Europe

Des Espagnols combattent Daesh

Deux combattants communistes espagnols furent, à leur retour en Espagne en juillet, placés en détention ; pourquoi ? Pour être partis combattre Daesh aux côtés de l’YPG au Kurdistan syrien, les Unités de protection du peuple, branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), un parti politique kurde syrien. Ces deux militants du groupe Reconstrucción Comunista seraient partis en Rojava pour aider la résistance kurde à combattre les fanatiques religieux de Daesh. Depuis Ras Al-Aïn (« Serê Kaniyê » en kurde) dans la province d’Hassaké, les militants ont déclaré s’être unis à la révolution du Rojava « pour défendre la classe ouvrière kurde opprimée par des États fascistes ». Les deux militants exprimaient leur soutien total à « la lutte contre le fascisme de l’État islamique ».

En attente de leur procès, les deux militants communistes ont été placés en liberté surveillée : ils ont dû rendre leurs passeports, ont l’interdiction de quitter le territoire espagnol et doivent pointer toutes les semaines au tribunal.

Eurafrique apporte son total soutien à ces deux militants espagnols, les félicite pour leur courage et réaffirme qu’une lutte eurafricaine doit être engagée contre l’obscurantisme islamique (voir à ce sujet notre article Axe eurafricain). Bravo les gars.

Éolienne africaine

Tout le monde sait ce qu’est une éolienne : un pylône (avec trois pales et un rotor) qui produit de l’électricité grâce au vent. Et tout le monde connaît aussi ses défauts : coûteuse à produire et à entretenir, bruyante, elle est vivement critiquée pour sa mauvaise intégration au paysage et perturbe terriblement notre écosystème.

Une jeune entreprise tunisienne est sur le point de révolutionner notre vision des éoliennes : la Saphonienne, c’est ainsi qu’elle a été baptisée, est peut-être l’éolienne du futur. Prenant la forme d’une grande voile ronde (qu’il est possible de décorer), elle n’a ni pale ni rotor, ne fait aucun bruit, ne perturbe pas notre écosystème et coûte deux fois moins cher. Cette éolienne plus performante qu’une éolienne classique se paie même le luxe de dépasser sensiblement une limite physique qu’aucune éolienne à pale ne peut dépasser. Primée en 2013 par l’African Innovation Foundation, fondation regroupant des Européens et des Africains, la société souhaite aujourd’hui promouvoir son éolienne à travers le monde.

Eurafrique se réjouit que des innovations si prometteuses puissent voir le jour en Afrique et encourage les entrepreneurs à développer leurs idées. Ces projets doivent être financés par l’Europe et l’Afrique en priorité ; c’est une véritable fondation eurafricaine qu’il faut mettre en place pour développer les technologies de demain.

Migrants ? Nos frères !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi, c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

À la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation, il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe.

Le principal problème vis-à-vis de cette situation est la déshumanisation qu’en opèrent les responsables politiques. Oubliant que derrière les chiffres qu’ils nous balancent à longueur de journées, ce sont des vies humaines broyées par la misère, certains responsables politiques nous présentent les migrants comme des personnes souhaitant uniquement venir en Europe pour toucher des prestations sociales et couler un peu plus nos pays. Finalement, ils en reviennent à oublier que ce dont ils parlent, ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté tout ce qu’ils possédaient pour fuir les horreurs que leur pays d’origine subit.

Quelle personne sensée peut décemment penser qu’une personne qui est prête à tout laisser derrière elle, à traverser la Méditerranée en sachant très bien qu’elle a de fortes chances de mourir en mer et à vivre dans des conditions très rudes une fois arrivée en Europe, fait ça pour le simple plaisir de toucher des allocations ? La déshumanisation est telle qu’elle est même présente au niveau sémantique. N’entendons-nous pas certains parler de migrants illégaux ? Comme si une personne pouvait être illégale en raison du simple fait d’être dans un pays. Dans la bouche de ces personnes, les migrants sont finalement réduits à être des choses et non des êtres humains.

