France

Engagement tunisien

La France s’est toujours rangée du côté de la Tunisie, mon pays, notamment lors des attentats du Bardo, de Sousse et plus récemment, celui du 24 novembre perpétré contre la sécurité présidentielle. C’est donc avec une profonde tristesse que nous exprimons notre solidarité à la France. Nous condamnons énergiquement les actes barbares qui l’ont endeuillée.

Je repense sans cesse à ces jeunes qui se sont égarés sur des chemins qui les éloignent de la société, particulièrement celle de leur pays, la France, ainsi trahie par les siens. Au-delà de l’horreur, il y a lieu de s’interroger sur les failles et les défaillances de l’État envers ces Français. De ce fait, le processus d’intégration était-il adapté ? Comment inculquer à ces jeunes leurs droits et devoirs de citoyens ? Faut-il redéfinir la laïcité, socle de la République française ? Toutes ces questions attendent des réponses urgentes et convaincantes.

Nous autres non plus n’étions guère habitués à tant de secousses sous le régime de Ben Ali, régime totalitaire dirigé d’une main de fer où « liberté d’expression » n’existait que dans le dictionnaire. Pourtant, la Tunisie avait connu ses heures de gloire. J’aimais écouter mon grand-père maternel, cofondateur du CNOT (Comité national olympique tunisien) et médaillé olympique, me parler de son passé de militant avant l’indépendance tunisienne, puis de cette génération de citoyens éclairés à la base d’un Code du statut personnel (unique dans le monde arabe) en faveur des femmes, interdisant la polygamie et la répudiation, consacrant le droit à l’IVG, l’enseignement obligatoire et gratuit, la santé pour tous… Telles sont les réalisations tunisiennes contre la misère et l’obscurantisme ; mon grand-père me disait sans cesse que le jour où la Tunisie bougera, le monde arabe sortira de sa torpeur.

Et ce jour arriva. Du 17 décembre 2010, début des émeutes, jusqu’au 14 janvier 2011 sans relâche, j’étais dans la rue avec des milliers de Tunisiens à crier « Dégage ! » à Ben Ali, célèbre slogan depuis repris par les autres soulèvements arabes. Sous l’emprise de cette extase appelée « liberté d’expression », on ne voyait pas le revers de la médaille, nous étions heureux. Les médias internationaux ont vanté notre courage et appelé notre insurrection « Révolution du Jasmin », fleur symbolique et très parfumée. Malheureusement, cette odeur a tourné rapidement en odeur de sang et de terreur en Égypte, en Syrie qui paie le tribut le plus lourd, en Irak encore une fois, et, malheureusement par la faute impardonnable de Nicolas Sarkozy, en Libye. Au bout de quatre ans, le monstre nommé terrorisme a grandi, il est devenu international, sans frontières, sans limites dans la barbarie. Mobilisons-nous partout où celui-ci frappe. Dénonçons ensemble tous les criminels et leurs complices, sans verser dans l’amalgame injuste et contre-productif. La France, pays des Lumières, doit continuer d’éclairer le monde. Je vis en France depuis quatre ans et je me suis intégrée à ses valeurs.

Nous veillerons à ce que la trilogie qui lui sert de devise, Liberté, Égalité, Fraternité, reste de vigueur. Vive la Tunisie ! Vive la France !

Croire en Eurafrique

La première fois que Louis m’a parlé d’Eurafrique, je n’y ai pas cru. Comment y croire, en effet ? Construire une Europe forte représente déjà un défi, alors comment se représenter l’Eurafrique ? L’Europe et l’Afrique, sœurs, marchant main dans la main vers un nouvel horizon ? L’Europe et l’Afrique, deux continents hétérogènes, unis, pour construire le monde de demain ? Comment imaginer les offenses du passé pardonnées, comment concevoir l’union presque matrimoniale de l’Europe et de l’Afrique ? C’était trop sans doute, trop visionnaire, trop ambitieux. Et puis, qui a envie de commercer avec le Libéria ? Comment résoudre les conflits, la désertification, la famine, le manque d’infrastructures, la radicalisation de l’Islam… Afrique. Le mot fait peur, de prime abord. Trop chargé d’histoire, de culpabilité, d’incompréhension. Entre le griot et la machette, poésie et hémoglobine.

