France

Brazzaville Hardcore

Depuis le début des années 90 émerge au Congo une pléiade d’artistes engagés trouvant dans le rap un nouveau moyen d’expression pour dénoncer les maux politiques et sociaux qui minent Brazzaville. Rapide historique : l’album « Prison » en 1991 est un véritable choc ; quelques années plus tard, en 1996, c’est « Rendez-vous avec l’histoire » qui va cartonner. Cet album, qui se vend à des milliers d’exemplaires, critique la vie politique congolaise et dresse, au travers de titres engagés et décomplexés, le bilan d’une société menacée par les conflits et la guerre civile. Ce rap engagé est le fruit des revendications d’une jeunesse africaine en quête de changement. Souffrant d’un manque de soutien à l’époque, le Centre culturel Français de Brazzaville (aujourd’hui Institut français du Congo), institution de coopération culturelle bilatérale, va être une véritable vitrine de découverte des rappeurs locaux et autres groupes.

En 2015, les jeunes protestent désormais contre la présence de Denis Sassou-Nguesso à la tête de leur pays en rappant dans des clips qu’ils publient sur Internet. 2Mondes, groupe de rappeurs congolais, est à l’origine du mouvement Ras-le-bol, créé pour lutter contre Sassou-Nguesso, aussi surnommé « le cobra », arrivé au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile sanglante et qui depuis, ne veut pas lâcher les rênes du pays. Pour Amnesty International, le bilan est catastrophique : « La liberté d’expression, y compris la liberté de la presse, a fait l’objet de restrictions sévères, notamment au sujet des projets de modification de la Constitution visant à permettre au président Nguesso de briguer un troisième mandat. Des journalistes ont été victimes de manœuvres de harcèlement et d’intimidation de la part de la police et des autorités locales. Craignant pour leur sécurité, les défenseurs des droits humains hésitent à dénoncer les atteintes aux droits humains impliquant des fonctionnaires haut placés », peut-on lire dans un rapport.

Eurafrique encourage les mouvements de protestations et le vecteur culturel comme outil de lutte. Face à une situation qui est monnaie courante en Afrique, à l’heure où la peur de la répression du régime dissuade une large partie de la population d’afficher son mécontentement en République du Congo, saluons le courage de ces jeunes qui s’insurgent et se servent du rap pour distiller leur espoir.

« Brazzaville c’est hardcore

Ici la police te soulève violemment

Pas de changement

On ira tous à leur enterrement

Brazzaville c’est hardcore

Pas de ces jeunes dont on hypothèque les destins

J’ai pas besoin de saint

Mon avenir je le bâtis tout seul »

Flore eurafricaine en danger

Le palmier, symbole des déserts chauds, des côtes et paysages tropicaux. Une des plantes les plus anciennes de notre Histoire : 80 millions d’années. Présent en Afrique, de nombreux fossiles de palmiers furent découverts en Europe, témoignant d’une époque où le climat de notre continent du Nord était tropical. Toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés ; symbolisant l’arbre de vie, la fécondité et le succès, le palmier orne de nombreuses armoiries eurafricaines : la Côte d’Ivoire, Mackenheim en Alsace (France), Saint-Juste-Luzac en Charente-Maritime (France)… Les palmiers sont des plantes parmi les plus utiles dans l’économie agricole des pays des zones tropicales où ils ne sont dépassés en importance que par les graminées. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée. Les fruits, noix de coco ou dattes, font partie depuis des millénaires des aliments de base des populations vivant sous les tropiques. Avec le « bois » des stipes, on fabrique des planchers et des murs, avec les feuilles, on réalise la couverture des maisons.

Elche, ville d’Espagne située dans la province d’Alicante, possède deux patrimoines de l’Humanité reconnus par l’UNESCO : le Misteri d’Elx (représentation théâtrale que l’on donne chaque année depuis le Moyen Âge) et la Palmeraie d’Elche,  plus grande palmeraie d’Europe située le long de la commune. Cette grande étendue de palmiers en plein centre-ville, composée de plus de deux cent mille palmiers, est un symbole historique eurafricain fort : l’on pense que ce sont les Carthaginois qui trouvèrent dans ces terres du Levant espagnol un lieu propice à cette culture. Les Romains, qui vinrent par la suite, surent conserver la palmeraie et en prendre soin. Les Arabes, quand ils occupèrent la péninsule Ibérique, poursuivirent la même tâche de protection et agrandirent la plantation de dattiers. C’est sous Abd al-Rahman, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue (756), qu’un système d’irrigation fut installé. Plus tard, au Moyen Âge, on édicta une série de lois pour protéger la plantation et depuis lors, vigilance et protection n’ont cessé. Déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2000, la palmeraie fait la fierté de cette ville de près de 230 000 habitants.

