féminisme

Lutte féministe

Au Sénégal, une femme ne peut se permettre de pratiquer un sport « masculin » ; c’est très mal vu, parfois interdit.

– « Quand on parle de lutte on pense aussitôt à l’homme. C’est un sport inapproprié pour la femme. Il n’y a vraiment aucun lien. Seulement, nous sommes dans une société où on voit beaucoup de choses. On s’achemine tout droit vers la dérive. Si on devait fouetter ces femmes qui font la lutte, tout cela allait disparaître. La femme n’a pas le droit de pratiquer un sport comme la lutte car, tout son corps est exposé au regard des autres. Alors que cela est interdit par la religion musulmane. Je considère cela comme un péché, ni plus ni moins. »

– « C’est une pratique malsaine. Je ne laisserai jamais ma fille faire ça. Il en est hors de question. Nous sommes dans une société conservatrice qui condamne ces genres de pratiques et puis, nous sommes dans un pays composé à majorité de musulmans. On ne devait même pas permettre ces choses dans notre cher pays le Sénégal qui a longtemps valorisé l’image de la femme. »

– « En tant que femme, je condamne cette pratique ; personnellement, je trouve que ce n’est pas bien pour l’image de la femme. La femme sénégalaise est connue pour sa pudeur. On doit pouvoir sauvegarder cette belle image qui fait notre charme. Ce n’est pas bien d’exposer son corps à des fins financières. L’argent a gâté notre société. »

Pensionnaires du Centre international de Thiès, où est regroupée l’élite du continent, à une heure de route de Dakar, les meilleures lutteuses sénégalaises s’entraînent malgré la chaleur tous les jours, répétant les mêmes gestes et préparant leur corps aux championnats du monde qui auront lieu en septembre à Las Vegas. Au Sénégal, la lutte traditionnelle est sport national, loin devant le football. Très présent dans les régions du Sine-Saloum et de la Casamance, ce sport est un événement, un marqueur identitaire fort puisque chaque combat est précédé d’une préparation particulière, mystique et traditionnelle, un « haka sénégalais » où les lutteurs, portant un costume traditionnel, dansent parfois plusieurs heures en invoquant les dieux. Les règles sont simples : il faut projeter son adversaire au sol. Du fait de la tradition et de la religion, les femmes ne peuvent se dévêtir et n’ont pas accès à ce sport. C’est une situation révélatrice de certains tabous traditionnels (en général religieux) qui persistent au Sénégal. Je pense que l’existence de tabous ou de traditions est bénéfique à une population, lui permettant de se structurer, de se repérer et de se projeter vers l’avenir cependant, je pense qu’il ne faut en aucun cas encourager un machisme camouflé. Alors qu’en France, les femmes gagnent pour un même travail en moyenne 25 % de moins que les hommes et que moins de 30 % seulement de nos parlementaires sont des femmes, il est important d’initier en Eurafrique une politique féministe émancipatrice et respectueuse des traditions. Le féminisme ne doit pas être aveugle ou provocateur ; il doit s’émanciper des archaïsmes politico-religieux tout en sanctifiant les identités locales.

Le sport doit être une dynamique unificatrice, un vecteur du Changement eurafricain bénéfique aux hommes et femmes du bicontinent. Oui à un féminisme respectueux des traditions locales, non à un « tout foutre en l’air » réducteur et aveugle. Oui à cet équilibre des traditions et de l’émancipation, oui à Eurafrique. Oui à la lutte féministe sénégalaise.

Les Ivoiriennes bossent

Bravo les gos ! Alors que beaucoup d’observateurs décryptent l’Afrique de l’Ouest comme un ensemble de sociétés patriarcales, archaïques et parfois même machistes, nous tenons à vous présenter des contre-exemples. Lorsque j’ai accompagné Gnangbo Kacou en Côte d’Ivoire pour le suivre dans sa campagne, je me suis rapidement rendu compte que les femmes travaillaient, qu’elles étaient intégrées et dynamisaient les activités locales. Parfois commerçantes, fonctionnaires ou restauratrices, parfois exerçant des métiers plus « masculins » : apprenties gbaka (mini-car de transport en commun de 18 places), mécaniciennes ou électriciennes. Awa Diabate, Fanta Camara ou Fatoumata Coulibaly se battent au quotidien pour exercer leur profession.

Lorsque la combattante Awa commence sa journée à bord d’un mini-car dans les environs de Yopougon, cherchant à attirer un maximum de voyageurs, la jeune Fanta démonte un moteur de wôrô-wôrô (un taxi collectif à ligne régulière et à prix forfaitaire) et l’étudiante Fatoumata installe les derniers câbles d’alimentation d’un futur centre commercial abidjanais. Ces trois femmes sont l’exemple d’une société où les femmes, malgré l’existence de nombreux préjugés qui persistent (et qui sont en général liés à des pratiques religieuses strictes), ont une place capitale dans l’économie d’un pays en plein essor. Les femmes veulent travailler, quitte à choquer certains hommes, et c’est un signe de prise de conscience de leur place dans une société qui évolue quotidiennement. Un féminisme new hope.

Avec un taux de croissance avoisinant les 9 % sur les trois dernières années, la Côte d’Ivoire peut s’enorgueillir d’avoir un taux de participation des femmes à la population active de 52 % (source : Organisation internationale du Travail). Pour rappel, le taux de participation à la population active est la proportion de la population, âgée de 15 ans et plus, qui est économiquement active : toutes les personnes qui fournissent du travail pour la production de biens et de services au cours d’une période donnée. Alors qu’en Italie, seulement 40 % des personnes actives sont des femmes et qu’en France, elles sont 51 %, la Côte d’Ivoire peut se vanter de faire participer à la vie professionnelle plus de femmes que beaucoup de pays européens.

Eurafrique n’est pas là pour mettre en concurrence les pays eurafricains mais cherche à puiser de chacun des pays le meilleur pour le partager avec la communauté bicontinentale eurafricaine. Il serait bon de prendre exemple sur des pays en développement dans lesquels chacun souhaite s’investir et porter un projet sociétal nouveau fondé autour de la valeur travail. Eurafrique est à construire et nous avons besoin de vous. Les femmes, les hommes, les personnes âgées, les handicapés, notre bicontinent a besoin de vous. La France et les pays européens doivent s’inspirer des pratiques africaines et de ce dynamisme lié à l’émergence. Eurafrique doit être le projet qui nous fédérera et nous donnera envie de construire un monde nouveau pour nous, bien sûr, mais aussi et surtout pour nos enfants, nouvelle génération eurafricaine. Eurafrique est un pays en construction, alors partageons ce dynamisme et mettons-nous au travail.