Dans un premier temps, c’est sa verve illuminée de jeune prophète en basket qui m’a séduite. Séduite, mais pas encore convaincue. Les yeux écarquillés, je l’écoutais, je me laissais pénétrer par ses mots. On aurait dit qu’il me décrivait une vision, une révélation, une épiphanie. Que Louis ait été touché par la foudre, je n’en avais jamais douté, mais ce qu’il me disait dépassait mon entendement. Il me décrivait une coopération bicontinentale, où l’Europe, repentie, après un mea culpa retentissant, traiterait l’Afrique comme un partenaire, rompant avec les politiques paternalistes et toutes les formes de néo-colonialisme qui subsistent aujourd’hui. La vision de Louis n’est pas franco-centrée. Son but, que les deux continents s’embrassent sur l’autel d’un avenir commun. J’essayais donc de comprendre comment l’Europe s’excuserait, officiellement, sur la scène internationale. Qui prendrait la parole ? Jean-Claude Juncker ou bien des artistes, des écrivains, le peuple européen à travers des blogs, des posts, des hashtags et des politicotweets ? Pour Louis, l’Histoire appelle à ce mariage, civil, avec partage des biens communs, entre les deux continents. J’imaginais déjà les deux territoires prononcer leurs vœux : « Je te promets de t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie ». L’Europe est historiquement liée à l’Afrique, m’expliquait Louis. J’ironisais intérieurement en me rappelant les guerres, l’histoire coloniale, le sang, le morcellement absurde de son territoire par les Européens, tout ce qui sépare nos deux continents. Pourtant, Louis voulait inverser la donne, avant que l’Asie ne s’impose trop en Afrique et exerce une forme passive et agressive de colonialisme économique, en envoyant trop d’IDE et des vagues de diaspora. « Nous partageons des langues communes, des idéaux, nous sommes frères ». C’était beau, son discours, j’avais envie d’avoir foi en lui. Puis il s’est mis à évoquer un idéal : l’Europe aiderait à la reconstruction de l’Afrique, en dédommagement, une reconstruction intelligente intégrée à la nouvelle économie mondiale, circulaire… Plein de fougue, il énumérait les nouvelles énergies renouvelables que l’on pourrait développer en Afrique. Dubitative, encore, je hochais machinalement la tête. Oui, ce petit blond, porte-parole de la communauté tsigane en France et directeur de campagne de Gnangbo Kacou, candidat aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire, m’intéressait, mais je ne le comprenais pas.

Et puis j’ai osé cette question qui me travaillait depuis le début de son soliloque : « Mais Louis, quand est-ce qu’Eurafrique verra le jour ? ». Il m’a posé une main sur l’épaule : « Unissons-nous… ». Et là, j’ai compris. J’ai cru. La vision de Louis, je ne sais pas si je vivrais assez longtemps pour la voir se concrétiser, mais son discours, un jour, raisonnera avec la réalité. Maintenant, la question, c’est comment ? Comment réaliser Eurafrique ? Comment se sentir Eurafricain, dans sa chair ? Par les échanges. Allez, voyagez, voyez, comprenez. La jeunesse Eurafricaine doit réinventer son identité, pour que demain, deux continents se relèvent, ensemble, fraternels et beaux.

Ensemble contre le terrorisme islamiste

Après la France, le Mali. Hier à Bamako, dix-neuf personnes périrent lors d’une attaque terroriste perpétrée au sein de l’hôtel Radisson Blu, en plein cœur du Mali. Revendiqué par un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, cet acte commis une semaine après les différents attentats ayant ébranlé la France et le monde doit nous permettre de comprendre à quel point il est urgent de développer une coopération militaire eurafricaine, afin d’unir nos deux continents pour lutter ensemble contre ces groupements terroristes.

Après l’attaque sanglante d’hier, le président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keïta décréta l’état d’urgence pour dix jours ainsi que trois jours de deuil national en l’hommage des victimes et s’adressa à la population malienne : « Mes chers compatriotes, tel est le message grave et solennel que je me devais de vous lire en ce jour : que chacun et chacun garde son calme, sa confiance en la République qui saura défendre ses fils au-dedans comme au-dehors. Unis, nous vaincrons les forces du mal et de la terreur. La terreur ne triomphera pas dans le pays des fiers et courageux ancêtres que nous avons tant chantés ». Alors que le Sénat vient en France d’adopter massivement le projet de loi prolongeant l’état d’urgence, il nous faut désormais agir avec de nouveaux partenaires.