Depuis 2005, ce symbole eurafricain est en danger : infestés par des larves d’un charançon, les palmiers d’Elche sont gravement menacés. Attaquée par un insecte, le charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, la plante s’assèche, puis s’effondre. En Espagne, des milliers de palmiers sont morts et continuent de mourir, de même qu’en Italie. Arrivé il y a dix ans en France, le charançon rouge est désormais présent sur tout le pourtour méditerranéen et en Bretagne. Rien ne semble pouvoir arrêter sa progression. L’Europe a décrété, en mai 2007, l’obligation de lutter contre cet insecte.

Il est indispensable de protéger les palmiers d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, véritables témoins des liens eurafricains historiques. La flore de notre bicontinent doit être préservée ; fruit de notre Histoire, elle est un symbole puissant d’Eurafrique. Protégeons une partie de notre identité et de notre patrimoine, adoptons le plus rapidement possible au niveau eurafricain les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde des palmiers d’Eurafrique. Pourquoi ne pas mettre en place, dans le cadre d’un service écologique eurafricain, la possibilité pour les jeunes de s’occuper de certaines zones naturelles en danger ? La mer, la forêt, le désert, la montagne… Nous devons aujourd’hui, nous, Eurafricains, nous engager pour défendre notre patrimoine naturelle eurafricain, véritable témoin de l’Histoire de notre bicontinent.

Année étrangère

De l’Europe à l’Afrique. De la France à l’Afrique du Sud. De Paris à Cape Town. De Sciences Po à l’université de Western Cape. Du français à l’afrikaans, l’anglais, le ndebele, le sotho du Sud, le swazi, le tswana, le tsonga, le venda, le xhosa et le zoulou. De la Marseillaise à l’hymne Nkosi Sikelel’ iAfrika, The Call of South Africa. Du métro au minibus. De la conduite à droite à la conduite à gauche. Du pâté-croûte au biltong. Du XV de France aux Springboks.

Il n’y a qu’un pas. « L’année étrangère » est presque devenue un passage obligé au cours des études, un pas de plus vers la maturité. Nous étions des étudiants en échange. Certains n’avaient jamais vu l’Afrique du Sud. Certains avaient habité en Afrique, mais dans d’autres pays. Nous étions intéressés par l’Afrique. Pas seulement l’Afrique des safaris. Nous voulions étudier en anglais dans un environnement qui nous dépayserait, nous pousserait à revoir nos habitudes, à penser autrement, à apprendre à vivre ailleurs.

L’Afrique du Sud était le lieu parfait pour cela. Nous avons découvert la vitesse des minibus, la patience des files d’attente pour s’inscrire aux cours à l’université. Nous avons mangé des braais, du biltong, du rusk et d’autres aliments dont les noms nous échappent. Nous avons écouté Johnny Clegg, l’hymne national sud-africain, les radios locales. Nous avons grimpé en haut de Lion’s Head et de Table Mountain. Nous avons volé jusqu’à Johannesburg, Pretoria, Durban, Port Elizabeth. Nous avons conduit à travers les provinces, du Limpopo au Gauteng, parfois jusqu’en Namibie ou au Lesotho. Nous avons entendu parler plusieurs langues. Nous avons été frappés par la beauté des paysages, par les contrastes de la ville, par ses couleurs. Nous avons essayé de capturer les instants dans des photos dont la lumière ne sera jamais aussi vive que celle que nous avions sous les yeux.

Nous avons étudié l’Histoire, nous avons ressenti son poids au quotidien. Nous avons rédigé des essays en anglais dans le style anglo-saxon. Nous nous sommes adaptés, ou du moins nous avons essayé de le faire. Nous avons découvert un peu la littérature sud-africaine. Parmi de nombreuses œuvres, Cry, the Beloved Country (Alan Platon, 1948) a retenu notre attention. Nous avons (quand même) rencontré quelques animaux sur la route des parcs nationaux. Éléphants, zèbres, singes, girafes, phacochères. Nous avons regardé la mer. Nous avons parcouru des kilomètres d’ailleurs. Des routes bordées de traces de peines, de joies, de rires et de doutes.

