Europe

Bénin numérique

Boni Yayi, président de la République du Bénin, a procédé jeudi 26 novembre au lancement du réseau 4G LTE. Le pays passe à la vitesse supérieure après avoir expérimenté la 3G pendant trois ans, à travers les opérateurs de téléphonie mobile MTN et Moov. Après le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Bénin sera le quatrième pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à adopter cette technologie. Grâce à ce réseau 4G, le Bénin n’aura plus besoin de se faire du souci quant à la qualité de la connexion Internet. Autre nouveauté, Yayi Boni compte instaurer avec la 4G une e-gouvernance et des conseils des ministres en live. Rappelons qu’en 2013, le Bénin se classait avant-dernier en ce qui concerne  la vitesse d’Internet sur le continent africain, juste devant la République démocratique du Congo. Eurafrique espère que tous les pays africains pourront bientôt se targuer d’avoir une connexion aussi rapide que celle des pays européens.

Croire en Eurafrique

La première fois que Louis m’a parlé d’Eurafrique, je n’y ai pas cru. Comment y croire, en effet ? Construire une Europe forte représente déjà un défi, alors comment se représenter l’Eurafrique ? L’Europe et l’Afrique, sœurs, marchant main dans la main vers un nouvel horizon ? L’Europe et l’Afrique, deux continents hétérogènes, unis, pour construire le monde de demain ? Comment imaginer les offenses du passé pardonnées, comment concevoir l’union presque matrimoniale de l’Europe et de l’Afrique ? C’était trop sans doute, trop visionnaire, trop ambitieux. Et puis, qui a envie de commercer avec le Libéria ? Comment résoudre les conflits, la désertification, la famine, le manque d’infrastructures, la radicalisation de l’Islam… Afrique. Le mot fait peur, de prime abord. Trop chargé d’histoire, de culpabilité, d’incompréhension. Entre le griot et la machette, poésie et hémoglobine.

Dans un premier temps, c’est sa verve illuminée de jeune prophète en basket qui m’a séduite. Séduite, mais pas encore convaincue. Les yeux écarquillés, je l’écoutais, je me laissais pénétrer par ses mots. On aurait dit qu’il me décrivait une vision, une révélation, une épiphanie. Que Louis ait été touché par la foudre, je n’en avais jamais douté, mais ce qu’il me disait dépassait mon entendement. Il me décrivait une coopération bicontinentale, où l’Europe, repentie, après un mea culpa retentissant, traiterait l’Afrique comme un partenaire, rompant avec les politiques paternalistes et toutes les formes de néo-colonialisme qui subsistent aujourd’hui. La vision de Louis n’est pas franco-centrée. Son but, que les deux continents s’embrassent sur l’autel d’un avenir commun. J’essayais donc de comprendre comment l’Europe s’excuserait, officiellement, sur la scène internationale. Qui prendrait la parole ? Jean-Claude Juncker ou bien des artistes, des écrivains, le peuple européen à travers des blogs, des posts, des hashtags et des politicotweets ? Pour Louis, l’Histoire appelle à ce mariage, civil, avec partage des biens communs, entre les deux continents. J’imaginais déjà les deux territoires prononcer leurs vœux : « Je te promets de t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie ». L’Europe est historiquement liée à l’Afrique, m’expliquait Louis. J’ironisais intérieurement en me rappelant les guerres, l’histoire coloniale, le sang, le morcellement absurde de son territoire par les Européens, tout ce qui sépare nos deux continents. Pourtant, Louis voulait inverser la donne, avant que l’Asie ne s’impose trop en Afrique et exerce une forme passive et agressive de colonialisme économique, en envoyant trop d’IDE et des vagues de diaspora. « Nous partageons des langues communes, des idéaux, nous sommes frères ». C’était beau, son discours, j’avais envie d’avoir foi en lui. Puis il s’est mis à évoquer un idéal : l’Europe aiderait à la reconstruction de l’Afrique, en dédommagement, une reconstruction intelligente intégrée à la nouvelle économie mondiale, circulaire… Plein de fougue, il énumérait les nouvelles énergies renouvelables que l’on pourrait développer en Afrique. Dubitative, encore, je hochais machinalement la tête. Oui, ce petit blond, porte-parole de la communauté tsigane en France et directeur de campagne de Gnangbo Kacou, candidat aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire, m’intéressait, mais je ne le comprenais pas.