Je propose une alliance entre les pays européens et ceux d’Afrique de l’Ouest afin de constituer un véritable axe militaire et ainsi, permettre aux différentes armées eurafricaines de protéger ces régions. Nous devons mettre en commun nos ressources militaires et nos positions afin de garantir une présence plus efficace de nos militaires sur le territoire eurafricain. Il est désormais indispensable que nous puissions garantir ensemble la sécurité des zones à risques.

Fier

Je suis fier.

Fier de mon pays, de sa population, de notre solidarité, de notre tolérance.

Fier d’avoir vu les forces de police travailler à protéger notre peuple, fier d’avoir vu les pompiers sur le terrain à soigner et aider les victimes, fier d’avoir vu le SAMU sauver des vies, fier d’avoir vu des hommes et des femmes s’engager pour le bien de notre pays, l’honneur de notre Histoire.

Fier d’avoir vu des centaines de messages sur Facebook indiquant que certains seraient prêts à recevoir les badauds en danger, fier d’avoir vu sur Twitter des milliers de chaleureux et émouvant messages adressés aux Parisiens, fier d’avoir vu apparaître sur Instagram des images de Paris avec des hashtags sublimes.

Fier de savoir que le personnel hospitalier est à l’œuvre pour aider nos compatriotes, que beaucoup se mobilisent à travers le pays pour aider, fier de voir tant de drapeaux français brandis numériquement pour illustrer notre solidarité nationale.

La France est aujourd’hui en deuil et au milieu des pleurs, je souhaitais simplement remercier tous les Parisiens et les Français pour leur solidarité, leur force. Eurafrique œuvre au bien-être des populations et ce matin, recevant de nombreux messages de la part d’amis africains, je contemplais la réalisation d’une solidarité bicontinentale. Merci à tous pour vos messages et vos encouragements.

Aujourd’hui, je suis fier de voir mon pays uni, fier d’être Français.

13/11/15 je suis fier !

Ne pas oublier

Pourquoi devrais-je me souvenir ? Je connais cette date du 11 novembre qui chaque année, me rappelle une période de plus en plus lointaine, de plus en plus floue. Une époque révolue dans un monde qui s’accélère, une Histoire dépassée par une instantanéité qui ne s’accommode pas d’un vieux rituel propre à de nombreuses civilisations : la transmission. Ce partage entre les générations, entre les visions et les réalités est tellement crucial, en ceci qu’il nous permet de résister à l’oubli tout en préparant le futur, qu’il nous faut le stimuler toujours. C’est le but de ma prise de parole papier.

Je souhaite rappeler que la Première Guerre mondiale, coupable de la mort ou de l’invalidité de plus de huit millions d’Êtres, ramena l’Europe à la primitivité. Je souhaite rappeler que beaucoup de mes compatriotes périrent et que parmi ces Français, certains « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française s’engagèrent pour défendre notre drapeau. Les « Dogues noirs de l’Empire », comme les avait surnommé Léopold Sédar Senghor, resteront fidèles au Bleu, au Blanc et au Rouge. De nombreux Africains périront pendant cette Grande Guerre et je souhaite aujourd’hui leur rendre hommage. Je souhaite saluer la mémoire de ces combattants dignes qui contribuèrent au prestige français et les remercier d’avoir permis à mon pays (à l’époque Notre pays) de sortir vainqueur de cette véritable barbarie.

Je crois en Eurafrique et au potentiel fort d’une union équitable entre les pays d’Europe et les pays d’Afrique. Je souhaite promouvoir cette union dans le respect des prestiges locaux afin de participer à la réalisation d’un destin commun et ainsi, favoriser l’émergence rapide d’une identité métissée nouvelle, cultivée et invincible. Je suis pour cette renaissance eurafricaine, pour l’avènement d’une Europe tropicale, d’une Afrique libérée. Grâce à l’Histoire, je connais les prémices d’une aventure eurafricaine qui sommeil toujours et s’apprête à naître. Grâce à la transmission, j’ai l’honneur de chanter les exploits africains. Grâce à la transmission, je construis avec toi Eurafrique.

