 25 000 dollars pour développer le produit. C’est non seulement la première équipe africaine à gagner ce concours, mais aussi la première équipe qui ne soit pas américaine. Une grande réussite pour Gérard Niyondiko, dont la formation a été financée par l’ambassade de France au Burundi.

Depuis, exemple de coopération eurafricaine, c’est grâce à un partenariat avec un laboratoire français de cosmétique que des prototypes ont été développés. Des tests d’efficacité et d’innocuité sont en cours. Installés dans un incubateur d’entreprises à Ouagadougou, les deux jeunes ingénieurs pensent pouvoir commencer la commercialisation du savon début 2016. Eurafrique salue ce projet prometteur pour la prévention du paludisme en Afrique qui n’aurait pu voir le jour sans l’action conjointe d’Européens et d’Africains.

Des Espagnols combattent Daesh

Deux combattants communistes espagnols furent, à leur retour en Espagne en juillet, placés en détention ; pourquoi ? Pour être partis combattre Daesh aux côtés de l’YPG au Kurdistan syrien, les Unités de protection du peuple, branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), un parti politique kurde syrien. Ces deux militants du groupe Reconstrucción Comunista seraient partis en Rojava pour aider la résistance kurde à combattre les fanatiques religieux de Daesh. Depuis Ras Al-Aïn (« Serê Kaniyê » en kurde) dans la province d’Hassaké, les militants ont déclaré s’être unis à la révolution du Rojava « pour défendre la classe ouvrière kurde opprimée par des États fascistes ». Les deux militants exprimaient leur soutien total à « la lutte contre le fascisme de l’État islamique ».

En attente de leur procès, les deux militants communistes ont été placés en liberté surveillée : ils ont dû rendre leurs passeports, ont l’interdiction de quitter le territoire espagnol et doivent pointer toutes les semaines au tribunal.

Eurafrique apporte son total soutien à ces deux militants espagnols, les félicite pour leur courage et réaffirme qu’une lutte eurafricaine doit être engagée contre l’obscurantisme islamique (voir à ce sujet notre article Axe eurafricain). Bravo les gars.

Éolienne africaine

Tout le monde sait ce qu’est une éolienne : un pylône (avec trois pales et un rotor) qui produit de l’électricité grâce au vent. Et tout le monde connaît aussi ses défauts : coûteuse à produire et à entretenir, bruyante, elle est vivement critiquée pour sa mauvaise intégration au paysage et perturbe terriblement notre écosystème.

Une jeune entreprise tunisienne est sur le point de révolutionner notre vision des éoliennes : la Saphonienne, c’est ainsi qu’elle a été baptisée, est peut-être l’éolienne du futur. Prenant la forme d’une grande voile ronde (qu’il est possible de décorer), elle n’a ni pale ni rotor, ne fait aucun bruit, ne perturbe pas notre écosystème et coûte deux fois moins cher. Cette éolienne plus performante qu’une éolienne classique se paie même le luxe de dépasser sensiblement une limite physique qu’aucune éolienne à pale ne peut dépasser. Primée en 2013 par l’African Innovation Foundation, fondation regroupant des Européens et des Africains, la société souhaite aujourd’hui promouvoir son éolienne à travers le monde.

Eurafrique se réjouit que des innovations si prometteuses puissent voir le jour en Afrique et encourage les entrepreneurs à développer leurs idées. Ces projets doivent être financés par l’Europe et l’Afrique en priorité ; c’est une véritable fondation eurafricaine qu’il faut mettre en place pour développer les technologies de demain.

Migrants ? Nos frères !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi, c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

À la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation, il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe.

Le principal problème vis-à-vis de cette situation est la déshumanisation qu’en opèrent les responsables politiques. Oubliant que derrière les chiffres qu’ils nous balancent à longueur de journées, ce sont des vies humaines broyées par la misère, certains responsables politiques nous présentent les migrants comme des personnes souhaitant uniquement venir en Europe pour toucher des prestations sociales et couler un peu plus nos pays. Finalement, ils en reviennent à oublier que ce dont ils parlent, ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté tout ce qu’ils possédaient pour fuir les horreurs que leur pays d’origine subit.

Quelle personne sensée peut décemment penser qu’une personne qui est prête à tout laisser derrière elle, à traverser la Méditerranée en sachant très bien qu’elle a de fortes chances de mourir en mer et à vivre dans des conditions très rudes une fois arrivée en Europe, fait ça pour le simple plaisir de toucher des allocations ? La déshumanisation est telle qu’elle est même présente au niveau sémantique. N’entendons-nous pas certains parler de migrants illégaux ? Comme si une personne pouvait être illégale en raison du simple fait d’être dans un pays. Dans la bouche de ces personnes, les migrants sont finalement réduits à être des choses et non des êtres humains.

Pour résoudre cette crise, ils prônent une répression plus dure encore. À les écouter, il faudrait limite couler les bateaux pour empêcher les migrants d’arriver sur le territoire européen. La répression et la mise en place d’une politique mortifère, voilà ce que nous proposent ces belles âmes. Ils nous expliquent que c’est le seul moyen de faire baisser les flux migratoires. La fin justifiant les moyens, ça ne m’étonnerait pas qu’ils en arrivent à relativiser le naufrage de quelques embarcations de fortune si cela peut permettre de faire un exemple et de dissuader d’autres migrants de tenter leur chance. Je ne pense pas que ce soit une solution acceptable. Les mêmes personnes viendront-elles ensuite nous donner des leçons d’humanisme comme elles ont coutume de le faire ?

Pour ma part, je pense que pour faire baisser le nombre de migrants et en même temps résoudre la crise humanitaire terrible qui frappe ces pays-là, il faut mettre en place une politique de solidarité ambitieuse et permettre aux pays d’origine de ces migrants de se développer. Alors bien sûr, il n’est plus question de parler de colonisation, mais combien d’entreprises occidentales prospèrent sur la misère de ces pays ? Les gouvernants de ces pays sont complètement inféodés aux grandes multinationales et ne se préoccupent guère de mettre en place une politique de développement qui permettrait à leur population de vivre décemment. Mettre en place une réelle politique de coopération eurafricaine, voilà le seul moyen humaniste de faire baisser les flux migratoires et de faire reculer la misère dans ces pays.

À tous ceux qui s’offusquent de l’arrivée des migrants et de les voir tenter par tous les moyens de quitter la misère, j’aimerais rappeler ces mots de l’abbé Pierre : « Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là ? Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous ! Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience. Au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir ».

Puissent ces paroles résonner dans leurs têtes creuses.