Pour résoudre cette crise, ils prônent une répression plus dure encore. À les écouter, il faudrait limite couler les bateaux pour empêcher les migrants d’arriver sur le territoire européen. La répression et la mise en place d’une politique mortifère, voilà ce que nous proposent ces belles âmes. Ils nous expliquent que c’est le seul moyen de faire baisser les flux migratoires. La fin justifiant les moyens, ça ne m’étonnerait pas qu’ils en arrivent à relativiser le naufrage de quelques embarcations de fortune si cela peut permettre de faire un exemple et de dissuader d’autres migrants de tenter leur chance. Je ne pense pas que ce soit une solution acceptable. Les mêmes personnes viendront-elles ensuite nous donner des leçons d’humanisme comme elles ont coutume de le faire ?

Pour ma part, je pense que pour faire baisser le nombre de migrants et en même temps résoudre la crise humanitaire terrible qui frappe ces pays-là, il faut mettre en place une politique de solidarité ambitieuse et permettre aux pays d’origine de ces migrants de se développer. Alors bien sûr, il n’est plus question de parler de colonisation, mais combien d’entreprises occidentales prospèrent sur la misère de ces pays ? Les gouvernants de ces pays sont complètement inféodés aux grandes multinationales et ne se préoccupent guère de mettre en place une politique de développement qui permettrait à leur population de vivre décemment. Mettre en place une réelle politique de coopération eurafricaine, voilà le seul moyen humaniste de faire baisser les flux migratoires et de faire reculer la misère dans ces pays.

À tous ceux qui s’offusquent de l’arrivée des migrants et de les voir tenter par tous les moyens de quitter la misère, j’aimerais rappeler ces mots de l’abbé Pierre : « Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là ? Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous ! Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience. Au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir ».

Puissent ces paroles résonner dans leurs têtes creuses.

Fresques ambulantes au musée

Le car rapide sénégalais, véritable emblème dakarois, sera exposé à partir du mois d’octobre à Paris au sein du nouveau Musée de l’Homme. Ces fourgonnettes aux couleurs bigarrées, décorées à la main et sillonnant les grandes rues de la capitale sénégalaise, sont de véritables emblèmes du quotidien pour des milliers de Sénégalais qui les utilisent chaque jour. Peints et décorés selon un rite très particulier, certains de ces vieux Renault Saviem sont considérés comme des œuvres d’art. Cependant, depuis quelques années, la ville souhaite remplacer ces cars rapides par des bus fabriqués en Inde ou en Chine (et non en Europe, à notre grand regret). À Londres, des bus rouges, à New York, des taxis jaunes, à Paris, des chauffeurs mécontents et à Dakar, ces fourgonnettes colorées. Jugés polluants et dangereux, ces véhicules emblématiques sont amenés à disparaître.

Exporté d’Europe à destination des pays du Sud dans la période d’après-guerre, nous sommes déçus de voir un symbole de coopération eurafricaine disparaître. Comme nous l’évoquions dans l’article Chinafrique ? consacré aux investissement de l’Empire du Milieu en Afrique, il est indispensable d’organiser la coopération économique eurafricaine en favorisant un commerce intra-eurafricain. Nous devons commercer et échanger de façon équitable avec nos voisins du Sud afin de renforcer nos rapports politiques. Ces fresques ambulantes sont à l’image de la situation contemporaine : la fin de la culture et de la relation économique eurafricaine au profit d’une pseudo-modernité mystificatrice d’origine asiatique. Les symboles peints à la main sur ces cars rapides nous rappellent l’histoire et l’identité d’un pays fort au sein de l’Afrique de l’Ouest. Ces étendards nationaux résument l’histoire de cultures souvent obombrées par le monde occidental et qu’il faut magnifier dans une logique de respect culturel mutuel eurafricain.

Eurafrique encourage la culture et les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Je suis personnellement déçu de voir que l’Asie équipera dans les prochaines années le Sénégal ; j’encourage l’Europe à se tourner davantage vers l’Afrique et vice versa ; la coopération politique doit s’appuyer sur la coopération économique.