En ce 11 novembre 2015, je souhaite remercier l’Afrique pour son implication, sa bravoure et sa force. Si l’Europe est ce qu’elle est aujourd’hui, nous vous le devons en partie. En ce 11 novembre 2015, moi, Louis de Gouyon Matignon, suis Africain, suis Le Monument aux Héros de l’Armée Noire de la ville de Reims, suis tirailleur sénégalais, suis ces milliers de Noirs tombés en Europe. En ce 11 novembre 2015 et plus que jamais, je suis Eurafricain.

Les défis d’une Afrique qui bouge

D’après les mots d’Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, l’Afrique est désormais « un continent d’avenir qui ne supporte plus le regard apitoyé des autres ». Autrefois, cette déclaration aurait été interprétée comme l’expression d’une fierté bravache et inconsciente mais aujourd’hui, elle saisit la réalité d’une Afrique noire en mouvement.

L’économie subsaharienne est dynamique : elle atteignait 5,7 % de croissance en 2013 (quand l’Europe peinait à sortir de la récession), soit deux points de plus que la croissance mondiale. Depuis 2001, sa croissance atteint (et le plus souvent dépasse) chaque année les 5 %. Mieux encore, depuis douze ans, la croissance économique est deux fois plus rapide que la croissance démographique : le résultat ? L’Afrique s’enrichit. Plusieurs facteurs expliquent cette meilleure santé économique. Le premier est la hausse des prix internationaux des matières premières à partir des années 2000 et leur maintien à des prix élevés du fait de la demande soutenue de la Chine et des autres pays émergents. Les États d’Afrique sont également mieux gérés : même si le prix a été exorbitant, les politiques d’ajustements structurels ont eu pour mérite de redonner aux États des marges de manœuvres budgétaires qui leur sont profitables.

Malgré ces évolutions économiques et politiques, la démocratie reste un sujet tabou malgré quelques exceptions comme en 2011 au Niger où les militaires ont tenu parole et permis la tenue d’un scrutin qui a rendu le pouvoir aux civils, ou au Sénégal, où Abdoulaye Wade a reconnu sa défaite en 2012 alors que l’on craignait une guerre. Pour autant, les défis restent immenses. L’Afrique est devenu une nouvelle terre de conquête pour les firmes occidentales qui se disputent les marchés publics et la grande consommation. La part de la valeur ajoutée manufacturière dans le PIB subsaharien reste ridiculement faible (12,5 % en 2010). Malgré la croissance, elle a continué à reculer durant les années 2000 alors qu’il est urgent de créer de l’activité dans une région dont la population va gagner 500 millions de têtes dans les 20 années à venir. Par ailleurs, l’amélioration du niveau de vie concerne principalement les citadins et la pauvreté reste endémique en périphérie et en zone rurale. Reste à savoir si « l’Afrique qui bouge » relèvera ce défi de l’emploi urbain et rural ou si sa croissance, qui reste peu inclusive, laissera sur le bord de la route la moitié de sa population.

Face à une Afrique qui bouge, Eurafrique se place comme l’outil d’accompagnement nécessaire entre l’Europe et l’Afrique qui permettra à l’Europe de se tourner vers l’Afrique en lui apportant son savoir, sa technique et son histoire et à l’Afrique de s’appuyer sur une Europe ouverte qui trouverait en cette collaboration un nouvel élan. Car l’histoire de l’Europe est intimement liée à celle de l’Afrique et que l’Afrique est aujourd’hui une terre dynamique, pourquoi ne pas se projeter ensemble vers un avenir de coopération équitable ? La jeunesse y travaille actuellement.

Doudou N’diaye Rose

Classé par l’UNESCO « trésor humain », le célèbre percussionniste sénégalais Doudou N’diaye Rose est décédé mercredi soir à Dakar. Le mathématicien des rythmes, le grand maître des tambours, capable de diriger cent batteurs sur plusieurs rythmes en même temps, est considéré comme l’un des plus grands musiciens africains du vingtième siècle. Issu d’une famille de griots (communicateurs traditionnels en Afrique occidentale), le maître-tambour consacra sa vie à la musique. À la tête d’un orchestre de plusieurs dizaines de percussionnistes, dont plusieurs membres de sa famille, celui qui joua avec les plus grands (Miles Davis, Bernard Lavilliers ou les Rolling Stones) avait dû, afin de pratiquer librement son art, batailler contre son père, comptable, qui refusait qu’il devienne musicien.