Nous avons rencontré des Sud-africains, des Blacks, des Coloured, des Whites. Nous avons lié des connaissances, des amitiés, des amours. Nous avons partagé leurs vies, leurs maisons et leurs discussions. Nous ne nous perdions pas à l’université lorsque l’un d’eux était là pour nous indiquer le chemin. Ils nous ont aidé, ils nous ont appris. Nous avons entendu les conflits. Le bruit encore assourdissant du racisme. Les années qui n’ont pas effacé les souvenirs brûlants de l’apartheid. Nous avons aimé l’Afrique du Sud malgré tout ce qu’elle nous a fait laisser derrière nous le temps d’une année : une famille, une adresse, un confort, des habitudes. Peut-être l’avons nous aussi parfois aimée pour ça, pour ce qu’elle nous a forcé à repenser. La vie, le bonheur, les autres.

Après une année comme celle-ci, nous serons heureux de revoir nos proches, mais tristes de quitter ce pays arc-en-ciel, indécis entre la pluie et le beau temps. Nous serons plus ouverts, plus matures, plus tolérant sans doute. À notre retour, rien n’aura vraiment changé et pourtant tout sera différent. Notre « année étrangère » aura été l’expérience de notre vie, celle qui donne envie de parcourir le monde de long en large, celle qui pousse à se chercher soi-même, à se perdre et parfois à se découvrir.

Eurespace

À la lecture de différents articles relatifs à la corrélation progrès économique, scientifique et agricole / conquête spatiale, je pense qu’il doit être mise en place le plus rapidement possible une agence spatiale eurafricaine, véritable « outil de développement » bénéficiant aux Eurafricains. L’Europe et l’Afrique doivent mutualiser leurs ressources (cette opération aurait un certain coût) afin de développer en Eurafrique « Eurespace », agence spatiale qui permettrait au bicontinent de se hisser au rang de leader en la matière et aux pays moins développés (européens ou africains) d’en bénéficier. Permettant la formation de nombreux chercheurs et dynamisant ainsi la recherche scientifique, un véritable Baïkonour eurafricain doit voir le jour afin de fédérer les pays européens et africains autour d’un enjeu du futur, celui de la conquête spatiale.

Au moment de la création de l’Agence spatiale européenne (ESA), il y eut beaucoup de difficultés. Aujourd’hui, drivée par la France et l’Allemagne, cette entreprise est en partie financée par les autres pays européens. Des nations comme le Kenya n’ont pas de satellites, mais excellent dans le domaine des télécoms. Elles peuvent donc apporter leurs compétences. L’Algérie bénéficie de moyens considérables en termes de télédétection satellitaire. C’est un atout dont pas mal de pays pourraient également profiter. Il serait bon de mettre en commun nos ressources en la matière afin d’en faire bénéficier à un maximum d’Eurafricains. Chacun y consacrerait une part de son budget, une véritable politique spatiale commune. Il faudrait d’abord se concentrer sur des applications satellitaires propres au développement : assurer la sécurité intérieure, extérieure et alimentaire ; garantir des conditions de vie décentes en termes de santé et d’éducation ou encore favoriser le développement économique. Nous pourrions ensuite envoyer des Eurafricains dans l’espace.

Eurespace doit faire d’Eurafrique la plus grande puissance spatiale.

Canal de Suez : soumission des élites égyptiennes

Jeudi dernier, le président égyptien Abdel Fattah Saïd Hussein Khalil al-Sissi a inauguré en grande pompe le « nouveau canal de Suez ». François Hollande était l’invité d’honneur de cette grand-messe à la gloire du président égyptien. Dans la foulée, l’Égypte annonçait se positionner pour racheter un des deux porte-hélicoptères Mistral que la France n’a pas livré à la Russie. Certains y verront sans doute un simple concours de circonstances mais comment ne pas y voir un échange de bons procédés entre deux « amis » du type : je viens t’aider à avoir le soutien populaire et tu me sors du bourbier dans lequel je me suis mis.

La présence de François Hollande à cette inauguration du « nouveau canal de Suez » nous apprend deux choses principales à mon sens. Avant d’être politique, le symbole est surtout historique pour l’Égypte et les égyptiens. Près de 60 ans après la crise de Suez, cette présence, quasi-vitale pour al-Sissi, de la France lors de l’inauguration tranche avec la présence violente des troupes françaises sur les bords du canal en novembre 1956. Le symbole est aussi politique : aller parader pour al-Sissi revient de facto à accepter encore une fois le coup d’État perpétré par l’armée égyptienne au détriment de Mohamed Morsi et des Frères musulmans.

