UNESCO

Flore eurafricaine en danger

Le palmier, symbole des déserts chauds, des côtes et paysages tropicaux. Une des plantes les plus anciennes de notre Histoire : 80 millions d’années. Présent en Afrique, de nombreux fossiles de palmiers furent découverts en Europe, témoignant d’une époque où le climat de notre continent du Nord était tropical. Toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés ; symbolisant l’arbre de vie, la fécondité et le succès, le palmier orne de nombreuses armoiries eurafricaines : la Côte d’Ivoire, Mackenheim en Alsace (France), Saint-Juste-Luzac en Charente-Maritime (France)… Les palmiers sont des plantes parmi les plus utiles dans l’économie agricole des pays des zones tropicales où ils ne sont dépassés en importance que par les graminées. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée. Les fruits, noix de coco ou dattes, font partie depuis des millénaires des aliments de base des populations vivant sous les tropiques. Avec le « bois » des stipes, on fabrique des planchers et des murs, avec les feuilles, on réalise la couverture des maisons.

Elche, ville d’Espagne située dans la province d’Alicante, possède deux patrimoines de l’Humanité reconnus par l’UNESCO : le Misteri d’Elx (représentation théâtrale que l’on donne chaque année depuis le Moyen Âge) et la Palmeraie d’Elche,  plus grande palmeraie d’Europe située le long de la commune. Cette grande étendue de palmiers en plein centre-ville, composée de plus de deux cent mille palmiers, est un symbole historique eurafricain fort : l’on pense que ce sont les Carthaginois qui trouvèrent dans ces terres du Levant espagnol un lieu propice à cette culture. Les Romains, qui vinrent par la suite, surent conserver la palmeraie et en prendre soin. Les Arabes, quand ils occupèrent la péninsule Ibérique, poursuivirent la même tâche de protection et agrandirent la plantation de dattiers. C’est sous Abd al-Rahman, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue (756), qu’un système d’irrigation fut installé. Plus tard, au Moyen Âge, on édicta une série de lois pour protéger la plantation et depuis lors, vigilance et protection n’ont cessé. Déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 2000, la palmeraie fait la fierté de cette ville de près de 230 000 habitants.

Depuis 2005, ce symbole eurafricain est en danger : infestés par des larves d’un charançon, les palmiers d’Elche sont gravement menacés. Attaquée par un insecte, le charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, la plante s’assèche, puis s’effondre. En Espagne, des milliers de palmiers sont morts et continuent de mourir, de même qu’en Italie. Arrivé il y a dix ans en France, le charançon rouge est désormais présent sur tout le pourtour méditerranéen et en Bretagne. Rien ne semble pouvoir arrêter sa progression. L’Europe a décrété, en mai 2007, l’obligation de lutter contre cet insecte.

Il est indispensable de protéger les palmiers d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, véritables témoins des liens eurafricains historiques. La flore de notre bicontinent doit être préservée ; fruit de notre Histoire, elle est un symbole puissant d’Eurafrique. Protégeons une partie de notre identité et de notre patrimoine, adoptons le plus rapidement possible au niveau eurafricain les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde des palmiers d’Eurafrique. Pourquoi ne pas mettre en place, dans le cadre d’un service écologique eurafricain, la possibilité pour les jeunes de s’occuper de certaines zones naturelles en danger ? La mer, la forêt, le désert, la montagne… Nous devons aujourd’hui, nous, Eurafricains, nous engager pour défendre notre patrimoine naturelle eurafricain, véritable témoin de l’Histoire de notre bicontinent.