Nicolas Sarkozy

Engagement tunisien

La France s’est toujours rangée du côté de la Tunisie, mon pays, notamment lors des attentats du Bardo, de Sousse et plus récemment, celui du 24 novembre perpétré contre la sécurité présidentielle. C’est donc avec une profonde tristesse que nous exprimons notre solidarité à la France. Nous condamnons énergiquement les actes barbares qui l’ont endeuillée.

Je repense sans cesse à ces jeunes qui se sont égarés sur des chemins qui les éloignent de la société, particulièrement celle de leur pays, la France, ainsi trahie par les siens. Au-delà de l’horreur, il y a lieu de s’interroger sur les failles et les défaillances de l’État envers ces Français. De ce fait, le processus d’intégration était-il adapté ? Comment inculquer à ces jeunes leurs droits et devoirs de citoyens ? Faut-il redéfinir la laïcité, socle de la République française ? Toutes ces questions attendent des réponses urgentes et convaincantes.

Nous autres non plus n’étions guère habitués à tant de secousses sous le régime de Ben Ali, régime totalitaire dirigé d’une main de fer où « liberté d’expression » n’existait que dans le dictionnaire. Pourtant, la Tunisie avait connu ses heures de gloire. J’aimais écouter mon grand-père maternel, cofondateur du CNOT (Comité national olympique tunisien) et médaillé olympique, me parler de son passé de militant avant l’indépendance tunisienne, puis de cette génération de citoyens éclairés à la base d’un Code du statut personnel (unique dans le monde arabe) en faveur des femmes, interdisant la polygamie et la répudiation, consacrant le droit à l’IVG, l’enseignement obligatoire et gratuit, la santé pour tous… Telles sont les réalisations tunisiennes contre la misère et l’obscurantisme ; mon grand-père me disait sans cesse que le jour où la Tunisie bougera, le monde arabe sortira de sa torpeur.

Et ce jour arriva. Du 17 décembre 2010, début des émeutes, jusqu’au 14 janvier 2011 sans relâche, j’étais dans la rue avec des milliers de Tunisiens à crier « Dégage ! » à Ben Ali, célèbre slogan depuis repris par les autres soulèvements arabes. Sous l’emprise de cette extase appelée « liberté d’expression », on ne voyait pas le revers de la médaille, nous étions heureux. Les médias internationaux ont vanté notre courage et appelé notre insurrection « Révolution du Jasmin », fleur symbolique et très parfumée. Malheureusement, cette odeur a tourné rapidement en odeur de sang et de terreur en Égypte, en Syrie qui paie le tribut le plus lourd, en Irak encore une fois, et, malheureusement par la faute impardonnable de Nicolas Sarkozy, en Libye. Au bout de quatre ans, le monstre nommé terrorisme a grandi, il est devenu international, sans frontières, sans limites dans la barbarie. Mobilisons-nous partout où celui-ci frappe. Dénonçons ensemble tous les criminels et leurs complices, sans verser dans l’amalgame injuste et contre-productif. La France, pays des Lumières, doit continuer d’éclairer le monde. Je vis en France depuis quatre ans et je me suis intégrée à ses valeurs.

Nous veillerons à ce que la trilogie qui lui sert de devise, Liberté, Égalité, Fraternité, reste de vigueur. Vive la Tunisie ! Vive la France !

Migrants ? Nos frères !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi, c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

À la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation, il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe.

Le principal problème vis-à-vis de cette situation est la déshumanisation qu’en opèrent les responsables politiques. Oubliant que derrière les chiffres qu’ils nous balancent à longueur de journées, ce sont des vies humaines broyées par la misère, certains responsables politiques nous présentent les migrants comme des personnes souhaitant uniquement venir en Europe pour toucher des prestations sociales et couler un peu plus nos pays. Finalement, ils en reviennent à oublier que ce dont ils parlent, ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté tout ce qu’ils possédaient pour fuir les horreurs que leur pays d’origine subit.

Quelle personne sensée peut décemment penser qu’une personne qui est prête à tout laisser derrière elle, à traverser la Méditerranée en sachant très bien qu’elle a de fortes chances de mourir en mer et à vivre dans des conditions très rudes une fois arrivée en Europe, fait ça pour le simple plaisir de toucher des allocations ? La déshumanisation est telle qu’elle est même présente au niveau sémantique. N’entendons-nous pas certains parler de migrants illégaux ? Comme si une personne pouvait être illégale en raison du simple fait d’être dans un pays. Dans la bouche de ces personnes, les migrants sont finalement réduits à être des choses et non des êtres humains.

Pour résoudre cette crise, ils prônent une répression plus dure encore. À les écouter, il faudrait limite couler les bateaux pour empêcher les migrants d’arriver sur le territoire européen. La répression et la mise en place d’une politique mortifère, voilà ce que nous proposent ces belles âmes. Ils nous expliquent que c’est le seul moyen de faire baisser les flux migratoires. La fin justifiant les moyens, ça ne m’étonnerait pas qu’ils en arrivent à relativiser le naufrage de quelques embarcations de fortune si cela peut permettre de faire un exemple et de dissuader d’autres migrants de tenter leur chance. Je ne pense pas que ce soit une solution acceptable. Les mêmes personnes viendront-elles ensuite nous donner des leçons d’humanisme comme elles ont coutume de le faire ?

Pour ma part, je pense que pour faire baisser le nombre de migrants et en même temps résoudre la crise humanitaire terrible qui frappe ces pays-là, il faut mettre en place une politique de solidarité ambitieuse et permettre aux pays d’origine de ces migrants de se développer. Alors bien sûr, il n’est plus question de parler de colonisation, mais combien d’entreprises occidentales prospèrent sur la misère de ces pays ? Les gouvernants de ces pays sont complètement inféodés aux grandes multinationales et ne se préoccupent guère de mettre en place une politique de développement qui permettrait à leur population de vivre décemment. Mettre en place une réelle politique de coopération eurafricaine, voilà le seul moyen humaniste de faire baisser les flux migratoires et de faire reculer la misère dans ces pays.

À tous ceux qui s’offusquent de l’arrivée des migrants et de les voir tenter par tous les moyens de quitter la misère, j’aimerais rappeler ces mots de l’abbé Pierre : « Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là ? Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous ! Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience. Au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir ».

Puissent ces paroles résonner dans leurs têtes creuses.