Comme je l’écris plus haut, la portée historique du symbole constitué par la présence de François Hollande au moment de cette inauguration est plus qu’importante. Finalement, ce deuxième canal, financé à plus de 80 % par le peuple égyptien, n’est qu’un instrument pour asseoir le côté pharaon d’al-Sissi. C’est surtout pour laisser son nom dans les livres d’histoire et pour parader aux côtés de Hollande que le président égyptien a fait construire ce deuxième canal. Ce n’est, d’ailleurs, pas le peuple égyptien qui profitera en premier lieu de la manne financière générée par ce deuxième canal. Est-ce, en effet, un hasard si c’est en marge de cette inauguration que l’Égypte s’est déclarée prête à acquérir un Mistral ? Dans un pays qui a vu ses recettes touristiques drastiquement baisser depuis la destitution de l’ancien président Hosni Moubarak, dans un pays qui est rongé par la pauvreté, il semble plus important de mettre en œuvre des projets pharaoniques que de nourrir sa population.

Ancien symbole de résistance, le canal de Suez n’est aujourd’hui plus que l’illustration d’une soumission totale des élites égyptiennes. Lors de la crise de Suez en 1956, Nasser en avait profité pour affirmer une position forte de l’Égypte, ralliant même à sa cause les États-Unis et l’URSS (ce qui n’était pas une mince affaire en pleine guerre froide). Désormais, les élites au pouvoir sont totalement soumises aux élites occidentales (d’aucuns vont même jusqu’à affirmer que la plupart des présidents des pays arabes ne seraient que des pantins). Pourquoi sont-elles soumises me direz-vous ? C’est assez simple, ce sont les États-Unis qui payent l’armée égyptienne pour commencer. Ensuite, comment ne pas être soumis quand l’on sait qu’on est au pouvoir grâce au bon vouloir des dirigeants occidentaux et quand l’on sait que notre arrivée illégitime au pouvoir a été légitimé par eux ?

3 juillet 2013, l’armée égyptienne menée par al-Sissi renverse le président issu du mouvement des Frères musulmans. Dans les jours qui ont suivi ce coup d’État, nous avons eu droit à des réactions pour le moins farfelues chez nous. Certains sont même allés jusqu’à qualifier ce coup d’État de démocratique (on n’est plus à une absurdité près n’est-ce pas ?). Pour étayer leurs propos ces personnes ont mis en avant les manifestations importantes qui réclamaient le départ du président Morsi. Depuis quand des manifestations, même gigantesques, donnent le droit de faire un coup d’État ? Morsi a été élu avec un peu plus de 51 % des suffrages, il y avait donc une bonne part de la population qui ne voulait pas de lui comme président, ce n’est pas pour autant une raison de l’évincer. Hollande a-t-il été obligé de partir lors des manifestations contre le mariage homosexuel ? Il ne me semble pas, à moins que ma mémoire ne me fasse défaut. Les pays occidentaux auraient sûrement préféré une victoire du candidat du sérail. Nombre d’observateurs politiques ont, effectivement, parlé d’automne islamiste au moment des élections, histoire d’opposer le Printemps arabe auquel ils adhéraient aux choix effectués par les peuples arabes qu’ils réprouvaient.

En réalité, les pays occidentaux ne veulent pas de la démocratie dans les pays arabes. Ils s’accommodent très bien de régimes autocratiques tant que ceux-ci ne gênent pas leurs intérêts dans ces pays. La vague d’indignation que l’on a vu poindre en Occident après les différentes victoires de partis dits « islamistes » dans les pays arabes le montrent bien. Grands défenseurs de la démocratie dans la théorie, les pays occidentaux sont prêts à toutes les manœuvres possibles pour discréditer les partis qui les dérangent. Il n’y a qu’à voir les campagnes médiatiques contre Ennahda ou contre Abdel-Ilah Benkiran, chef du gouvernement marocain. Quant aux Frères musulmans, ils sont abandonnés à leur sort après le coup d’État soutenu par les différents pays occidentaux. Les condamnations à mort et les exécutions pleuvent sans que ça n’émeuve grand monde de l’autre côté de la Méditerranée. La démocratie oui, mais si vous votez pour ceux que nous voulons, voici le véritable credo des pays occidentaux vis-à-vis des peuples arabes.