MOOC eurafricain

Beaucoup de jeunes Africains sont aujourd’hui connectés et souhaitent travailler avec l’outil numérique. Grâce aux formations en ligne ouvertes à tous, les MOOC, de nombreux internautes peuvent désormais s’instruire et apprendre les techniques nécessaires à la pratique d’un métier. Les participants aux cours, souvent nombreux (dans le monde anglophone, il peut arriver que plus de 100 000 personnes soient réunies pour un cours), sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par Internet. Afrique Innovations a pour but de former les étudiants africains au journalisme numérique et à la programmation. Lancé début 2015, le projet veut « former les futurs leaders d’opinion » avec des événements, des ateliers et, à partir du lundi 20 juillet, un MOOC gratuit qui sera animé pendant douze semaines par des journalistes et quelques développeurs. Le projet souhaite donner aux journalistes africains en formation la technique nécessaire pour produire et diffuser de l’information ; depuis le 20 juillet, plus de 2 000 personnes ont choisi de suivre les cours en ligne.

Je félicite cette initiative numérique qui permet à un maximum d’étudiants ou de professionnels d’apprendre ou de se perfectionner dans la pratique du journalisme et de la programmation. Il est indispensable de promouvoir ces initiatives qui permettent à beaucoup de s’instruire et d’obtenir les outils nécessaires à la pratique d’un métier. Eurafrique encourage le partage des techniques. À l’heure où beaucoup d’Eurafricains ont accès à Internet mais ne peuvent (pour des raisons géographiques, financières, médicales…) poursuivre une formation traditionnelle, saluons ce précieux outil et encourageons son développement.

Nairobi X

Le monde va-t-il être sauvé à Nairobi ? Face à une invasion d’extraterrestres, il faut agir et se battre ! Voici le scénario de Nairobi X, premier jeu vidéo en 3D conçu par un studio africain. Créé par le studio kényan Black Division Games, le jeu vidéo cartonne actuellement en Afrique de l’Est. Le décor : la célèbre tour du centre de conférence international Kenyatta ; le bâtiment, à la forme de soucoupe volante, est pris d’assaut par les extraterrestres débarqués en nombre d’un vortex verdâtre trouant le ciel africain : « Soldat, votre mission est simple : défendez Nairobi… avant qu’il ne soit trop tard ».

Dès le lancement, au mois de juin, le succès est immédiat et le hashtag #defendkenya devient viral. À la mi-juillet, on dénombrait déjà plus de 21 000 téléchargements sur mobile. « Ça dépasse les frontières du Kenya : Tanzanie, Ouganda, Éthiopie… et même Soudan du Sud ! », s’étonne Andrew Kaggia, 27 ans, jeune développeur natif de Nairobi à l’origine du projet. Il raconte : « Depuis des années, je jouais sur ma console à tuer des aliens dans les rues et sur les toits de Los Angeles et New York. Et puis un jour, je me suis dit : pourquoi est-ce que les aliens débarquent toujours aux États-Unis ? Pourquoi est-ce que leurs vaisseaux ne se posent jamais en Afrique ? C’est bizarre, tout de même, vous ne trouvez pas ? ».

Voici un événement révélateur de la dynamique numérique qui bouleverse aujourd’hui le continent africain. Pâtissant d’un IDH (indice de développement humain) relativement bas (un des plus bas), le Kenya vient cependant de créer le premier jeu vidéo africain. Eurafrique souhaite que le développement du numérique en Afrique s’accompagne d’une hausse des IDH des nations africaines. Nous ne souhaitons pas que l’Afrique et l’Europe deviennent des continents numériquement riches et humainement (agriculture, politique, conditions sanitaires…) pauvres. Les deux dynamiques doivent se corroborer et Eurafrique est là pour combler les carences potentielles d’un continent ou d’un autre.

