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Skateur malgache

Quatrième plus grande île du monde, ancienne colonie française façonnée depuis plusieurs siècles par la présence des peuples afro-asiatiques venant d’horizons divers, tout le monde connaît cet endroit mais il est tellement éloigné qu’il en est presque devenu un mythe. Madagascar se trouve à l’est de l’Afrique ; c’est une destination rare pour les étrangers, isolée par la mer et la distance. « Avec l’ouverture de Madagascar aux cultures sportives occidentales au début des années 2000, il y a eu un engouement et les jeunes Malgaches ont eu davantage accès aux vidéos et à la télévision de l’étranger » raconte un observateur ; aujourd’hui, les Malgaches skatent de Tananarive à Morondava. À Antananarivo, au sommet des collines, le quartier chic de la ville est principalement composé de vieilles maisons françaises où vivaient les membres du gouvernement et malgré le manque d’entretien, ça a toujours beaucoup de charme. Le centre et la banlieue sont à l’opposé. La capitale ressemble à un marché gigantesque mélangé aux bidonvilles, avec des fossés le long des rues et des gens partout. Le contraste est assez déstabilisant. Le meilleur spot est un rond-point du centre-ville, carrefour d’une génération en pleine mutation.

Activité marginale, les jeunes se tournent vers la pratique de ce sport pour les sensations qu’il procure. « Moi, ce qui m’inspire dans le skate malgré l’aspect dangereux, c’est le fait de se surpasser. Quand on est bien échauffé, ça fait monter l’adrénaline et on n’a plus peur de rien » raconte un skateur. Se structurant en plusieurs clans, la galaxie skate malgache est en plein essor. Avec une centaine d’adeptes pratiquant dans les rues de la capitale, le skateboard a beaucoup évolué. Dans les années 1990, avant la vague Internet, les premiers skateurs sur l’île étaient des Malgaches en provenance de l’étranger dont les exhibitions provoquaient des attroupements de curieux. Dans un pays où la vie est largement rythmée par les tâches agricoles et où même en ville, la majorité des gens survivent avec moins de deux dollars par jour, les skateurs montrent combien la jeunesse malgache souhaite s’ouvrir aux pratiques sportives occidentales et se moderniser.

J’expliquais dans l’article Surfons d’Hossegor à Dakar ! à quel point il était important de développer le sport en Eurafrique. À l’heure où de nombreux skateurs professionnels sont européens, encourageons les Malgaches à découvrir ce sport et à le pratiquer en Afrique ; voici un nouvel exemple de partage sportif qui permettra aux Eurafricains d’échanger.

Lutte féministe

Au Sénégal, une femme ne peut se permettre de pratiquer un sport « masculin » ; c’est très mal vu, parfois interdit.

– « Quand on parle de lutte on pense aussitôt à l’homme. C’est un sport inapproprié pour la femme. Il n’y a vraiment aucun lien. Seulement, nous sommes dans une société où on voit beaucoup de choses. On s’achemine tout droit vers la dérive. Si on devait fouetter ces femmes qui font la lutte, tout cela allait disparaître. La femme n’a pas le droit de pratiquer un sport comme la lutte car, tout son corps est exposé au regard des autres. Alors que cela est interdit par la religion musulmane. Je considère cela comme un péché, ni plus ni moins. »

– « C’est une pratique malsaine. Je ne laisserai jamais ma fille faire ça. Il en est hors de question. Nous sommes dans une société conservatrice qui condamne ces genres de pratiques et puis, nous sommes dans un pays composé à majorité de musulmans. On ne devait même pas permettre ces choses dans notre cher pays le Sénégal qui a longtemps valorisé l’image de la femme. »

– « En tant que femme, je condamne cette pratique ; personnellement, je trouve que ce n’est pas bien pour l’image de la femme. La femme sénégalaise est connue pour sa pudeur. On doit pouvoir sauvegarder cette belle image qui fait notre charme. Ce n’est pas bien d’exposer son corps à des fins financières. L’argent a gâté notre société. »

Pensionnaires du Centre international de Thiès, où est regroupée l’élite du continent, à une heure de route de Dakar, les meilleures lutteuses sénégalaises s’entraînent malgré la chaleur tous les jours, répétant les mêmes gestes et préparant leur corps aux championnats du monde qui auront lieu en septembre à Las Vegas. Au Sénégal, la lutte traditionnelle est sport national, loin devant le football. Très présent dans les régions du Sine-Saloum et de la Casamance, ce sport est un événement, un marqueur identitaire fort puisque chaque combat est précédé d’une préparation particulière, mystique et traditionnelle, un « haka sénégalais » où les lutteurs, portant un costume traditionnel, dansent parfois plusieurs heures en invoquant les dieux. Les règles sont simples : il faut projeter son adversaire au sol. Du fait de la tradition et de la religion, les femmes ne peuvent se dévêtir et n’ont pas accès à ce sport. C’est une situation révélatrice de certains tabous traditionnels (en général religieux) qui persistent au Sénégal. Je pense que l’existence de tabous ou de traditions est bénéfique à une population, lui permettant de se structurer, de se repérer et de se projeter vers l’avenir cependant, je pense qu’il ne faut en aucun cas encourager un machisme camouflé. Alors qu’en France, les femmes gagnent pour un même travail en moyenne 25 % de moins que les hommes et que moins de 30 % seulement de nos parlementaires sont des femmes, il est important d’initier en Eurafrique une politique féministe émancipatrice et respectueuse des traditions. Le féminisme ne doit pas être aveugle ou provocateur ; il doit s’émanciper des archaïsmes politico-religieux tout en sanctifiant les identités locales.