Il ne faut pas croire que cette vision machiavélique est née avec les révolutions arabes. Déjà en 1991, les pays occidentaux avaient fermé les yeux sur un déni de démocratie dans le monde arabe : l’armée algérienne avait alors annulé les élections après que le FIS (Front islamique du Salut) soit arrivé en tête au premier tour. En fermant les yeux sur cette pratique violente et ô combien antidémocratique, l’Occident s’est rendu complice d’une guerre civile qui coûta la vie à environ 100 000 Algériens et qui aboutit à une barbarie sans nom (faut-il rappeler ici les têtes décapitées et remises dans des couffins aux mères, aux filles et aux femmes des victimes ?). Décidément, l’Occident n’aime pas la démocratie malgré tout ce que l’on peut entendre. Il serait temps, dans une optique eurafricaine, d’accepter le processus démocratique des pays aujourd’hui en pleine mutation.

Lutte féministe

Au Sénégal, une femme ne peut se permettre de pratiquer un sport « masculin » ; c’est très mal vu, parfois interdit.

– « Quand on parle de lutte on pense aussitôt à l’homme. C’est un sport inapproprié pour la femme. Il n’y a vraiment aucun lien. Seulement, nous sommes dans une société où on voit beaucoup de choses. On s’achemine tout droit vers la dérive. Si on devait fouetter ces femmes qui font la lutte, tout cela allait disparaître. La femme n’a pas le droit de pratiquer un sport comme la lutte car, tout son corps est exposé au regard des autres. Alors que cela est interdit par la religion musulmane. Je considère cela comme un péché, ni plus ni moins. »

– « C’est une pratique malsaine. Je ne laisserai jamais ma fille faire ça. Il en est hors de question. Nous sommes dans une société conservatrice qui condamne ces genres de pratiques et puis, nous sommes dans un pays composé à majorité de musulmans. On ne devait même pas permettre ces choses dans notre cher pays le Sénégal qui a longtemps valorisé l’image de la femme. »

– « En tant que femme, je condamne cette pratique ; personnellement, je trouve que ce n’est pas bien pour l’image de la femme. La femme sénégalaise est connue pour sa pudeur. On doit pouvoir sauvegarder cette belle image qui fait notre charme. Ce n’est pas bien d’exposer son corps à des fins financières. L’argent a gâté notre société. »

Pensionnaires du Centre international de Thiès, où est regroupée l’élite du continent, à une heure de route de Dakar, les meilleures lutteuses sénégalaises s’entraînent malgré la chaleur tous les jours, répétant les mêmes gestes et préparant leur corps aux championnats du monde qui auront lieu en septembre à Las Vegas. Au Sénégal, la lutte traditionnelle est sport national, loin devant le football. Très présent dans les régions du Sine-Saloum et de la Casamance, ce sport est un événement, un marqueur identitaire fort puisque chaque combat est précédé d’une préparation particulière, mystique et traditionnelle, un « haka sénégalais » où les lutteurs, portant un costume traditionnel, dansent parfois plusieurs heures en invoquant les dieux. Les règles sont simples : il faut projeter son adversaire au sol. Du fait de la tradition et de la religion, les femmes ne peuvent se dévêtir et n’ont pas accès à ce sport. C’est une situation révélatrice de certains tabous traditionnels (en général religieux) qui persistent au Sénégal. Je pense que l’existence de tabous ou de traditions est bénéfique à une population, lui permettant de se structurer, de se repérer et de se projeter vers l’avenir cependant, je pense qu’il ne faut en aucun cas encourager un machisme camouflé. Alors qu’en France, les femmes gagnent pour un même travail en moyenne 25 % de moins que les hommes et que moins de 30 % seulement de nos parlementaires sont des femmes, il est important d’initier en Eurafrique une politique féministe émancipatrice et respectueuse des traditions. Le féminisme ne doit pas être aveugle ou provocateur ; il doit s’émanciper des archaïsmes politico-religieux tout en sanctifiant les identités locales.

Le sport doit être une dynamique unificatrice, un vecteur du Changement eurafricain bénéfique aux hommes et femmes du bicontinent. Oui à un féminisme respectueux des traditions locales, non à un « tout foutre en l’air » réducteur et aveugle. Oui à cet équilibre des traditions et de l’émancipation, oui à Eurafrique. Oui à la lutte féministe sénégalaise.