Psychose dans les maquis

Depuis le 24 juillet, le virus H5N1 a fait sa réapparition en Côte d’Ivoire, après une première épidémie en 2006. Exit Ebola que l’on pense désormais éradiquer d’ici la fin de l’année : les autorités sanitaires d’Afrique de l’Ouest sont désormais préoccupées par la progression de la grippe aviaire. En Côte d’Ivoire, la dernière détection du virus remonte à juin dernier à Bouaké, dans le centre du pays ; le virus aurait atteint cette fois-ci une troisième zone du pays ; un fermier du village de Modeste, à environ 15 kilomètres d’Abidjan, a indiqué qu’il aurait perdu environ 25 000 poulets. Les maquis abidjanais (restaurants de rue à ciel ouvert) grouillent toujours de monde ; depuis une semaine cependant, les commandes baissent : « Depuis qu’on reparle de la grippe aviaire, les clients ne sont plus réguliers dans le coin » constate un restaurateur.

Beudjé Djoman Mathias, préfet de Grand-Bassam, a déclaré « qu’il est envisagé sur une période de 60 jours des mesures de destruction des volailles infectées, de leurs produits dérivés et de l’achèvement des opérations de désinfection des services sanitaires du lieu d’abattage attestant leur non-contamination ».

Le virus de la grippe aviaire est apparu pour la première fois en Afrique de l’Ouest en 2006 ; éradiqué deux ans plus tard, il est toutefois réapparu au Nigeria, au Burkina Faso, au Niger et au Ghana à la fin de l’année dernière. Depuis son siège à Rome, la FAO, l’organe onusien en charge de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde, a lancé un appel. Pour combattre la grippe aviaire en Afrique de l’Ouest, 20 millions de dollars doivent être levés. Et il y a urgence à agir, insiste l’agence dans un communiqué : « Sans des interventions opportunes pour endiguer les foyers de grippe aviaire hautement virulente H5N1 à travers l’Afrique de l’Ouest, les craintes augmentent de voir la maladie se répandre inexorablement dans cette région et au-delà ».

L’Europe, sœur eurafricaine de l’Afrique, doit aider le plus rapidement possible l’Afrique de l’Ouest en finançant les dépenses liées à la lutte contre le virus ; aider l’Afrique, c’est aider l’Europe, c’est aider Eurafrique. En parallèle de ces financements, nous encourageons le déploiement en Afrique de l’Ouest de l’Agence eurafricaine (organisme militaire / sanitaire) dont le rôle sera d’aider les autorités locales et réaffirmer notre volonté de collaborer ensemble, notamment en cas de menace sanitaire.

Flore eurafricaine en danger

Le palmier, symbole des déserts chauds, des côtes et paysages tropicaux. Une des plantes les plus anciennes de notre Histoire : 80 millions d’années. Présent en Afrique, de nombreux fossiles de palmiers furent découverts en Europe, témoignant d’une époque où le climat de notre continent du Nord était tropical. Toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés ; symbolisant l’arbre de vie, la fécondité et le succès, le palmier orne de nombreuses armoiries eurafricaines : la Côte d’Ivoire, Mackenheim en Alsace (France), Saint-Juste-Luzac en Charente-Maritime (France)… Les palmiers sont des plantes parmi les plus utiles dans l’économie agricole des pays des zones tropicales où ils ne sont dépassés en importance que par les graminées. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée. Les fruits, noix de coco ou dattes, font partie depuis des millénaires des aliments de base des populations vivant sous les tropiques. Avec le « bois » des stipes, on fabrique des planchers et des murs, avec les feuilles, on réalise la couverture des maisons.

Elche, ville d’Espagne située dans la province d’Alicante, possède deux patrimoines de l’Humanité reconnus par l’UNESCO : le Misteri d’Elx (représentation théâtrale que l’on donne chaque année depuis le Moyen Âge) et la Palmeraie d’Elche,  plus grande palmeraie d’Europe située le long de la commune. Cette grande étendue de palmiers en plein centre-ville, composée de plus de deux cent mille palmiers, est un symbole historique eurafricain fort : l’on pense que ce sont les Carthaginois qui trouvèrent dans ces terres du Levant espagnol un lieu propice à cette culture. Les Romains, qui vinrent par la suite, surent conserver la palmeraie et en prendre soin. Les Arabes, quand ils occupèrent la péninsule Ibérique, poursuivirent la même tâche de protection et agrandirent la plantation de dattiers. C’est sous Abd al-Rahman, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue (756), qu’un système d’irrigation fut installé. Plus tard, au Moyen Âge, on édicta une série de lois pour protéger la plantation et depuis lors, vigilance et protection n’ont cessé. Déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2000, la palmeraie fait la fierté de cette ville de près de 230 000 habitants.