Allant à la rencontre des plus grands maîtres percussionnistes, Doudou N’diaye Rose raconte : « Je rencontrais les anciens pour qu’ils me transmettent ce langage très précis des percussions que tout le monde connaissait alors : comment annoncer qu’il y a un feu de brousse, qu’un serpent a piqué quelqu’un, que la femme qui vient de se marier a rejoint la demeure conjugale… ».

Remarqué par Maurice Béjart, il se produisit pour la première fois en France, avec sa propre troupe composée de cinquante batteurs, en octobre 1986 et participa 3 ans plus tard aux célébrations du Bicentenaire de la Révolution française. Il s’en suit alors une fulgurante ascension dans le monde entier. Très proche du premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor, il composa notamment l’hymne joué lors des défilés civils marquant la fête de l’indépendance du Sénégal (chaque 4 avril).

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain qui continue à faire vibrer notre bicontinent.

Faso Soap

600 000 décès et plus de 200 millions de personnes atteintes : c’est le bilan annuel du paludisme dans le monde. Touchant particulièrement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, cette maladie transmise par les moustiques est la première cause de mortalité en Afrique.

Malgré des années de recherche intensive par les laboratoires pharmaceutiques, aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible. Des traitements antipaludiques existent, mais la maladie est devenue de plus en plus résistante. La principale forme de lutte est alors la prévention, par exemple, en favorisant l’utilisation de moustiquaires, d’insecticides ou de crèmes répulsives. Ces traitements, parfaitement adaptés aux touristes, sont cependant encore trop chers pour la majorité de la population africaine.

En 2012, le burundais Gérard Niyondiko et le burkinabè Moctar Dembélé lancent le projet Faso Soap. Il s’agit d’un savon pour le corps et le linge, dont les principes actifs empêchent la prolifération des larves dans les eaux stagnantes et constituent un répulsif pour les moustiques. Fabriqué à partir de ressources locales, le Faso Soap ne nécessite pas de modifier les habitudes culturelles des familles et ne coûte pas plus cher qu’un savon classique : 300 francs CFA l’unité. Présenté en 2013 à la Global Social Venture Competition, prestigieux concours d’entrepreneuriat social organisé par l’université de Berkeley en association avec l’ESSEC, le Faso Soap gagne le premier prix, le prix du public et obtient plus de 25 000 dollars pour développer le produit. C’est non seulement la première équipe africaine à gagner ce concours, mais aussi la première équipe qui ne soit pas américaine. Une grande réussite pour Gérard Niyondiko, dont la formation a été financée par l’ambassade de France au Burundi.

Depuis, exemple de coopération eurafricaine, c’est grâce à un partenariat avec un laboratoire français de cosmétique que des prototypes ont été développés. Des tests d’efficacité et d’innocuité sont en cours. Installés dans un incubateur d’entreprises à Ouagadougou, les deux jeunes ingénieurs pensent pouvoir commencer la commercialisation du savon début 2016. Eurafrique salue ce projet prometteur pour la prévention du paludisme en Afrique qui n’aurait pu voir le jour sans l’action conjointe d’Européens et d’Africains.

Migrants ? Nos frères !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi, c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

À la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation, il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe.

Le principal problème vis-à-vis de cette situation est la déshumanisation qu’en opèrent les responsables politiques. Oubliant que derrière les chiffres qu’ils nous balancent à longueur de journées, ce sont des vies humaines broyées par la misère, certains responsables politiques nous présentent les migrants comme des personnes souhaitant uniquement venir en Europe pour toucher des prestations sociales et couler un peu plus nos pays. Finalement, ils en reviennent à oublier que ce dont ils parlent, ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté tout ce qu’ils possédaient pour fuir les horreurs que leur pays d’origine subit.

Quelle personne sensée peut décemment penser qu’une personne qui est prête à tout laisser derrière elle, à traverser la Méditerranée en sachant très bien qu’elle a de fortes chances de mourir en mer et à vivre dans des conditions très rudes une fois arrivée en Europe, fait ça pour le simple plaisir de toucher des allocations ? La déshumanisation est telle qu’elle est même présente au niveau sémantique. N’entendons-nous pas certains parler de migrants illégaux ? Comme si une personne pouvait être illégale en raison du simple fait d’être dans un pays. Dans la bouche de ces personnes, les migrants sont finalement réduits à être des choses et non des êtres humains.