Et puis j’ai osé cette question qui me travaillait depuis le début de son soliloque : « Mais Louis, quand est-ce qu’Eurafrique verra le jour ? ». Il m’a posé une main sur l’épaule : « Unissons-nous… ». Et là, j’ai compris. J’ai cru. La vision de Louis, je ne sais pas si je vivrais assez longtemps pour la voir se concrétiser, mais son discours, un jour, raisonnera avec la réalité. Maintenant, la question, c’est comment ? Comment réaliser Eurafrique ? Comment se sentir Eurafricain, dans sa chair ? Par les échanges. Allez, voyagez, voyez, comprenez. La jeunesse Eurafricaine doit réinventer son identité, pour que demain, deux continents se relèvent, ensemble, fraternels et beaux.

Herman Sörgel

Imaginez un monde dans lequel le lac méditerranéen a vu son niveau baisser de 100 à 200 mètres, où l’Europe et l’Afrique sont réunies, où un train vous emmène de Berlin au Cap en passant par la Sicile et le Sahara ; c’était le projet fou d’Herman Sörgel, architecte allemand.

Au début du vingtième siècle, le projet Atlantropa imaginé par un architecte allemand vise à construire un barrage hydroélectrique géant pour fermer le détroit de Gibraltar. Ceci aurait eu pour effet de faire baisser le niveau de la Méditerranée. Ainsi, la Corse et la Sardaigne n’auraient formé qu’un, la Sicile aurait été rattachée à l’Italie, Venise n’aurait plus été un port et d’ailleurs, la mer Adriatique aurait quasiment disparu. Partout, en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Europe du Sud, de larges bandes de terre seraient devenues cultivables et habitables. Herman Sörgel avait imaginé un projet bien plus ambitieux qu’un « simple barrage » à Gibraltar. Tout d’abord, ce barrage aurait été techniquement possible, les plans prévoyant qu’il soit en majorité en eau peu profonde. En plus de ce barrage, un second devait être construit dans les Dardanelles pour fermer la mer Noire et un troisième aurait coupé la Méditerranée en deux au niveau de la Sicile et de la Tunisie. Un quatrième aurait été bâti sur le fleuve Congo pour alimenter le lac Tchad et utiliser son eau douce pour irriguer le Sahara. Enfin, le canal de Suez aurait été prolongé pour maintenir la liaison avec la mer Rouge. Pour tous ceux craignant de voir les ports historiques tels que Venise ou Gênes à sec, Herman Sörgel proposait même d’y maintenir artificiellement le niveau d’eau.

Les barrages auraient fourni une quantité colossale d’énergie propre, tout en facilitant les communications entre l’Europe et l’Afrique. Le barrage reliant la Tunisie à la Sicile aurait permis la création d’une ligne de chemin de fer reliant directement les grandes capitales européennes à l’Afrique du Nord, voir l’Afrique subsaharienne. Le Sahara devenant vert, la région aurait connu un développement économique sans précédent. Sörgel était avant tout un pacifiste, qui pensait que son projet, en réglant les problèmes d’approvisionnement en énergie, en libérant des terres et facilitant le commerce et les communications, participerait à une ère de paix dans l’espace eurafricain.

Evidemment, ce projet aurait aussi eu des conséquences désastreuses sur les écosystèmes méditerranéens, mais ces préoccupations n’existaient pas encore à l’époque. Herman Sörgel considérait Atlantropa, à l’instar d’Eurafrique, comme un moyen d’unir l’Europe et l’Afrique un en seul continent suffisamment puissant pour tenir tête aux Amériques et à l’Asie. Mais à la différence de notre projet eurafricain, Herman Sörgel, voyait, avec les prismes de l’époque, une véritable domination des Européens sur les Africains. C’est ici qu’Eurafrique diffère d’Atlantropa : il n’est pas question pour nous que l’un domine l’autre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le projet Atlantropa fût interdit par l’Allemagne nazie. Relancé au début des années cinquante, le projet mourut avec son créateur en 1952. Eurafrique salue la mémoire de cet architecte allemand qui rêvait déjà au siècle dernier d’une union entre l’Europe et l’Afrique.

#Eurafrique

Sur Twitter, des Africains lancèrent cet été le hashtag #TheAfricaTheMediaNeverShowsYou afin de donner une image meilleure du continent. Exit la pauvreté ou la guerre et place à #UneAfriqueQueLesMédiasNeVousMontrentPas ! Le phénomène est devenu planétaire et de nombreux twittos s’y adonnent aujourd’hui ; le principe, twitter une photo ou un article en lien avec une Afrique moderne, jeune et dynamique (exemple : des paysages, des vêtements Made In Africa, du sport…). Cette initiative d’origine américaine souligne le besoin qu’on les membres de la diaspora ou les originaires d’Afrique de renouer, de rénover l’image africaine. À l’heure où beaucoup de régions du monde émergent (Asie, Amérique latine ou Europe de l’Est), les Africains ont besoin de faire la promotion de leur continent.