Depuis 2005, ce symbole eurafricain est en danger : infestés par des larves d’un charançon, les palmiers d’Elche sont gravement menacés. Attaquée par un insecte, le charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, la plante s’assèche, puis s’effondre. En Espagne, des milliers de palmiers sont morts et continuent de mourir, de même qu’en Italie. Arrivé il y a dix ans en France, le charançon rouge est désormais présent sur tout le pourtour méditerranéen et en Bretagne. Rien ne semble pouvoir arrêter sa progression. L’Europe a décrété, en mai 2007, l’obligation de lutter contre cet insecte.

Il est indispensable de protéger les palmiers d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, véritables témoins des liens eurafricains historiques. La flore de notre bicontinent doit être préservée ; fruit de notre Histoire, elle est un symbole puissant d’Eurafrique. Protégeons une partie de notre identité et de notre patrimoine, adoptons le plus rapidement possible au niveau eurafricain les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde des palmiers d’Eurafrique. Pourquoi ne pas mettre en place, dans le cadre d’un service écologique eurafricain, la possibilité pour les jeunes de s’occuper de certaines zones naturelles en danger ? La mer, la forêt, le désert, la montagne… Nous devons aujourd’hui, nous, Eurafricains, nous engager pour défendre notre patrimoine naturelle eurafricain, véritable témoin de l’Histoire de notre bicontinent.

Je ne voterai pas

Les jeunes Africains s’intéressent-ils à la politique ? C’est ce qu’a voulu savoir l’institut de sondage Afrobaromètre, publiant mercredi dernier à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, une étude consacrée aux jeunes et à la politique, à leurs engagement ou encore à leur vision de ce que devra être la politique dans le futur.

Sondant de nombreux Africains âgés de 18 à 29 ans à travers 33 pays différents, l’étude nous révèle que 56 % seulement des jeunes s’intéressent à la vie politique de leur pays. Un faible résultat si l’on considère que le continent, se trouvant actuellement au cœur d’une généreuse prophétie économique, doit être gouverné par cette jeunesse qui incarnera demain la force vive d’un monde en pleine mutation. Par ailleurs, 54 % seulement des jeunes interrogés affirment avoir voté récemment lors d’une élection. Comment fonder l’Afrique puis l’Eurafrique de demain ? Alors que les pays les plus politisés sont l’Égypte et la Tunisie (cela fait bien sûr écho aux derniers événements politiques), il est indispensable de diffuser à travers toute l’Afrique une réelle promotion de la chose publique. Difficile dans certains endroits et notamment en Afrique de l’Ouest, ou 71 % des personnes interrogées affirment n’avoir jamais contacté de représentants locaux de gouvernement pour soumettre leurs préoccupations. Cet aspect inquiète les auteurs de ce sondage pour qui « la voix des jeunes et leur engagement sont des aspects fondamentaux du processus démocratique ».

Ce désintéressement des jeunes pour la politique est le résultat de deux dynamiques qui se corroborent : une économie de plus en plus forte (impliquant une politique de plus en plus soumise) et un modèle démocratique défaillant. L’Afrique de l’Ouest par exemple, encore très tribale, doit s’affranchir de la centralisation imposée par les anciens pays colonisateurs au profit d’un modèle régional plus respectueux des histoires et traditions locales (voir à ce sujet l’article Uber eurafricain).

Je propose le projet Eurafrique qui permettra aux jeunes de s’engager dans un projet d’espoir et de changement ; le seul projet culturellement et économiquement viable du vingt-et-unième siècle. Eurafrique, au-delà des chiffres et autres prévisions économiques, devra être la puissance publique capable de porter plus d’un milliard et demi d’Eurafricains vers leur destin. Celui de vivre ensemble.