Le sport doit être une dynamique unificatrice, un vecteur du Changement eurafricain bénéfique aux hommes et femmes du bicontinent. Oui à un féminisme respectueux des traditions locales, non à un « tout foutre en l’air » réducteur et aveugle. Oui à cet équilibre des traditions et de l’émancipation, oui à Eurafrique. Oui à la lutte féministe sénégalaise.

Surfons d’Hossegor à Dakar !

Je me rappelle que, lorsque j’étudiais à Clifton College en Angleterre, notre équipe de cricket partait régulièrement jouer en Afrique du Sud et au Sri Lanka. Le sport est une dynamique unificatrice : nous pensons évidemment aux équipes européennes composées de nationaux aux origines européennes et de nationaux aux origines internationales, en général (et c’est tant mieux) africaines ; Eurafrique existe déjà dans nos équipes de football, de handball… Nous pensons aussi à Nelson Mandela, à la coupe du monde de rugby en 1995 et au film Invictus… Promouvons le sentiment d’union des origines, ce sentiment eurafricain.

À l’heure où j’écris cet article, je me trouve à 300 mètres de La Nord à Hossegor (dans les Landes), plage mondialement connue pour ses vagues (son break dirait Jérémy Florès). Le surf est la religion number one des Landais et Basques du Sud-Ouest de la France. Hossegor, Anglet, Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz sont les destinations préférées des amateurs de surf à travers le monde ; ce n’est pas surprenant que le championnat du monde de surf passe par Hossegor… Au regard d’un article que je viens de lire, je me rends compte qu’il faut rapidement, dans le cadre d’Eurafrique, proposer aux surfeurs basco-landais d’aller aider les surfeurs sénégalais (en particulier) à créer des écoles de surf, à organiser des compétitions et à promouvoir ce sport en Afrique. À Dakar, Le Virage est une plage de sable sans récifs prisée par les surfeurs. Les week-ends, elle est bondée. Nous sommes au centre de la dynamique surf ouest-africaine : il doit être organisé des échanges sportifs entre les villes de Dakar au Sénégal, pays aux 700 kilomètres de côtes et 13 millions d’habitants et Hossegor. Félicitons le « Rip Curl West Africa Tour » (une des plus grandes compétitions de surf au Sénégal) devenu une manifestation phare qui réunit tous les ans les meilleurs surfeurs africains et européens invités. Voici une très honorable initiative eurafricaine.

Dans une dynamique similaire, Yodit Eklund est une jeune surfeuse ethio-norvégienne qui a monté Bantu Wax, sa marque de surf « Made in Africa » il y a maintenant quatre ans : « L’Afrique a plus de 25 000 kilomètres de côte et des vagues incroyables. C’est aussi le continent avec la population la plus jeune. J’ai pensé que ce serait cool de lancer une marque de surf africaine », explique-t-elle. Pour cette jeune entrepreneuse, le futur Kelly Slater sera africain. Je souhaite pour ma part qu’il soit eurafricain. Quel honneur de pouvoir un jour voir des champions africains venir se former en Europe et vice versa. Le sport ne doit pas être un nationalisme ou continentalisme masqué mais bien au contraire, un partage assumé autour de valeurs fédératrices comme l’effort, le partage, le dépassement de soi…

Non loin de la plage du Virage, une vague recherchée par les amoureux de la glisse se casse au large de l’île de Ngor, surnommée l’île des surfeurs. Imaginons d’ici quelques années des échanges sportifs et scolaires (nous rappelons que beaucoup d’enfants basco-landais choisissent comme option en parallèle de leurs études le surf) qui, pour récompenser les meilleurs élèves, permettrait à chacun de partir vivre l’expérience du surf sur l’autre continent. Je l’ai souvent répété : pour se sentir européen ou eurafricain, il faut voyager. J’espère qu’à court terme, chacun prendra conscience de l’importance d’aller vivre avec l’Autre (comme je l’ai fait avec les gens du voyage) et se plaira à rêver surfer les vagues atlantiques de notre bicontinent ; c’est ça Eurafrique.