Je salue cette volonté de promotion nationale ou continentale cependant, je ne souhaiterais pas qu’elle se transforme en concurrence entre les pays ou continents. J’encourage le fait de se dire originaire de telle ou telle région, de revendiquer son patrimoine géographique ou historique dans une logique de rassemblement. À ce titre, je suis également partisan d’un hashtag #Eurafrique et encourage les jeunes Européens et Africains à promouvoir leur histoire, à vanter leur bicontinent et cet idéal de rassemblement entre Européens et Africains.

Ensemble contre le terrorisme islamiste

Après la France, le Mali. Hier à Bamako, dix-neuf personnes périrent lors d’une attaque terroriste perpétrée au sein de l’hôtel Radisson Blu, en plein cœur du Mali. Revendiqué par un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, cet acte commis une semaine après les différents attentats ayant ébranlé la France et le monde doit nous permettre de comprendre à quel point il est urgent de développer une coopération militaire eurafricaine, afin d’unir nos deux continents pour lutter ensemble contre ces groupements terroristes.

Après l’attaque sanglante d’hier, le président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keïta décréta l’état d’urgence pour dix jours ainsi que trois jours de deuil national en l’hommage des victimes et s’adressa à la population malienne : « Mes chers compatriotes, tel est le message grave et solennel que je me devais de vous lire en ce jour : que chacun et chacun garde son calme, sa confiance en la République qui saura défendre ses fils au-dedans comme au-dehors. Unis, nous vaincrons les forces du mal et de la terreur. La terreur ne triomphera pas dans le pays des fiers et courageux ancêtres que nous avons tant chantés ». Alors que le Sénat vient en France d’adopter massivement le projet de loi prolongeant l’état d’urgence, il nous faut désormais agir avec de nouveaux partenaires.

Je propose une alliance entre les pays européens et ceux d’Afrique de l’Ouest afin de constituer un véritable axe militaire et ainsi, permettre aux différentes armées eurafricaines de protéger ces régions. Nous devons mettre en commun nos ressources militaires et nos positions afin de garantir une présence plus efficace de nos militaires sur le territoire eurafricain. Il est désormais indispensable que nous puissions garantir ensemble la sécurité des zones à risques.

Ne pas oublier

Pourquoi devrais-je me souvenir ? Je connais cette date du 11 novembre qui chaque année, me rappelle une période de plus en plus lointaine, de plus en plus floue. Une époque révolue dans un monde qui s’accélère, une Histoire dépassée par une instantanéité qui ne s’accommode pas d’un vieux rituel propre à de nombreuses civilisations : la transmission. Ce partage entre les générations, entre les visions et les réalités est tellement crucial, en ceci qu’il nous permet de résister à l’oubli tout en préparant le futur, qu’il nous faut le stimuler toujours. C’est le but de ma prise de parole papier.

Je souhaite rappeler que la Première Guerre mondiale, coupable de la mort ou de l’invalidité de plus de huit millions d’Êtres, ramena l’Europe à la primitivité. Je souhaite rappeler que beaucoup de mes compatriotes périrent et que parmi ces Français, certains « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française s’engagèrent pour défendre notre drapeau. Les « Dogues noirs de l’Empire », comme les avait surnommé Léopold Sédar Senghor, resteront fidèles au Bleu, au Blanc et au Rouge. De nombreux Africains périront pendant cette Grande Guerre et je souhaite aujourd’hui leur rendre hommage. Je souhaite saluer la mémoire de ces combattants dignes qui contribuèrent au prestige français et les remercier d’avoir permis à mon pays (à l’époque Notre pays) de sortir vainqueur de cette véritable barbarie.

Je crois en Eurafrique et au potentiel fort d’une union équitable entre les pays d’Europe et les pays d’Afrique. Je souhaite promouvoir cette union dans le respect des prestiges locaux afin de participer à la réalisation d’un destin commun et ainsi, favoriser l’émergence rapide d’une identité métissée nouvelle, cultivée et invincible. Je suis pour cette renaissance eurafricaine, pour l’avènement d’une Europe tropicale, d’une Afrique libérée. Grâce à l’Histoire, je connais les prémices d’une aventure eurafricaine qui sommeil toujours et s’apprête à naître. Grâce à la transmission, j’ai l’honneur de chanter les exploits africains. Grâce à la transmission, je construis avec toi Eurafrique.