Année étrangère

De l’Europe à l’Afrique. De la France à l’Afrique du Sud. De Paris à Cape Town. De Sciences Po à l’université de Western Cape. Du français à l’afrikaans, l’anglais, le ndebele, le sotho du Sud, le swazi, le tswana, le tsonga, le venda, le xhosa et le zoulou. De la Marseillaise à l’hymne Nkosi Sikelel’ iAfrika, The Call of South Africa. Du métro au minibus. De la conduite à droite à la conduite à gauche. Du pâté-croûte au biltong. Du XV de France aux Springboks.

Il n’y a qu’un pas. « L’année étrangère » est presque devenue un passage obligé au cours des études, un pas de plus vers la maturité. Nous étions des étudiants en échange. Certains n’avaient jamais vu l’Afrique du Sud. Certains avaient habité en Afrique, mais dans d’autres pays. Nous étions intéressés par l’Afrique. Pas seulement l’Afrique des safaris. Nous voulions étudier en anglais dans un environnement qui nous dépayserait, nous pousserait à revoir nos habitudes, à penser autrement, à apprendre à vivre ailleurs.

L’Afrique du Sud était le lieu parfait pour cela. Nous avons découvert la vitesse des minibus, la patience des files d’attente pour s’inscrire aux cours à l’université. Nous avons mangé des braais, du biltong, du rusk et d’autres aliments dont les noms nous échappent. Nous avons écouté Johnny Clegg, l’hymne national sud-africain, les radios locales. Nous avons grimpé en haut de Lion’s Head et de Table Mountain. Nous avons volé jusqu’à Johannesburg, Pretoria, Durban, Port Elizabeth. Nous avons conduit à travers les provinces, du Limpopo au Gauteng, parfois jusqu’en Namibie ou au Lesotho. Nous avons entendu parler plusieurs langues. Nous avons été frappés par la beauté des paysages, par les contrastes de la ville, par ses couleurs. Nous avons essayé de capturer les instants dans des photos dont la lumière ne sera jamais aussi vive que celle que nous avions sous les yeux.

Nous avons étudié l’Histoire, nous avons ressenti son poids au quotidien. Nous avons rédigé des essays en anglais dans le style anglo-saxon. Nous nous sommes adaptés, ou du moins nous avons essayé de le faire. Nous avons découvert un peu la littérature sud-africaine. Parmi de nombreuses œuvres, Cry, the Beloved Country (Alan Platon, 1948) a retenu notre attention. Nous avons (quand même) rencontré quelques animaux sur la route des parcs nationaux. Éléphants, zèbres, singes, girafes, phacochères. Nous avons regardé la mer. Nous avons parcouru des kilomètres d’ailleurs. Des routes bordées de traces de peines, de joies, de rires et de doutes.

Nous avons rencontré des Sud-africains, des Blacks, des Coloured, des Whites. Nous avons lié des connaissances, des amitiés, des amours. Nous avons partagé leurs vies, leurs maisons et leurs discussions. Nous ne nous perdions pas à l’université lorsque l’un d’eux était là pour nous indiquer le chemin. Ils nous ont aidé, ils nous ont appris. Nous avons entendu les conflits. Le bruit encore assourdissant du racisme. Les années qui n’ont pas effacé les souvenirs brûlants de l’apartheid. Nous avons aimé l’Afrique du Sud malgré tout ce qu’elle nous a fait laisser derrière nous le temps d’une année : une famille, une adresse, un confort, des habitudes. Peut-être l’avons nous aussi parfois aimée pour ça, pour ce qu’elle nous a forcé à repenser. La vie, le bonheur, les autres.

Après une année comme celle-ci, nous serons heureux de revoir nos proches, mais tristes de quitter ce pays arc-en-ciel, indécis entre la pluie et le beau temps. Nous serons plus ouverts, plus matures, plus tolérant sans doute. À notre retour, rien n’aura vraiment changé et pourtant tout sera différent. Notre « année étrangère » aura été l’expérience de notre vie, celle qui donne envie de parcourir le monde de long en large, celle qui pousse à se chercher soi-même, à se perdre et parfois à se découvrir.