Pour résoudre cette crise, ils prônent une répression plus dure encore. À les écouter, il faudrait limite couler les bateaux pour empêcher les migrants d’arriver sur le territoire européen. La répression et la mise en place d’une politique mortifère, voilà ce que nous proposent ces belles âmes. Ils nous expliquent que c’est le seul moyen de faire baisser les flux migratoires. La fin justifiant les moyens, ça ne m’étonnerait pas qu’ils en arrivent à relativiser le naufrage de quelques embarcations de fortune si cela peut permettre de faire un exemple et de dissuader d’autres migrants de tenter leur chance. Je ne pense pas que ce soit une solution acceptable. Les mêmes personnes viendront-elles ensuite nous donner des leçons d’humanisme comme elles ont coutume de le faire ?

Pour ma part, je pense que pour faire baisser le nombre de migrants et en même temps résoudre la crise humanitaire terrible qui frappe ces pays-là, il faut mettre en place une politique de solidarité ambitieuse et permettre aux pays d’origine de ces migrants de se développer. Alors bien sûr, il n’est plus question de parler de colonisation, mais combien d’entreprises occidentales prospèrent sur la misère de ces pays ? Les gouvernants de ces pays sont complètement inféodés aux grandes multinationales et ne se préoccupent guère de mettre en place une politique de développement qui permettrait à leur population de vivre décemment. Mettre en place une réelle politique de coopération eurafricaine, voilà le seul moyen humaniste de faire baisser les flux migratoires et de faire reculer la misère dans ces pays.

À tous ceux qui s’offusquent de l’arrivée des migrants et de les voir tenter par tous les moyens de quitter la misère, j’aimerais rappeler ces mots de l’abbé Pierre : « Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là ? Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous ! Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience. Au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir ».

Puissent ces paroles résonner dans leurs têtes creuses.

Fresques ambulantes au musée

Le car rapide sénégalais, véritable emblème dakarois, sera exposé à partir du mois d’octobre à Paris au sein du nouveau Musée de l’Homme. Ces fourgonnettes aux couleurs bigarrées, décorées à la main et sillonnant les grandes rues de la capitale sénégalaise, sont de véritables emblèmes du quotidien pour des milliers de Sénégalais qui les utilisent chaque jour. Peints et décorés selon un rite très particulier, certains de ces vieux Renault Saviem sont considérés comme des œuvres d’art. Cependant, depuis quelques années, la ville souhaite remplacer ces cars rapides par des bus fabriqués en Inde ou en Chine (et non en Europe, à notre grand regret). À Londres, des bus rouges, à New York, des taxis jaunes, à Paris, des chauffeurs mécontents et à Dakar, ces fourgonnettes colorées. Jugés polluants et dangereux, ces véhicules emblématiques sont amenés à disparaître.

Exporté d’Europe à destination des pays du Sud dans la période d’après-guerre, nous sommes déçus de voir un symbole de coopération eurafricaine disparaître. Comme nous l’évoquions dans l’article Chinafrique ? consacré aux investissement de l’Empire du Milieu en Afrique, il est indispensable d’organiser la coopération économique eurafricaine en favorisant un commerce intra-eurafricain. Nous devons commercer et échanger de façon équitable avec nos voisins du Sud afin de renforcer nos rapports politiques. Ces fresques ambulantes sont à l’image de la situation contemporaine : la fin de la culture et de la relation économique eurafricaine au profit d’une pseudo-modernité mystificatrice d’origine asiatique. Les symboles peints à la main sur ces cars rapides nous rappellent l’histoire et l’identité d’un pays fort au sein de l’Afrique de l’Ouest. Ces étendards nationaux résument l’histoire de cultures souvent obombrées par le monde occidental et qu’il faut magnifier dans une logique de respect culturel mutuel eurafricain.

Eurafrique encourage la culture et les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Je suis personnellement déçu de voir que l’Asie équipera dans les prochaines années le Sénégal ; j’encourage l’Europe à se tourner davantage vers l’Afrique et vice versa ; la coopération politique doit s’appuyer sur la coopération économique.