numérique

Bénin numérique

Boni Yayi, président de la République du Bénin, a procédé jeudi 26 novembre au lancement du réseau 4G LTE. Le pays passe à la vitesse supérieure après avoir expérimenté la 3G pendant trois ans, à travers les opérateurs de téléphonie mobile MTN et Moov. Après le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Bénin sera le quatrième pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à adopter cette technologie. Grâce à ce réseau 4G, le Bénin n’aura plus besoin de se faire du souci quant à la qualité de la connexion Internet. Autre nouveauté, Yayi Boni compte instaurer avec la 4G une e-gouvernance et des conseils des ministres en live. Rappelons qu’en 2013, le Bénin se classait avant-dernier en ce qui concerne  la vitesse d’Internet sur le continent africain, juste devant la République démocratique du Congo. Eurafrique espère que tous les pays africains pourront bientôt se targuer d’avoir une connexion aussi rapide que celle des pays européens.

MOOC eurafricain

Beaucoup de jeunes Africains sont aujourd’hui connectés et souhaitent travailler avec l’outil numérique. Grâce aux formations en ligne ouvertes à tous, les MOOC, de nombreux internautes peuvent désormais s’instruire et apprendre les techniques nécessaires à la pratique d’un métier. Les participants aux cours, souvent nombreux (dans le monde anglophone, il peut arriver que plus de 100 000 personnes soient réunies pour un cours), sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par Internet. Afrique Innovations a pour but de former les étudiants africains au journalisme numérique et à la programmation. Lancé début 2015, le projet veut « former les futurs leaders d’opinion » avec des événements, des ateliers et, à partir du lundi 20 juillet, un MOOC gratuit qui sera animé pendant douze semaines par des journalistes et quelques développeurs. Le projet souhaite donner aux journalistes africains en formation la technique nécessaire pour produire et diffuser de l’information ; depuis le 20 juillet, plus de 2 000 personnes ont choisi de suivre les cours en ligne.

Je félicite cette initiative numérique qui permet à un maximum d’étudiants ou de professionnels d’apprendre ou de se perfectionner dans la pratique du journalisme et de la programmation. Il est indispensable de promouvoir ces initiatives qui permettent à beaucoup de s’instruire et d’obtenir les outils nécessaires à la pratique d’un métier. Eurafrique encourage le partage des techniques. À l’heure où beaucoup d’Eurafricains ont accès à Internet mais ne peuvent (pour des raisons géographiques, financières, médicales…) poursuivre une formation traditionnelle, saluons ce précieux outil et encourageons son développement.

Nairobi X

Le monde va-t-il être sauvé à Nairobi ? Face à une invasion d’extraterrestres, il faut agir et se battre ! Voici le scénario de Nairobi X, premier jeu vidéo en 3D conçu par un studio africain. Créé par le studio kényan Black Division Games, le jeu vidéo cartonne actuellement en Afrique de l’Est. Le décor : la célèbre tour du centre de conférence international Kenyatta ; le bâtiment, à la forme de soucoupe volante, est pris d’assaut par les extraterrestres débarqués en nombre d’un vortex verdâtre trouant le ciel africain : « Soldat, votre mission est simple : défendez Nairobi… avant qu’il ne soit trop tard ».

Dès le lancement, au mois de juin, le succès est immédiat et le hashtag #defendkenya devient viral. À la mi-juillet, on dénombrait déjà plus de 21 000 téléchargements sur mobile. « Ça dépasse les frontières du Kenya : Tanzanie, Ouganda, Éthiopie… et même Soudan du Sud ! », s’étonne Andrew Kaggia, 27 ans, jeune développeur natif de Nairobi à l’origine du projet. Il raconte : « Depuis des années, je jouais sur ma console à tuer des aliens dans les rues et sur les toits de Los Angeles et New York. Et puis un jour, je me suis dit : pourquoi est-ce que les aliens débarquent toujours aux États-Unis ? Pourquoi est-ce que leurs vaisseaux ne se posent jamais en Afrique ? C’est bizarre, tout de même, vous ne trouvez pas ? ».

Voici un événement révélateur de la dynamique numérique qui bouleverse aujourd’hui le continent africain. Pâtissant d’un IDH (indice de développement humain) relativement bas (un des plus bas), le Kenya vient cependant de créer le premier jeu vidéo africain. Eurafrique souhaite que le développement du numérique en Afrique s’accompagne d’une hausse des IDH des nations africaines. Nous ne souhaitons pas que l’Afrique et l’Europe deviennent des continents numériquement riches et humainement (agriculture, politique, conditions sanitaires…) pauvres. Les deux dynamiques doivent se corroborer et Eurafrique est là pour combler les carences potentielles d’un continent ou d’un autre.