Burkina : un exemple démocratique

Le Burkina Faso ou « Pays des hommes intègres » doit être un exemple démocratique. Michel Kafando, président de transition depuis le 21 novembre 2014 et la chute de Blaise Compaoré, devra céder le pouvoir à un président élu lors de la prochaine élection présidentielle burkinabaise prévue le 11 octobre 2015. Reçu au mois de juin à l’Élysée par François Hollande, Michel Kafando a salué le « soutien » de Paris « dans cette période décisive ». Pour François Hollande, la France doit tout mettre en œuvre pour assurer le bon déroulement du processus conduit « jusqu’aux élections qui doivent être transparentes et incontestables ».

À l’heure où les Est-Africains doivent faire face à une grave crise politique qui menace le Burundi, depuis l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel, le Burkina Faso à l’Ouest doit tout faire pour garantir le respect du processus constitutionnel et des élections organisées en toute transparence. Le Burkina Faso doit être un exemple politique et historique pour l’Eurafrique. « Si nous sommes aux côtés du Burkina Faso, c’est que nous voulons aussi qu’il ait valeur d’exemple » a estimé François Hollande.

Eurafrique doit être un espace politique de coopération et de respect des opinions démocratiques. J’encourage le travail qui pourrait être mené entre les gouvernements européens et africains afin de garantir une vie politique pacifiée et respectueuse du choix des peuples. Les pays européens ne doivent pas s’immiscer dans les choix politiques des pays d’Afrique cependant, ils peuvent apporter l’aide nécessaire au bon déroulement des événements politiques.

Ghana : les hôpitaux en grève

Réclamant une revalorisation de leurs primes de fonction et un meilleur accès à la formation, les médecins hospitaliers ghanéens sont en grève depuis une semaine. Les responsables syndicaux ont annoncé que la semaine dernière, environ 2 800 médecins du secteur public avaient limité leurs consultations ; aujourd’hui, tous ont cessé leur travail en service d’urgences. Pour Justice Yankson, président de l’Association Médicale du Ghana (GMA), il n’est pas question de retourner au travail pour l’instant : les médecins réclament des indemnités de logement, de carburant, des voitures de fonction pour les plus anciens, des heures supplémentaires revalorisées, un accès gratuit à une formation médicale supérieure, de meilleures retraites et une couverture maladie à l’étranger pour certains soins non assurés au Ghana. Pour le porte-parole du Congrès démocratique nationale (NDC), le parti au pouvoir, le président John Dramani Mahama « ne se laissera pas intimider par des docteurs grévistes en leur versant de l’argent non budgété qui risquerait d’affaiblir l’économie ». Alors qu’il n’y a pas encore eu de date limite au mouvement de grève, les hôpitaux font appel à des médecins débutants non-grévistes et à des médecins à la retraite pour pallier le manque d’effectifs. Le gouvernement a pour sa part déclaré qu’il avait mis en place des plans d’urgence, y compris l’appel au privé. Les médecins ont menacé de renvoyer tous les patients et de démissionner en masse si le conflit n’est pas résolu au 13 août.

Au Ghana, les habitants bénéficient d’une couverture maladie gratuite dans les établissements publics. Comme en France, l’accès à la santé doit être un droit fondamental. J’avais, dans le cadre des dernières élections européennes, parlé de la mise en place d’une Sécurité sociale européenne. J’espère de tout mon cœur qu’un jour, nous assisterons à la mise en place d’une Sécurité sociale eurafricaine et d’ici là, encourage à la création (ce dont nous avions parlé dans l’article Ellis Island eurafricain) d’un organisme militaire / sanitaire permettant à court et moyen terme, la prise en charge des populations les plus pauvres. En cas de pénurie de médecins ou d’armée, en Europe ou en Afrique, l’Agence eurafricaine (organisme militaire / sanitaire) doit être en mesure de pouvoir agir sur le bicontinent.

Les Eurafricains ne doivent en aucun cas pâtir des tensions politiques et syndicales locales et c’est la raison pour laquelle, l’Agence eurafricaine doit être mise en place le plus rapidement possible.