En ce 11 novembre 2015, je souhaite remercier l’Afrique pour son implication, sa bravoure et sa force. Si l’Europe est ce qu’elle est aujourd’hui, nous vous le devons en partie. En ce 11 novembre 2015, moi, Louis de Gouyon Matignon, suis Africain, suis Le Monument aux Héros de l’Armée Noire de la ville de Reims, suis tirailleur sénégalais, suis ces milliers de Noirs tombés en Europe. En ce 11 novembre 2015 et plus que jamais, je suis Eurafricain.

Les défis d’une Afrique qui bouge

D’après les mots d’Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, l’Afrique est désormais « un continent d’avenir qui ne supporte plus le regard apitoyé des autres ». Autrefois, cette déclaration aurait été interprétée comme l’expression d’une fierté bravache et inconsciente mais aujourd’hui, elle saisit la réalité d’une Afrique noire en mouvement.

L’économie subsaharienne est dynamique : elle atteignait 5,7 % de croissance en 2013 (quand l’Europe peinait à sortir de la récession), soit deux points de plus que la croissance mondiale. Depuis 2001, sa croissance atteint (et le plus souvent dépasse) chaque année les 5 %. Mieux encore, depuis douze ans, la croissance économique est deux fois plus rapide que la croissance démographique : le résultat ? L’Afrique s’enrichit. Plusieurs facteurs expliquent cette meilleure santé économique. Le premier est la hausse des prix internationaux des matières premières à partir des années 2000 et leur maintien à des prix élevés du fait de la demande soutenue de la Chine et des autres pays émergents. Les États d’Afrique sont également mieux gérés : même si le prix a été exorbitant, les politiques d’ajustements structurels ont eu pour mérite de redonner aux États des marges de manœuvres budgétaires qui leur sont profitables.

Malgré ces évolutions économiques et politiques, la démocratie reste un sujet tabou malgré quelques exceptions comme en 2011 au Niger où les militaires ont tenu parole et permis la tenue d’un scrutin qui a rendu le pouvoir aux civils, ou au Sénégal, où Abdoulaye Wade a reconnu sa défaite en 2012 alors que l’on craignait une guerre. Pour autant, les défis restent immenses. L’Afrique est devenu une nouvelle terre de conquête pour les firmes occidentales qui se disputent les marchés publics et la grande consommation. La part de la valeur ajoutée manufacturière dans le PIB subsaharien reste ridiculement faible (12,5 % en 2010). Malgré la croissance, elle a continué à reculer durant les années 2000 alors qu’il est urgent de créer de l’activité dans une région dont la population va gagner 500 millions de têtes dans les 20 années à venir. Par ailleurs, l’amélioration du niveau de vie concerne principalement les citadins et la pauvreté reste endémique en périphérie et en zone rurale. Reste à savoir si « l’Afrique qui bouge » relèvera ce défi de l’emploi urbain et rural ou si sa croissance, qui reste peu inclusive, laissera sur le bord de la route la moitié de sa population.

Face à une Afrique qui bouge, Eurafrique se place comme l’outil d’accompagnement nécessaire entre l’Europe et l’Afrique qui permettra à l’Europe de se tourner vers l’Afrique en lui apportant son savoir, sa technique et son histoire et à l’Afrique de s’appuyer sur une Europe ouverte qui trouverait en cette collaboration un nouvel élan. Car l’histoire de l’Europe est intimement liée à celle de l’Afrique et que l’Afrique est aujourd’hui une terre dynamique, pourquoi ne pas se projeter ensemble vers un avenir de coopération équitable ? La jeunesse y travaille actuellement.

La réconciliation en sursis

Causant le décès de plus de trois milles personnes, la crise ivoirienne de 2010 – 2011 est le résultat des affrontements qui éclatèrent après le second tour de l’élection présidentielle entre Gbagbistes et Ouattaristes à la suite de fraudes présumées. Actuellement détenu à la Cour pénale internationale, nous venons d’apprendre que l’ancien président de la République de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo ne sortira pas de prison avant son procès qui devrait débuter le 10 novembre. Les avocats de Laurent Gbagbo demandaient en effet sa libération provisoire pour raison de santé ; leur demande a été rejetée par les juges de la CPI.