Concert italo-éthiopien

Je suis à Addis-Abeba, Abdel m’a accompagné, il n’aurait pas raté ce concert. Avec ça, il s’assure un bon exemple pour son mémoire. Le concert est à côté de Gabon Street, ça tombe bien, j’ai un ami qui vit pas loin, il vient d’emménager dans une tour végétale de plantes succulentes, au dernier étage. On dirait un cactus géant. Nous nous étions rencontrés à une conférence sur la décroissance en tant que forme de rébellion d’une jeunesse eurafricaine nouvelle. Au début, je pensais que c’était des conneries, mais ce n’était pas si mal… le maître de conférence était canon, un peu la même tête que Noam Chomsky à quarante ans. Bien mon type de mec.

Bref, Abdel achète une barquette de mesir wat dans un boui-boui crasseux, je le regarde avec une tête dégoûtée, le ragoût de lentilles ce n’est pas trop mon dada, et me contente d’un jus de bissap. Il y a beaucoup de jeunes. Abdel joue des coudes pour gratter quelques places, on en a pour plus de deux heures de queue, au milieu de ces gens bigarrés. Un patchwork de couleurs, de populations… pourtant, impossible de savoir d’où viennent ces gens, où ils sont nés, comment ils se sont retrouvés là, ce soir.

Et il est rediffusé en Italie le concert ?

En gros, t’as des artistes qui jouent ici, devant nous, et sur un écran géant, t’es connecté avec des artistes à Trieste, Naples et Rome, et tu peux même voir le public, là-bas…

Attends, je te suis plus Abdel…

C’est la chaleur qui t’as liquéfié les neurones ?

Il n’a pas tort. Les tempes trempées, je ne prends même plus la peine d’essuyer la sueur qui me dégouline le long des oreilles. Il prend quand même le temps de m’expliquer. Je dois lui faire pitié, avec mon air de zombie passé au micro-onde.

Là, ce soir, on va voir un groupe jouer, et derrière eux, sur trois écrans géants, on sera connectés avec d’autres groupes, qui font des concerts à Trieste, Naples et Rome… Du coup, ils jouent ensemble, sans être physiquement au même endroit… T’as pris des billets pour un concert sans te renseigner ?

L’argent est reversé pour financer des machines à dessaler l’eau de mer… C’est pour ça que je suis venue à la base…

Mouais, ça sert à rien ces trucs, je suis désolé…

Quand il prend son air suffisant, j’ai envie de le frapper, de lui casser ses petites lunettes rondes. Je me demande ce que ma grand-mère, Carmen, aurait pensé de nous, si elle nous avait vu. On ne fume plus de tabac, on ne se drogue plus, on écoute de la musique qui sort d’instruments acoustiques et numériques, on arrange nous mêmes nos vêtements, qu’on chine dans des bazars… Si loin de sa jeunesse désabusée, dans les années 2010, où ça rêvait de changer le monde en fumant des joints, où ça parlait d’anticonsumérisme autour d’un Starbucks. C’est fou comme le monde a changé en si peu de temps…

Abdel trépigne. Un concert en plein air, connecté à l’Italie… ça fait rêver. Si mon ami ne répond pas, on pourra très bien aller se baigner dans la rivière Bulbula, qui traverse la ville, pour se rafraîchir. J’avais repéré un petit coin, la dernière fois que je suis venue à Addis-Abeba, avec des hamacs, sous les arbres. Depuis qu’ils ont reboisé le pays, avec plus de dix-sept millions d’arbres replantés, c’est un paradis. Les animaux sont revenus, l’écho-système a retrouvé sa densité et sa diversité, et nous, on peut se mettre à l’ombre et construire des cabanes pour dormir au bord de l’eau, avec des branches, des feuilles et des vieilles souches, bercés par le chant des oiseaux et le vrombissement des insectes. Un rêve.

Les grilles du parc s’ouvrent. En rang, comme de bons petits soldats, notre armée dansante s’engouffre, au compte-gouttes, le temps de contrôler les billets de chacun. J’aperçois la scène, les musiciens et derrière eux, les trois écrans géants. Abdel attrape ma main, je sens une pression. Quand il considère qu’il vit un instant important, il aime bien théâtraliser. Ce geste, c’est une manière de me dire « ce qu’il nous arrive est précieux ». C’est vrai, c’est la première fois qu’ils font ça… Un concert eurafricain, bicontinental. Ça commence. Chez nous, jazz éthiopien, un genre de Mulatu Astatke arrangé, avec plus de percussions et un saxophone bien clair. À Trieste, un rappeur congolais et trois nanas qui twerkent en boubou doré. À Rome, un orchestre symphonique. À Naples, une fille, seule, qui chante de la soul. C’est ça notre génération. Du post-postmodernisme ; ça se marie bien, ces mélodies, ces voix. Je serre à mon tour la main d’Abdel. Oui, il a raison, ce qu’on vit est précieux. Je le vois agiter son bassin, je tape du pieds et ferme les yeux. C’est si bon de sentir qu’on est un peuple, un peuple qui vibre sur la même musique, accorde ses dissemblances… C’est ça Eurafrique ; je sens danser le bicontinent avec moi.