Kiripi Katembo

Kiripi Katembo Siku, photographe congolais (République démocratique du Congo) célèbre pour ses photos montrant des scènes de vie urbaines reflétées dans des flaques d’eau, est décédé mercredi à l’âge de 36 ans, emporté en quelques jours par une malaria cérébrale, à Kinshasa. Ayant exposé ses œuvres à la Biennale de Venise, à la Berlinale, aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako, aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles ou au Festival d’Avignon, dont il avait réalisé l’affiche pour la soixante-septième édition, la disparition du photographe-poète provoqua un véritable séisme au sein de la communauté des artistes de Kinshasa.

Celui qui a joué un grand rôle dans l’organisation de la première biennale culturelle de Kinshasa, Yango, où ont été exposées ses fameuses photos dressant un portrait de Kinshasa, utilisant les flaques d’eau qui parsèment les chaussées défoncées de la ville comme des miroirs, est aujourd’hui exposé à La Fondation Cartier pour l’art contemporain (à lire à ce sujet notre article CONGO KITOKO). Nous permettant de découvrir une nouvelle République démocratique du Congo, théâtre d’une grande vitalité culturelle, l’artiste faisait partie de la génération montante des photographes issus du continent. Né à Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) en 1979, d’abord attiré par la peinture, il se tourne vers la photographie et la vidéo à 27 ans. C’est sa série « Un regard », réalisée en 2009, qui va le faire connaître. Le thème de la mutation urbaine lui était cher. Kinshasa mais aussi Brazzaville ou la ville d’Ostende en Belgique n’échappaient pas à son objectif.

Saluons la mémoire de cet artiste eurafricain engagé qui permit à beaucoup de découvrir la dynamique artistique congolaise et les mutations politiques d’un pays qu’il se plaisait à « raconter en image ».

Axe eurafricain

Au Cameroun, chacun suspecte désormais son voisin : « Ce sont des gens comme vous et moi, ça peut être un chauffeur de taxi ou un passant, et il est quasiment impossible de les repérer » soulignait récemment un officier camerounais. Boko Haram, mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, originaire du nord-est du Nigeria, prenant également le nom d’État islamique en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui aux portes des grandes villes camerounaises. En juillet, une vague d’attentats-suicides fait plus de 40 morts au nord du pays. Initialement postés à la frontière nigériane, les terroristes n’hésitent plus à se fondre parmi les civils pour mener des attentats brutaux. Les gares routières à destination des grandes villes comme Yaoundé et Douala sont particulièrement surveillées et les voyageurs systématiquement fouillés au moment d’entrer dans les bus.

Les habitants de l’Extrême-Nord vivent dans la psychose ; plusieurs attaques ont eu lieu entre lundi et mardi : deux dans la localité de Tchakamari, et une autre dans le village de Kangaléré. Au total, les assaillants ont tué 8 personnes. Un bilan qui a été confirmé mercredi 5 août dans la soirée, de source officielle camerounaise. Beaucoup de familles s’interrogent quant à leur sécurité et certaines n’inscriront pas leurs enfants à l’école en septembre, de peur que, Boko Haram luttant contre les écoles occidentales, les terroristes commettent des attentats ou des enlèvements. Les dénonciations, encouragées par les autorités, se multiplient. Selon plusieurs sources, des sympathisants et membres de Boko Haram ont infiltré la ville depuis des mois et fournissent des renseignements à leurs chefs.

Les terroristes islamistes font aujourd’hui la guerre à ceux qu’ils jugent « infidèles ». Progressant en Afrique de l’Ouest, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, l’axe eurafricain doit devenir un espace de collaboration militaire luttant contre les takfiristes (extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente). Depuis la France, en passant par l’Algérie puis vers le Cameroun, une armée eurafricaine (dont nous parlions plus tôt dans un article consacré aux migrants bravant la Méditerranée pour fuir les conflits locaux) doit être mise en place afin de garantir la sécurité aux Eurafricains. La seule lutte contre le terrorisme islamiste ne résoudra pas à long terme la crise existant dans les sociétés arabo-musulmanes aujourd’hui confrontées à ces vagues de terreur, ou le manque de repères dont souffrent aujourd’hui beaucoup d’Européens musulmans. Un projet fédérateur doit nous unir. Je propose Eurafrique qui, à moyen et long terme nous permettra de dépasser les bravades nationalistes au profit d’un projet d’union bicontinentale. Promouvons le sentiment d’union des origines, ce sentiment eurafricain. Ensemble, Africains et Européens, emportons le monde vers un projet de réconciliation et de partage culturel. Nous sommes frères, alors avançons.