L’ancien président ivoirien âgé de 70 ans, accusé d’avoir plongé son pays dans la guerre civile en s’accrochant au pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle de 2010, devra répondre de quatre chefs de crimes contre l’humanité perpétrés dans le contexte de ces violences post-électorales. Eurafrique rappelle l’importance de pacifier le plus rapidement possible les tensions qui subsistent entre Gbagbistes et Ouattaristes afin de consolider le processus démocratique dans le cadre des prochaines élections présidentielles, dimanche 25 octobre 2015.

Doudou N’diaye Rose

Classé par l’UNESCO « trésor humain », le célèbre percussionniste sénégalais Doudou N’diaye Rose est décédé mercredi soir à Dakar. Le mathématicien des rythmes, le grand maître des tambours, capable de diriger cent batteurs sur plusieurs rythmes en même temps, est considéré comme l’un des plus grands musiciens africains du vingtième siècle. Issu d’une famille de griots (communicateurs traditionnels en Afrique occidentale), le maître-tambour consacra sa vie à la musique. À la tête d’un orchestre de plusieurs dizaines de percussionnistes, dont plusieurs membres de sa famille, celui qui joua avec les plus grands (Miles Davis, Bernard Lavilliers ou les Rolling Stones) avait dû, afin de pratiquer librement son art, batailler contre son père, comptable, qui refusait qu’il devienne musicien.

Allant à la rencontre des plus grands maîtres percussionnistes, Doudou N’diaye Rose raconte : « Je rencontrais les anciens pour qu’ils me transmettent ce langage très précis des percussions que tout le monde connaissait alors : comment annoncer qu’il y a un feu de brousse, qu’un serpent a piqué quelqu’un, que la femme qui vient de se marier a rejoint la demeure conjugale… ».

Remarqué par Maurice Béjart, il se produisit pour la première fois en France, avec sa propre troupe composée de cinquante batteurs, en octobre 1986 et participa 3 ans plus tard aux célébrations du Bicentenaire de la Révolution française. Il s’en suit alors une fulgurante ascension dans le monde entier. Très proche du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor, il composa notamment l’hymne joué lors des défilés civils marquant la fête de l’indépendance du Sénégal (chaque 4 avril).

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain qui continue à faire vibrer notre bicontinent.

Faso Soap

600 000 décès et plus de 200 millions de personnes atteintes : c’est le bilan annuel du paludisme dans le monde. Touchant particulièrement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, cette maladie transmise par les moustiques est la première cause de mortalité en Afrique.

Malgré des années de recherche intensive par les laboratoires pharmaceutiques, aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible. Des traitements antipaludiques existent, mais la maladie est devenue de plus en plus résistante. La principale forme de lutte est alors la prévention, par exemple, en favorisant l’utilisation de moustiquaires, d’insecticides ou de crèmes répulsives. Ces traitements, parfaitement adaptés aux touristes, sont cependant encore trop chers pour la majorité de la population africaine.

En 2012, le burundais Gérard Niyondiko et le burkinabè Moctar Dembélé lancent le projet Faso Soap. Il s’agit d’un savon pour le corps et le linge, dont les principes actifs empêchent la prolifération des larves dans les eaux stagnantes et constituent un répulsif pour les moustiques. Fabriqué à partir de ressources locales, le Faso Soap ne nécessite pas de modifier les habitudes culturelles des familles et ne coûte pas plus cher qu’un savon classique : 300 francs CFA l’unité. Présenté en 2013 à la Global Social Venture Competition, prestigieux concours d’entrepreneuriat social organisé par l’université de Berkeley en association avec l’ESSEC, le Faso Soap gagne le premier prix, le prix du public et obtient plus de 25 000 dollars pour développer le produit. C’est non seulement la première équipe africaine à gagner ce concours, mais aussi la première équipe qui ne soit pas américaine. Une grande réussite pour Gérard Niyondiko, dont la formation a été financée par l’ambassade de France au Burundi.

Depuis, exemple de coopération eurafricaine, c’est grâce à un partenariat avec un laboratoire français de cosmétique que des prototypes ont été développés. Des tests d’efficacité et d’innocuité sont en cours. Installés dans un incubateur d’entreprises à Ouagadougou, les deux jeunes ingénieurs pensent pouvoir commencer la commercialisation du savon début 2016. Eurafrique salue ce projet prometteur pour la prévention du paludisme en Afrique qui n’aurait pu voir le jour sans l’action conjointe d’Européens et d’Africains.